Triste dĂ©but d’annĂ©e pour la presse française. Avec couronne (mortuaire, celle-lĂ ), mais sans fanfare, l’on annonçait la fin de parution de L’Action française, l’un des plus vieux journaux de France (1908) avec Le Figaro (1826) et L’HumanitĂ© (1904).

Action française 2815

Sa disparition n’a Ă©mu personne parmi l’édition germanopratine stipendiĂ©e de la rive gauche (sans oublier la rive droite, non moins bĂ©nĂ©ficiaire privilĂ©giĂ©e de la manne publique). ExceptĂ© LibĂ©ration et Valeurs actuelles qui lui consacrĂšrent un entrefilet lapidaire, aucun autre titre ne s’est avisĂ© de rendre compte de ce qui apparaĂźt tout de mĂȘme comme un Ă©vĂšnement tellurique.

Seul le dernier nĂ©, catholique et conservateur, L’Incorrect, dirigĂ© par le bernanosien « anarchrist », Jacques de Guillebon, prononça une brĂšve oraison sincĂšre et attristĂ©e : « Le numĂ©ro 2971, datĂ© du 1er fĂ©vrier, sera le dernier d’une aventure qui avait commencĂ©, sous un autre format, en 1908. Le journal, qui paraissait ‘‘provisoirement les premier et troisiĂšme jeudis de chaque mois’’, Ă©tait en effet le successeur du quotidien fondĂ© par Maurras dix ans aprĂšs les dĂ©buts de l’Action française, et qui s’était illustrĂ© par sa profondeur, politique et littĂ©raire, comme par sa virulence. [
] En souhaitant un prompt retour du journal royaliste, on peut lui dire avec les mots du mĂȘme Bernanos : ‘‘A Dieu, l’AF 2000. À la douce pitiĂ© de Dieu’’» (1er fĂ©vrier).

Depuis l’avĂšnement d’Internet, les heures de la presse Ă©crite sont comptĂ©es et celles-ci deviennent de plus en plus blafardes particuliĂšrement pour la presse dextero-conservatrice ou nationaliste.

Combien sont partis rejoindre les cimetiĂšres des souvenirs dĂ©sormais enfouis dans les entrailles des archives de la BibliothĂšque nationale ? Fin dĂ©cembre 2017, La Nouvelle Revue d’Histoire fondĂ©e par Dominique Venner et, aprĂšs la mort de celui-ci, reprise par l’universitaire Philippe Conrad, tirait, sans bruit, elle aussi, sa rĂ©vĂ©rence.

À chaque fois, la mĂȘme antienne : ces satanĂ©s problĂšmes financiers qui prennent Ă  la gorge. Injustice rendue d’autant plus insupportable que d’autres se gobergent aux frais du contribuable (qu’ils insultent copieusement Ă  longueur d’ondes ou de colonnes) ou s’avilissent prostitueusement devant les puissants, les magnats et autres publicitaires cosmopolites. L’inĂ©galitĂ© de traitement est patente, mais cela fait des lustres que la rentabilitĂ© concurrentielle s’est substituĂ©e au pluralisme rĂ©el.

Comme nous le disions, bien peu se pressÚrent aux funérailles (fussent-elles uniquement de plumes, ce qui eût été déjà assez) du journal à la fleur de lys.

Parmi les « nĂŽtres », une seule voix dissonante, celle de l’hebdomadaire de l’opposition nationale et europĂ©enne, le trĂšs radical et impĂ©tueux Rivarol, ose une explication qui vient rompre le flot mutique et pudique des larmes de deuil. Pour l’éditorialiste, « il faut aussi s’interroger sur la pertinence de la ligne Ă©ditoriale. Tout n’est pas la faute des autres ou de la malchance. Il faut ainsi reconnaĂźtre que L’Action française 2000 n’avait hĂ©las plus grand-chose Ă  voir avec le journal dirigĂ© par Maurras. Certes les temps ont changĂ© et les lois rĂ©pressives font qu’il est plus difficile de s’exprimer aussi librement que sous la IIIe RĂ©publique. Mais il reste toujours possible, moyennant quelque habiletĂ©, d’appeler un chat un chat et de dire la vĂ©ritĂ©. »

Enfonçant le clou, le mĂȘme considĂšre que l’« on ne peut dĂ©couper en tranches la pensĂ©e du maĂźtre de Martigues. Elle forme un tout cohĂ©rent. Sa critique radicale de la dĂ©mocratie, de la RĂ©publique maçonnique est insĂ©parable de sa position sur la question juive. L’une ne va pas sans l’autre. L’une s’explique par l’autre. L’une dĂ©coule de l’autre » (7 fĂ©vrier 2018).

