DostoĂŻevski n’est pas seulement le « plus grand romancier russe du XIXe siĂšcle » des livres scolaires. Il est surtout un visionnaire engagĂ© qui a entrevu le futur cannibale de l’humanitĂ© moderne.

DostoĂŻevski a annoncĂ© dans ses PossĂ©dĂ©s le bric-Ă -brac souffreteux de notre enseignement avancĂ©, des magistrats subversifs et de l’avant-garde ploutocratique qui rĂȘve de parade humanitaire dans les soirĂ©es milliardaires et philo-entropiques. Notre sociĂ©tĂ© ne se renouvelle pas, elle fait du surplace depuis longtemps en fait ; Tocqueville, Edgar Poe, TolstoĂŻ ou DostoĂŻevski s’en rendirent trĂšs bien compte.

Toute cette thĂ©ologie les pieds dans l’eau aura liquidĂ© notre bonne vieille civilisation en un siĂšcle et demi ; et ce qui reste de Monde Libre n’a qu’à bien se tenir, car le feu nuclĂ©aire n’est pas loin. On devient, si l’on n’est pas un dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, une menace pour la sĂ©curitĂ© nationale amĂ©ricaine. Brzezinski a tenu en 2015 une confĂ©rence en ce sens (je l’ai rĂ©fĂ©rencĂ©e sur Pravda.ru) expliquant que la Russie menaçait « notre » nouvelle conception de la sexualitĂ©.

Et Trump ?

DostoĂŻevski dĂ©crit nĂ»ment dans Les PossĂ©dĂ©s le basculement occidental vers l’adoration du mal Ă  cette Ă©poque flĂ©trie ; il Ă©crit : « Le prĂ©cepteur qui se moque avec les enfants de leur dieu et de leur berceau est des nĂŽtres. L’avocat qui dĂ©fend un assassin bien Ă©levĂ© en prouvant qu’il Ă©tait plus instruit que ses victimes et que, pour se procurer de l’argent, il ne pouvait pas ne pas tuer, est des nĂŽtres. Les Ă©coliers qui, pour Ă©prouver une sensation, tuent un paysan, sont des nĂŽtres. Les jurĂ©s qui acquittent systĂ©matiquement tous les criminels sont des nĂŽtres. Le procureur qui, au tribunal, tremble de ne pas se montrer assez libĂ©ral, est des nĂŽtres. »

Les assassins d’Alep sont des nîtres, rien de nouveau sous le sommeil !

En France socialiste (souvenons-nous des Manifs pour tous), frapper la mÚre de famille, gazer son bébé devenait le devoir du CRS briefé ; tout comme détaler devant les racailles de banlieue et encenser le terroriste bio qui en somme ne fait que son devoir de redresseur de torts.

Et DostoĂŻevski parle aussi des progrĂšs de la presse libĂ©rale et de la nĂ©cessaire comprĂ©hension des criminels : « Savez-vous combien nous devrons aux thĂ©ories en vogue ? Quand j’ai quittĂ© la Russie, la thĂšse de LittrĂ© qui assimile le crime Ă  une folie faisait fureur ; je reviens, et dĂ©jĂ  le crime n’est plus une folie, c’est le bon sens mĂȘme, presque un devoir, Ă  tout le moins une noble protestation. »

On connaĂźt tous la longue tirade du Grand Inquisiteur dans Les FrĂšres Karamazov. Mais celle-ci n’est pas mal non plus, qui annonce Orwell, et tout le Nouvel Ordre Mondial anglo-saxon et socialiste bon teint en fait : « M. Chigaleff a Ă©tudiĂ© trop consciencieusement son sujet et, de plus, il est trop modeste. Je connais son livre. Ce qu’il propose comme solution finale de la question, c’est le partage de l’espĂšce humaine en deux groupes inĂ©gaux. »

