Que feront-ils si « The Donald » est Ă©lu ? DĂ©clarer la guerre Ă  la « seule superpuissance » ? DĂ©noncer l’axe du mal Washington-Moscou ? Envoyer la flotte anglaise bombarder Fort Sutton ou Boston, lancer des Panzers roses dans la plaine de Russie ? « Le con, ça ose tout, c’est mĂȘme Ă  ça qu’on le reconnaĂźt », disait le vieux maĂźtre, Michel Audiard ! Alors gare Ă  la Große Fee Angela capable d’envahir simultanĂ©ment l’AmĂ©rique und la Russie pour corriger le dĂ©sordre de sa nursery humanitaire !

Donald Trump passe selon nos mĂ©dias bĂ©nis pour un imbĂ©cile, un nazi, un fasciste, un partisan de la dictature, pour un « demi-fasciste », pour un amateur de Barbie, pour un vĂ©nĂ©rable idiot du gros village mĂ©diatique abruti par le politiquement correct. Dans la presse espagnole, on dit que son Ă©lectorat veut rĂ©tablir l’esclavage ! On pourrait continuer avec ce sottisier des mois encore.

La vĂ©ritĂ© surprend toujours car elle ne parle jamais par des bouches autorisĂ©es (celles des experts notamment) ; et pour rester dans cette presse trĂšs abrutie, l’hispanique donc, voilĂ  que dans la revue Papel un journaliste politiquement trĂšs correct interviewe le champion du monde d’échecs quelque part dans un gratte-ciel sans Ăąme et cinq Ă©toiles pour VIP. Il a vingt-six ans, il est norvĂ©gien (c’est un Viking, dit l’article), il s’appelle Magnus Carlsen et il possĂšde un gentil QI de 186 qu’il entretient Ă  coups de pizzas et de sĂ©ries tĂ©lĂ© dans les chambres d’hĂŽtel (Quel expert encore parlait de l’infĂ©rioritĂ© de l’innĂ© sur l’acquis ?).

Et voilĂ  ce que dit notre champion du monde en veine de confidence : « J’ai dit un jour que je pensais du bien de Donald Trump ; que je le trouvais amusant ; qu’il n’utilisait pas d’arguments pour convaincre ; et que je trouvais Ă©tonnant qu’il nommĂąt les choses par leur nom. »

AussitÎt dit, notre écolier se fait remonter les bretelles par la presse norvégienne et mondiale.

« Le lendemain, on annonce partout que Carlsen soutient Donald Trump
 La pression est Ă©norme
 On ne peut plus rien dire Ă  cause du politiquement correct. Je comprends pourquoi les grands sportifs espagnols refusent les interviews ou ne disent rien. C’est trop dangereux. »

On est dans un monde oĂč l’on ne peut plus rien dire. Il faut se dire grosso modo pour Soros, pour Goldman Sachs, pour l’Otan, pour Bergoglio, pour les rĂ©fugiĂ©s, les Femen, pour la bouffe sans gluten, les Ă©oliennes, pour le cupping thĂ©rapeutique et pour Lady Gaga ! AprĂšs, on doit aller se coucher. Un cinĂ©aste trĂšs cĂ©lĂšbre me le disait jadis, et d’un ton bien dĂ©cidé : « Je pratique la langue de bois, et pour avoir la paix, crois-moi. »

Clint Eastwood, qui n’est pas non plus le quart d’un imbĂ©cile (gĂ©nie du 7e Art, sportif accompli, pilote de Gazelle et compositeur) a dĂ©clarĂ© soutenir Donald Trump (dont le QI est de 170). Des juifs prestigieux comme Woody Allen ou Larry King respectent aussi Donald Trump le « mogul » : pas mal pour un nazi !

Rappelons les lignes de Tocqueville qui s’appliquent au footballeur, au people, au gĂ©nie de la littĂ©rature, au joueur d’échecs maintenant : « En AmĂ©rique, la majoritĂ© trace un cercle formidable autour de la pensĂ©e. Au-dedans de ces limites, l’écrivain est libre ; mais malheur Ă  lui s’il ose en sortir. Ce n’est pas qu’il ait Ă  craindre un autodafĂ©, mais il est en butte Ă  des dĂ©goĂ»ts de tous genres et Ă  des persĂ©cutions de tous les jours. La carriĂšre politique lui est fermĂ©e : il a offensĂ© la seule puissance qui ait la facultĂ© de l’ouvrir. On lui refuse tout, jusqu’à la gloire. » (1)

On a crĂ©Ă© une global tyranny au nom de la lutte contre le nazisme. C’est d’ailleurs ce qu’annonçait dans une interview Ă  LibĂ©ration (les drĂŽles ne comprenaient d’ailleurs pas ce que disait le maĂźtre) le bon RenĂ© Girard : « Nous chassons les chasseurs de boucs Ă©missaires. »

Et on dira des mĂ©dias ce que Joseph de Maistre dit de Voltaire : il n’est pas une fleur de l’intelligence que cette chenille n’ait souillĂ©e.

Note

(1) De la Démocratie en Amérique I. DeuxiÚme partie, chapitre VII.

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