ALORS QUE LES FRANÇAIS COMMENCENT À S’HABITUER TANT BIEN QUE MAL AU CONFINEMENT, CETTE PÉRIODE DE RÉCLUSION ADMINISTRÉE POURRAIT DURER PLUS LONGTEMPS QUE LES 15 JOURS ANNONCÉS INITIALEMENT. CETTE DRÔLE DE GUERRE DÉCRÉTÉE PAR LE PRÉSIDENT MACRON EST RICHE EN ACTUALITÉ. AVEC LE PRÉSENT ARTICLE, L’OJIM RELÈVE QUELQUES ÉLÉMENTS SAILLANTS DANS L’ACTUALITÉ DES MÉDIAS. LE CROISEMENT DES SOURCES ET LA JUXTAPOSITION DES ÉLÉMENTS PERMETTENT DE RELEVER DES CONTRADICTIONS ET DES OPPOSITIONS DANS LA « GUERRE » CONTRE LE VIRUS, PAS FORCÉMENT RELEVÉES PAR LES MÉDIAS DE GRAND CHEMIN. CETTE CHRONIQUE EST UN POINT D’ÉTAPE AU 26 MARS.

LES FRONTIÈRES VRAIMENT FERMÉES ?

Au plus fort de l’épidĂ©mie du coronavirus en Chine, la quasi absence de contrĂŽle des Chinois arrivant par avion en France avait Ă©mu l’opinion publique. Le 26 janvier, Ouest-France nous apprend que cela Ă©tonnait dĂ©jĂ  certains voyageurs. Tout comme le dĂ©placement Ă  Lyon le 26 fĂ©vrier de milliers de supporters italiens à l’occasion d’un match de football. Le gouvernement français a Ă©tĂ© un des derniers pays europĂ©ens Ă  annoncer la « fermeture » des frontiĂšres intĂ©rieures du pays, comme le relayait France Info le 16 mars. Des personnalitĂ©s politiques soulignent notamment sur Twitter qu’ils ont demandĂ© cette mesure depuis longtemps, sous les railleries du Ministre de la santĂ© et de nombreux mĂ©dias, notamment du Monde et du Figaro. Pas de mea culpa en vue pour le moment


La rĂ©alitĂ© des contrĂŽles aux frontiĂšres annoncĂ©s par le ministre de l’intĂ©rieur semble un angle mort des mĂ©dias. C’est dans les rĂ©seaux sociaux que des particuliers tĂ©moignent rĂ©cemment de l’absence de contrĂŽle Ă  la frontiĂšre franco-allemande et à l’aĂ©roport de Roissy en provenance d’Asie.

UN CONFINEMENT À GÉOMÉTRIE VARIABLE

Si les frontiĂšres françaises semblent bien poreuses et Ă©chapper aux contrĂŽles sanitaires, le confinement imposĂ© aux Français est Ă  gĂ©omĂ©trie variable. Alors que le JDD nous informe que 104 villes ont instaurĂ© un couvre-feu, cette mesure qui vise Ă  interdire tout dĂ©placement la nuit ne serait pas en Seine-Saint-Denis « la rĂ©ponse adaptĂ©e » selon la PrĂ©fecture, citĂ©e par Le Parisien. Les maires de ce dĂ©partement, trĂšs majoritairement de gauche, ne seraient pas « demandeurs ». Le quotidien rĂ©gional ne rappelle pas que 10% des infractions aux rĂšgles de confinement y ont Ă©tĂ© relevĂ©es. MĂȘme dĂ©cision (ou absence de dĂ©cision) Ă  Trappes oĂč des incidents violents ont pourtant eu lieu depuis le dĂ©but de la pĂ©riode de confinement. RĂ©agissant au non-respect du confinement dans certains quartiers, Michel Onfray Ă©crit sur son blog :

« Il suffit qu’une centaine de tribus de ces zones perdues refuse le confinement pour que la totalitĂ© du confinement ne serve plus Ă  rien pour le reste des Français ».

DES RÉQUISITIONS PLUS PRIORITAIRES QUE D’AUTRES

RFI souligne que le confinement est impossible pour les sans-domicile-fixe en France, notamment pour les « milliers de migrants, dont le quotidien dĂ©pend des associations ». Pour que celui-ci soit appliquĂ© par tout le monde, y compris par les sans-domicile-fixe, l’État a annoncĂ© le 19 mars la rĂ©quisition de chambres d’hĂŽtel, nous informe L’Union.

Il n’aura Ă©chappĂ© Ă  personne que la France subit une immigration massive depuis plusieurs annĂ©es. Certains migrants dorment dans des bĂątiments squattĂ©s et des campements de fortune. À Rennes, reprenant au bond l’annonce du gouvernement, la maire invite dĂšs le 18 mars l’État Ă  rĂ©quisitionner des hĂŽtels pour y loger des migrants, selon Ouest-France. Ceci alors que 850 migrants sont dĂ©jĂ  hĂ©bergĂ©s par la municipalitĂ© Ă  l’hĂŽtel, nous apprend le quotidien rĂ©gional.

