Louis-Christian Gautier propose aux lecteurs d’EuroLibertés un « récit historique » en plusieurs épisodes : « Naissance de la propagande de guerre : un « incident de frontière » à l’origine de celle de Sept Ans (1756-1763) et ses conséquences inattendues, lointaines et actuelles. »

Récit de l’anglophobie (épisode 1), cliquez ici. ; Récit de l’anglophobie (épisode 2), cliquez ici ; Récit de l’anglophobie (épisode 3), cliquez ici.

Qui était à l’origine de ces textes au patriotisme dérapant jusqu’à la xénophobie ? Pour l’universitaire américain Bell, ils ne sont pas « sortis spontanément de la poitrine de patriotes inspirés », mais ont été suscités par les autorités.

Il parle d’abord de royal ministry, ce qui est un peu vague. Mais Bell s’appuie sur l’auteur « satirique » Mouffle d’Angerville qui disait que « ces écrits ont été produits sous les auspices du Ministre dont le soutien secret est resté caché… »

Ceci figure dans une Vie privée de Louis XV, publiée en 1785… à Londres, ce qui n’est pas en soi une garantie d’objectivité.

Le pivot de cette opération de propagande aurait été Moreau, dont nous avons parlé plus haut « que le ministre des affaires étrangères fournira largement en subsides » selon notre historien américain.

Les autres auteurs se seraient inspirés de lui, certains ouvertement, d’autres s’en cachant : la préface du Jumonville de Thomas est quasiment la reproduction du texte de L’Observateur hollandois. Bell relève que celui-ci était, un an après la parution, secrétaire particulier du duc de Choiseul, dont les fonctions correspondaient à celle d’un actuel ministre des affaires étrangères : le royal ministry est cette fois incarné.

En fait, l’objectif aurait été moins interne qu’international. Ainsi, Moreau était-il utilisé par Choiseul dans le but de maintenir les Pays-Bas, alors puissance redoutable, dans la neutralité : il rédigera des articles prétendument de la plume d’un notable hollandais, « Monsieur van… ». Il publiera aussi les papiers personnels de Washington saisis lors de la prise de Fort Necessity, parce que jugés accablants pour les Anglais. Ainsi malgré le subterfuge du titre de la publication, L’Observateur hollandois était une œuvre franco-française. On relève aussi que plusieurs décennies avant la Révolution, le mot « patrie » revient comme un leitmotiv.

Les opérations militaires tournant au désavantage de la France, il devenait nécessaire de mobiliser la population derrière la couronne, moralement et aussi matériellement afin de financer l’effort de guerre qui vidait le trésor royal. Moreau s’y employa, en particulier avec Le Moniteur françois, qui, lui, visait explicitement un public national. Il le reconnaîtra d’ailleurs dans ses mémoires, écrivant au sujet de sa « Lettre sur la paix » : « J’exhortais la nation à retrouver les coutumes, le courage et les vertus de ses ancêtres. »

On remarque le vocabulaire, qui se retrouvera dans les publications révolutionnaires lorsqu’on déclarera « La Patrie en danger ». De même lorsque L’Année littéraire d’Elie Fréron publie en 1756 : « Nous engageons la nation, ou du moins les personnes les plus aisées, à faire un effort digne de vrais patriotes français, en donnant volontairement ce qu’elles peuvent sans compromettre leur fortune, etc. »

Il n’y a qu’un pas à franchir pour lancer des « emprunts de guerre » ! L’appel sera entendu, ainsi les États du Languedoc « offriront » un vaisseau de ligne de 74 canons, auquel la générosité de divers donateurs ajoutera plusieurs petites unités, dont l’une baptisée Le Citoyen : quelle avance dans le vocabulaire !

Autre mesure que l’on peut qualifier de prérévolutionnaire : en 1759, des lettres patentes du contrôleur général des finances Étienne de Silhouette demandaient aux Français, la famille royale donnant l’exemple, de remettre leur vaisselle d’argent. Ceci, soit à titre de don, soit contre des bons remboursables : on n’était pas loin des Assignats. L’impact financier fut négligeable, mais les conséquences psychologiques notables : un juriste parisien écrira dans son journal personnel : « Ce type d’expédient est généralement le dernier recours des États en cas de crise. »

Même les congrégations religieuses s’exécuteront « pour montrer leur patriotisme et leur soumission aux souhaits de Sa Majesté. »

(Suite de ce récit de l’anglophobie demain).

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Philippe Randa,
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