L’aviez-vous remarquĂ©, sous notre Ve RĂ©publique l’un des dĂ©nominateurs communs aux professions de foi des candidats Ă  une quelconque Ă©lection est un vibrant appel au changement.

Ainsi ValĂ©ry Giscard d’Estaing garantissait-il, la main sur le cƓur, « le changement sans le risque. »

Pour François Mitterrand qui prĂ©tendait « changer la vie », « Le changement c’(Ă©tait) ici (pas ailleurs) et maintenant ». Ce que François Hollande convaincu, bien que vainqueur, reprenait comme une antienne : « Le changement c’est maintenant. »

Quelques annĂ©es plus tĂŽt, Lionel Jospin avait espĂ©rĂ©, en vain faut-il le prĂ©ciser, ĂȘtre « le PrĂ©sident du vrai changement ». Laissait-il entendre que le changement mitterrandien Ă©tait faux ? Forgeant une formule novatrice, Royal, SĂ©golĂšne peignĂ©e, avait pourtant encouragĂ© l’électeur « pour que ça change fort ». Ce qui permet donc de supposer l’existence d’une sorte d’échelle de Richter du changement.

Jacques Chirac, plus radical que jamais, sans doute inspirĂ© par un jarret de porc, avait levĂ©, outre le coude, le voile sur cette invocation devenue rituelle : « Le changement est d’abord un Ă©tat d’esprit. »

Aujourd’hui, dans le cadre de sa campagne prĂ©sidentielle, Jean-Luc MĂ©lenchon prĂ©conise purement et simplement un changement de rĂ©publique. La Ve ne rĂ©pondant plus aux exigences du contrĂŽle technique, trop polluante eu Ă©gard Ă  la santĂ© de la planĂšte, serait envoyĂ©e Ă  la casse comme une vulgaire guimbarde. Une VIe, version hybride, ne pourrait ĂȘtre alors que la bienvenue.

Mais pourquoi cet appel permanent au changement ? RelĂšverait-il de quelque formule initiatique extorquĂ©e Ă  un aruspice farfouillant dans les entrailles d’un coq gaulois pour prĂ©dire une niĂšme fois ces fameux lendemains qui chanteront, mieux que ce malheureux Chanteclerc, Ă  jamais chĂątré ?

On sait de longue date que changer d’herbage rĂ©jouit les veaux. Charles De Gaulle ne l’avait pas oubliĂ©. On sait aussi qu’un nouvel Ă©crin clinquant peut redonner Ă  une pacotille ternie un faux Ă©clat de neuf. C’est ce que disait dĂ©jĂ  Adrien de Montluc, compagnon du Vert Galant : « Changement de corbillon fait trouver le pain bon. » Pourtant, lĂ  n’est pas la question.

Vous avez sans doute notĂ© chez de nombreux enfants cette propension Ă  changer d’activitĂ© lorsqu’ils ne la maĂźtrisent pas, ou de jeu de sociĂ©tĂ© lorsqu’ils ne gagnent pas. Ce n’est qu’en grandissant qu’ils apprendront la patience et la tĂ©nacitĂ©, mais Ă  une condition : qu’une sĂ©rieuse Ă©ducation parvienne Ă  les encadrer. Nos politiciens seraient-ils donc comme ces « adulescents » immatures livrĂ©s Ă  eux-mĂȘmes par des parents soixante-huitards ?

En fait, c’est ce bon vieux Kurt Levin, l’un des pĂšres de la psychologie sociale et du comportementalisme, qui a bel et bien trouvĂ© une clĂ© Ă  cette Ă©nigme. Encore faut-il trouver la serrure diront les sceptiques, mais passons
 « Si vous voulez vraiment comprendre quelque chose, essayez de le changer ». Et c’est sans doute pourquoi nos hommes politiques essaient le changement depuis des lustres car ils n’ont toujours rien compris. CQFD.

Il y a dĂ©jĂ  une quarantaine d’annĂ©es des universitaires canadiens dĂ©fenseurs de la francophonie, planchant sur le niveau de culture des hommes politiques français en analysant leurs Ă©crits ou leurs discours, en avaient soulignĂ© l’extrĂȘme faiblesse. Leur mĂ©connaissance des philosophes et autres grands penseurs n’a donc rien d’étonnant. Dommage, car cela pourrait les aider.

Augustin d’Hippone, thĂ©ologien pĂšre de l’Église certes, mais aussi nĂ©oplatonicien, mettait en garde les adeptes de ce mouvement perpĂ©tuel : « Le changement pour le changement est une perversitĂ©. »

Puisque s’invite au dĂ©bat un Platon tout droit sorti de sa caverne, autant lui donner la parole : « Tout changement est un mal s’il ne supprime pas ce qui est mal. »

On peut affirmer qu’il met justement le doigt oĂč ça fait mal. Le refus de traiter les tumeurs provoquĂ©es par une politique migratoire inadĂ©quate en est la meilleure illustration. Et que dire de la poursuite acharnĂ©e de l’arasement de l’instruction publique par le pĂ©dagogisme qui conduit Ă  dĂ©verser sur le marchĂ© du travail des millions de jeunes inadaptĂ©s, incontestables bĂ©nĂ©ficiaires de l’égalitĂ© de malchance, mais surtout fourriers des dĂ©sordres dĂ©jĂ  subis ou Ă  venir.

Invoquer le changement pour mieux cacher la vraie nature de notre sociĂ©té ! Pourquoi pas ! SuĂ©tone soulignait la confusion dĂ©sastreuse occasionnĂ©e par le refus de regarder la vĂ©ritĂ© en face. « Un renard change de poil, non de caractĂšre », affirmait-il. C’est ce que, Ă  sa façon, le paysan dauphinois traduisait encore au siĂšcle dernier par un savoureux : « Couper la queue du cochon, il reste cochon. »

Et si le recours au changement devenait une addiction, prĂ©lude Ă  tous les vertiges et Ă  toutes les folies ? La cĂ©lĂšbre apostrophe prĂȘtĂ©e Ă  Bertolt Brecht – « Si le peuple vote mal, il faut changer le peuple » –, n’en est qu’une terrifiante mĂ©taphore. Mais n’y sommes-nous pas dĂ©jĂ , lorsque nos dirigeants prĂ©tendent changer la sociĂ©tĂ© en en dĂ©truisant les bases ? La thĂ©orie du genre en est l’expression la plus concrĂšte.

En ces temps oĂč la sagesse arabe tend Ă  investir notre sociĂ©tĂ© pourquoi ne pas recourir Ă  l’un de ses robustes prĂ©ceptes : « Quand le vizir veut tout changer, changez de vizir. »

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