La Croix souligne le 19 mars que 500 migrants vivent dans des tentes Ă  Paris. Ils seront bientĂŽt « mis Ă  l’abri ». La France semble se transformer en une vaste terre d’asile incapable de soigner tous ses citoyens. Info migrants nous apprend que quatre gymnases ont Ă©tĂ© ouverts, afin d’hĂ©berger familles, mineurs Ă©trangers et rĂ©fugiĂ©s. Un terme euphĂ©mique pour dĂ©signer des clandestins. D’autres ouvertures sont prĂ©vues, mais « il manque de travailleurs sociaux ».

Le 23 mars, alors que BFMTV couvre une visite du PrĂ©sident Macron dans un hĂŽtel dont des chambres ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©es, le directeur de l’hĂŽtel parle de « poudriĂšre » à cause du confinement et de « communautĂ©s ». Grand moment de gĂȘne, BFMTV et le prĂ©sident Macron passent rapidement Ă  un autre sujet.

La lutte contre le coronavirus ne passe pas que par la rĂ©quisition de chambres d’hĂŽtel et la « mise Ă  l’abri » dont le prĂ©sident Macron s’est fait le champion. D’autres rĂ©quisitions sont nĂ©cessaires, mais n’ont pas encore Ă©tĂ© faites au 24 mars. Il y aurait des rĂ©quisitions plus prioritaires que d’autres peut-ĂȘtre.

CNews nous apprend le 22 mars que des anesthĂ©sistes rĂ©animateurs du privĂ© demandent Ă  ĂȘtre rĂ©quisitionnĂ©s. Le mĂȘme jour, c’est la FĂ©dĂ©ration des hĂŽpitaux privĂ©s qui demande que les hĂŽpitaux privĂ©s soit rĂ©quisitionnĂ©s selon le HuffPost, afin d’épauler l’hĂŽpital public arrivĂ© en certains endroits Ă  saturation.

DES TESTS POUR LES « HAPPY FEW »

Sur les rĂ©seaux sociaux, des personnalitĂ©s politiques — notamment la secrĂ©taire d’État Emmanuelle Wargon et Michel Barnier — Ă©voquent leur rĂ©sultat au test du coronavirus. Un vrai exercice de transparence et d’humanitĂ©. Ils ont Ă©tĂ© testĂ©s positifs. De nombreux commentaires sur Twitter sont acerbes, comme celui de Gilles Sacaze : « Merci de ces bonnes nouvelles Monsieur Barnier. SincĂšrement et respectueusement ravi pour vous. Une petite pensĂ©e pour nos concitoyens qui ont les mĂȘmes symptĂŽmes, mais qui rentrent chez eux en famille, sans avoir Ă©tĂ© testĂ© (faute de test) sans masque (faute de masque)  ».

DES MASQUES EN ABONDANCE

Le 10 mars, le ministre de la santĂ© affirme qu’ « il n’y a pas de pĂ©nurie de masques » de protection, nous informe France Info. La radio d’État nous donne un autre motif de satisfaction : « les gels hydroalcooliques ne connaissant pas non plus de pĂ©nurie ». Comme le dit l’expression, c’est l’hilaritĂ© gĂ©nĂ©rale sur les bancs de l’assemblĂ©e. Une semaine plus tard, le 18 mars, le directeur gĂ©nĂ©ral de la santĂ© modĂšre ces annonces. Il affirme que le gouvernement achemine vers les pharmacies plus de 12 millions de masques. Il ajoute, selon Le Point, « plus d’une dizaine de millions de masques vont aussi ĂȘtre livrĂ©s vers les hĂŽpitaux ».

Cela n’empĂȘche pas des professionnels de la santĂ© de continuer Ă  se plaindre du manque de masques. Comme ce mĂ©decin qui pose nu pour dĂ©noncer le manque de protection, selon Ouest-France le 24 mars.

«  En mĂȘme temps », un reportage de France Bleu nous apprend que des masques en quantitĂ© abondante sont disponibles en Chine, mais que pour des raisons de lourdeur administrative en France, leur acheminement en France n’est pas organisĂ©. Pour pallier cette inertie mettant en danger les soignants et la population, « LVMH offre 10 millions de masques et Bouygues 1 million  (
) dans les prochains jours » selon Capital le 23 mars. Une affaire rondement menĂ©e.

Le journaliste de MĂ©diapart Fabrice Arfi relaie sur son compte Twitter une communication de l’ambassade de France Ă  Hong Kong concernant la prĂ©vention de la contamination, bien diffĂ©rente de celle en vigueur en mĂ©tropole : outre les gestes barriĂšre, « les armes en sont simples : portons un masque, conformons-nous scrupuleusement aux rĂšgles de quarantaine pour ceux qui ont voyagĂ© rĂ©cemment ».

