Nous fĂȘterons dans quelques mois le centenaire de l’entrĂ©e en guerre des États-Unis aux cĂŽtĂ©s des « AlliĂ©s », et avec elle notre soumission Ă  ces mĂȘmes États-Unis, et l’avĂšnement du « nouvel ordre mondial » que certains esprits pas trĂšs Ă©clairĂ©s font mine de dĂ©couvrir. Car dĂ©jĂ  au lendemain de Waterloo


Chateaubriand notait en 1841 – dans la visionnaire conclusion de ses MĂ©moires : « La folie du moment est d’arriver Ă  l’unitĂ© des peuples et de ne faire qu’un seul homme de l’espĂšce entiĂšre  »

Nous y sommes presque, ayant fait disparaĂźtre les peuples, les frontiĂšres, les prĂ©jugĂ©s, tout en construisant toujours plus haut ce mur d’argent qui permet d’imposer sans coup fĂ©rir cette rĂšgle d’airain : soyez mous, consommez et laissez-vous crever.

Une chose est l’avĂšnement d’une sociĂ©tĂ© vaguement unifiĂ©e par la technologie et le commerce, une autre est l’avĂšnement d’une sociĂ©tĂ© unifiĂ©e par un terrorisme moral d’origine biblique ; or, c’est ce qui s’appelle stricto sensu le Nouvel Ordre Mondial ; et il nous vient de Woodrow Wilson. C’est pourquoi je rappelle ces lignes de Charles Maurras Ă©crites dans son incisif essai sur ce prĂ©sident amĂ©ricain qui amena gaillardement la fin de la vieille Europe et le triomphe du communisme Ă  Moscou. Je laisse la parole au vieux maĂźtre de Martigues, lorsqu’il Ă©voque avec une certaine inquiĂ©tude les visions bibliques du messianique prĂ©sident : « Pour texte de son sermon, il a pris le 9e verset du chapitre XI des ProphĂ©ties d’IsaĂŻe(1). Il a insistĂ© avec force sur la nĂ©cessitĂ© d’imprĂ©gner d’idĂ©alisme la vie politique et civile, sur ce fait que l’Église doit soutenir cet idĂ©alisme de toute son Ă©nergie et de tout son pouvoir. Il a indiquĂ© que le royaume de Dieu peut ĂȘtre de cette terre en ce qui touche la vie politique et civile des peuples, et, plus prĂ©cisĂ©ment, dans les relations entre les nations. Il a dĂ©clarĂ© que l’Histoire nous rĂ©vĂšle que le progrĂšs, l’évolution de humanitĂ©, dont l’existence primitive, dite prĂ©historique, a Ă©tĂ© le premier stade, approche maintenant, par la constitution de la SociĂ©tĂ© des nations, de son stade dernier. La SociĂ©tĂ© des nations sera la derniĂšre Ă©tape de l’humanitĂ© dans la voie oĂč, depuis le lointain des Ăąges, elle marche, Ă  travers les difficultĂ©s, les Ă©preuves et avec des reculs momentanĂ©s. »

On sait que l’AmĂ©rique imposa la SDN, l’ONU, la construction europĂ©enne aprĂšs les guerres mondiales en utilisant des agents comme Jean Monnet, les socialistes (Trotsky se moquait de leur soumission) ou les chrĂ©tiens-dĂ©mocrates. En renforçant depuis l’Otan, Washington prĂ©vient toute possibilitĂ© d’unifier l’Europe au sens nietzschĂ©en – ou mĂȘme gaulliste – du terme. Et n’étant pas dirigĂ©s par les bons EuropĂ©ens, mais par les mauvais, ceux qui veulent du Turc, haĂŻssent le Russe et ameutent les rĂ©fugiĂ©s de la planĂšte, nous sommes mal partis. Quant Ă  la vision du perfectionnement idyllique Ă  la sauce kantienne ou chardinesque, on sait oĂč elle mĂšne.

Note

(1) Lisez aussi IsaĂŻe, LX, 9 et 16

A propos de l'auteur

Nicolas Bonnal

Essayiste et chroniqueur politique, Nicolas Bonnal est l’auteur d’une quinzaine de livres sur la politique, l’identitĂ©, l’initiation et le cinĂ©ma
 Derniers livres parus aux Éditions Dualpha : Le paganisme au cinĂ©ma ; La chevalerie hyperborĂ©enne ; le Graal et Donald Trump, le candidat du chaos. Il est le correspondant d'EuroLibertĂ©s en Espagne.

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