Il y aura les illuminĂ©s ou l’élite, et les autres baptisĂ©s de populistes. Ici Fiodor DostoĂŻevski annonce les grands romans dystopiques. Il annonce bien sĂ»r Huxley et son Meilleur des Mondes. Il y aura ceux qui vont Ă  Davos (siĂšge de la Montagne magique de Thomas Mann) en jet et ceux qui subiront la mondialisation. DostoĂŻevski : « Un dixiĂšme seulement de l’humanitĂ© possĂ©dera les droits de la personnalitĂ© et exercera une autoritĂ© illimitĂ©e sur les neuf autres dixiĂšmes. Ceux-ci perdront leur personnalitĂ©, deviendront comme un troupeau ; astreints Ă  l’obĂ©issance passive, ils seront ramenĂ©s Ă  l’innocence premiĂšre, et, pour ainsi dire, au paradis primitif, oĂč, du reste, ils devront travailler. Les mesures proposĂ©es par l’auteur pour supprimer le libre arbitre chez les neuf dixiĂšmes de l’humanitĂ© et transformer cette derniĂšre en troupeau par de nouvelles mĂ©thodes d’éducation – ces mesures sont trĂšs remarquables, fondĂ©es sur les donnĂ©es des sciences naturelles, et parfaitement logiques. » (p. 520).

L’idĂ©e d’une Ă©ducation destinĂ©e Ă  des abrutis sera dĂ©crite dans le libelle sur les armes invisibles.

Dans Les PossĂ©dĂ©s aussi, DostoĂŻevski envoie son Ă©quipe de pieds nickelĂ©s illuminĂ©s en AmĂ©rique oĂč ils effectuent un stage initiatique. Cela donne la perle suivante oĂč des apprentis cĂ©lĂšbrent un millionnaire : « Il a lĂ©guĂ© toute son immense fortune aux fabriques et aux sciences positives, son squelette Ă  l’acadĂ©mie de la ville oĂč il rĂ©sidait, et sa peau pour faire un tambour, Ă  condition que nuit et jour on exĂ©cute sur ce tambour l’hymne national de l’AmĂ©rique. HĂ©las ! Nous sommes des pygmĂ©es comparativement aux citoyens des États-Unis  »

Car l’AmĂ©rique est la puissance mimĂ©tique de RenĂ© Girard, celle que tous doivent imiter. Les illuminĂ©s expliquent leur complexe d’infĂ©rioritĂ© et leur soumission hypnotique : «  nous avions posĂ© en principe que nous autres Russes, nous Ă©tions vis-Ă -vis des AmĂ©ricains comme de petits enfants, et qu’il fallait ĂȘtre nĂ© en AmĂ©rique ou du moins y avoir vĂ©cu de longues annĂ©es pour se trouver au niveau de ce peuple. »

Tout cela Ă©videmment a un coĂ»t : on se fait frapper et exploiter par le plus dur et incompĂ©tent des patronats (qui n’hĂ©sitait pas Ă  briser les grĂšves en faisant venir plus d’immigrants europĂ©ens) : « Que vous dirai-je ? Quand, pour un objet d’un kopeck, on nous demandait un dollar, nous payions non seulement avec plaisir, mais mĂȘme avec enthousiasme. Nous admirions tout : le spiritisme, la loi de Lynch, les revolvers, les vagabonds » (p. 160).

L’univers des cow-boys ou des gangsters, des stars et des milliardaires fascine dĂ©jà : en rĂ©alitĂ© l’AmĂ©rique n’a jamais eu Ă  se forcer pour Ă©pater les imbĂ©ciles ; et son Ă©ducation supĂ©rieure fit le reste, en transformant les « élites » mondiales en agents de son empire.

Bibliographie

Dostoïevski, Les Possédés (1872).

William Cooper Smith, Armes silencieuses pour guerres tranquilles.

Nicolas Bonnal, Le Crocodile et DostoĂŻevski (en PDF sur France-courtoise. info).

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