La pusillanimitĂ©, sinon la pondĂ©ration Ă©molliente et convenue de sa ligne Ă©ditoriale aurait-elle eu dĂ©finitivement raison de l’AF dont le message, il est vrai, avait de moins en moins Ă  voir avec l’orthodoxie maurrassienne des origines, le journal ayant tentĂ© d’opĂ©rer sa mue pour apparaĂźtre comme l’équivalent d’ÉlĂ©ments dans la presse d’opinion hexagonale ? Jusqu’à l’affadissement de son verbe, jusqu’à l’amollissement de son ton ?

Philippe Mesnard, ci-devant rĂ©dacteur en chef du seul bimensuel vendu Ă  la criĂ©e, selon l’ancienne tradition des camelots du roi, semblait en convenir Ă  demi-mot devant les rĂ©dacteurs : « Il y a sans doute mille raisons pour expliquer cet arrĂȘt : la crise de la presse, l’absence de publicitĂ©, les difficultĂ©s inhĂ©rentes au royalisme français (vivace Ă  proportion de ses divisions !), la chertĂ© de la vie, que sais-je ? Ma ligne Ă©ditoriale, bien sĂ»r. J’ai osĂ© le mot “clic” et me suis permis de parler d’IsraĂ«l comme Boutang en parlait. Il ne s’agissait pas de viser en permanence les vieilles cibles faciles, ni de cĂ©lĂ©brer avec une ridicule nostalgie des combats qui n’avaient plus de sens, mais de regarder ce qui se passe et ce qui s’annonce – puisque nous vivons un moment de dĂ©composition aussi dĂ©sespĂ©rant qu’enthousiasmant. »

vente Action Française criée

À la notable diffĂ©rence de la plupart de ses confrĂšres spĂ©cialisĂ©s dans l’information gĂ©nĂ©rale – y compris, mĂȘme, L’HumanitĂ© dont l’exigeant cahier des charges imposĂ© par ses financiers, n’autorise Ă©videmment plus les violentes diatribes antiĂ©tatiques et anti-bourgeoises des anciens temps stalinolĂątres – l’AF, bien qu’autonome par rapport au mouvement Ă©ponyme de la rue Croix-des-Petits-Champs, demeurait toujours dans l’esprit de ses journalistes comme de ses responsables, l’organe du nationalisme intĂ©gral, indissociable, par lĂ  mĂȘme, du royalisme maurrassien explicitement revendiquĂ© par ledit mouvement – ainsi qu’en tĂ©moigne, par exemple, l’utilisation de son logotype fleurdelisĂ© jaune et bleu.

DĂšs lors, ne fallait-il pas poursuivre avec abnĂ©gation et loyalisme dans la voie du martĂšlement inconditionnel de la doctrine au risque, cependant inĂ©vitable et pĂ©rilleux, de la figer, tel un dogme immarcescible ? Fallait-il, d’ailleurs, continuer Ă  Ă©grener le lourd chapelet de ces illustres patronymes, Maurras, Daudet, Bainville, Pujo, Ă  une Ă©poque frappĂ©e d’une incommensurable amnĂ©sie Ă  l’évocation de leur souvenir ou de leurs Ɠuvres quand ils n’exhalent pas l’intenable odeur de soufre de la reductio ad hitlerum – le biographe du MartĂ©gal, Olivier Dard, ayant justement soulignĂ© que « sur le plan du dĂ©bat d’idĂ©es, Maurras n’est plus une rĂ©fĂ©rence, mais tout juste un opprobre » ?

Et le royalisme, dĂ©fendue comme nĂ©cessitĂ© logique par Maurras, est-il mĂȘme encore audible au XXIe siĂšcle ? Et de quel royalisme parle-t-on, Ă  la veille des 230 ans de la RĂ©volution française, quand nos compatriotes, s’ils ressentent confusĂ©ment un indescriptible vide politique que la classe politicienne actuelle est bien incapable de remplir, en tiendraient peut-ĂȘtre davantage pour une monarchie, sinon une monocratie ?

Avec la disparition du plus cĂ©lĂšbre et du plus ancien journal royaliste de France – en attendant celle, aisĂ©ment et malheureusement prĂ©visible, de quelques rares titres qui subsistent et rĂ©sistent –, ce n’est pas qu’une page de plus de notre histoire intellectuelle et politique qui se tourne, mais bien un changement d’ùre qui s’annonce ; celle de l’omnipotence technicienne invasive, celle de l’omniprĂ©sence d’un capitalisme rĂ©silient, celle d’un consumĂ©risme hĂ©doniste qui Ă©vacue jusqu’à la mort comme limite (c’est-Ă -dire comme mesure) ontologique de l’existence, celle d’une dĂ©territorialisation exponentielle que renforce le nomadisme industriel du tourisme et de l’immigration de masse, celle de l’autodestruction spirituelle et civilisationnelle de l’homme blanc europĂ©en. Toutes ces techniques postmodernes d’arraisonnement du monde et de leur corollaire, son affligeante crĂ©tinisation, rendent grotesquement obsolescent tout maurrassisme d’essence attique, classique et contre-rĂ©volutionnaire.

L’Action française n’est plus. Vive le roi ! (quand mĂȘme
)

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