DES PRISONNIERS ET DES CLANDESTINS LIBÉRÉS PAR MILLIERS

Le Monde nous informe que des clandestins dĂ©tenus dans des centres de rĂ©tention sont progressivement libĂ©rĂ©s. Le gouvernement semble abandonner l’objectif d’expulser ceux qui se maintiennent illĂ©galement sur le territoire, dans une indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale.

La libĂ©ration des dĂ©linquants ne concerne pas que les clandestins. Selon le site actupenit.com le 23 mars, la ministre de la justice va autoriser la libĂ©ration de 5 000 dĂ©tenus en fin de peine. Des instructions seraient Ă©galement donnĂ©es pour l’on ne « mette pas Ă  exĂ©cution les courtes peines d’emprisonnement ». L’objectif serait de « dĂ©sengorger les prisons » en cette pĂ©riode de confinement. Le Figaro a recueilli la rĂ©action d’un officier de terrain. Il craint que ces mesures « ne viennent encore Ă©toffer une faune dĂ©jĂ  bien vĂ©nĂ©neuse ».

Alors que l’on s’apprĂȘte Ă  libĂ©rer une « faune vĂ©nĂ©neuse », ce sont les Français qui font une entorse aux rĂšgles de confinement qui pourraient se retrouver en prison. C’est en tout cas ce que veut la ministre de la justice. Le respect du confinement au domicile est une prioritĂ© pour la ministre de la justice. Lors du dĂ©bat parlementaire sur l’état de siĂšge sanitaire, elle plaide pour que les infractions rĂ©pĂ©tĂ©es aux rĂšgles de confinement soient lourdement sanctionnĂ©es. « Six mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende » nous apprend LCI. Un dĂ©putĂ© rappelle Ă  la Garde des Sceaux que  « les prisons sont pleines ». La Ministre, tout Ă  son empressement de libĂ©rer les dĂ©linquants, revient finalement sur son objectif d’incarcĂ©rer ceux qui enfreignent les rĂšgles de confinement.

UNE COMMUNICATION SURABONDANTE

Alors que le budget de l’État et des dĂ©partements dĂ©diĂ©s Ă  l’immigration a considĂ©rablement augmentĂ© ces derniĂšres annĂ©es, il n’en est pas de mĂȘme pour l’hĂŽpital public. À chacun ses prioritĂ©s. Un scientifique prĂ©sente sur le blogue Anthropo-logique l’évolution du nombre de lits en soins intensifs en France depuis 1998. Non seulement ce nombre ne fait que baisser, mais il place la France Ă  l’avant dernier rang dans le classement des 5 pays retenus. Dans ces conditions, la pandĂ©mie actuelle sature les structures hospitaliĂšres publiques. La construction d’un hĂŽpital de fortune Ă  Mulhouse fait l’objet d’un abondant storytelling dans les journaux tĂ©lĂ©visĂ©s. Chaque Ă©tape du montage des tentes est prĂ©sentĂ©e. Ce qui amĂšne un abonnĂ© Ă  Twitter à faire ce commentaire :

« Chine : 10 jours pour construire un hÎpital de 1 000 lits.
Macron : 15 jours pour construire 5 pauvres tentes de 30 lits ».

Les communications calamiteuses de la porte-parole du gouvernement font l’objet le 23 mars d’une vidĂ©o lors de l’émission Quotidien. Elle met en lumiĂšre de nombreuses contradictions, contrevĂ©ritĂ©s et un manque certain d’anticipation.Les Ă©lĂ©ments de langage guerriers choisis par le PrĂ©sident de la RĂ©publique lors de son allocution tĂ©lĂ©visĂ©e le 16 mars sont repris par le staff gouvernemental. Sur CNews le 23 mars, le fait de voir le PrĂ©sident sans masque et sans distance de sĂ©curitĂ© lors de ses dĂ©placements Ă©tonne les intervenants. Un journaliste cite des propos tenus Ă  l’ElysĂ©e :

« Il va falloir vous habituer Ă  voir le prĂ©sident de la rĂ©publique au contact sur le terrain, c’est Clemenceau dans les tranchĂ©es ». Personne sur le plateau n’a l’outrecuidance d’évoquer un costume trop grand pour le prĂ©sident Macron


Il y aurait tant Ă  dire encore sur les rĂ©actions mĂ©diatiques face Ă , en vrac : la polĂ©mique entre les États-Unis et la Chine sur l’origine du virus ; la stratĂ©gie de plus en plus dĂ©criĂ©e des autoritĂ©s françaises de confinement sans recours massif aux tests et Ă  l’isolement des personnes contaminĂ©es ; les modalitĂ©s du recours Ă  la chloroquine par les autoritĂ©s françaises, etc. Mais il faut en garder pour les prochains jours. En cette « drĂŽle de guerre », il y a fort Ă  craindre que tant la communication que la stratĂ©gie du gouvernement dans la lutte contre le coronavirus soient une source inĂ©puisable d’étonnements par mĂ©dias interposĂ©s
 À suivre.

Article paru sur le site de l’OJIM.

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