Oliver Cromwell offre Ă  l’observateur un type de chef d’État – chef de guerre, fou de dieu, diffĂ©rent de la plupart de ses confrĂšres : c’est un hallucinĂ©.

Orphelin de pĂšre Ă  18 ans, Cromwell est un petit propriĂ©taire terrien du Pays de Galles perpĂ©tuellement dĂ©sargentĂ©, ce dont il ne se soucie guĂšre. TrĂšs attachĂ© Ă  sa mĂšre, Ă  son Ă©pouse et Ă  leurs 9 enfants (dont 7 parviennent Ă  l’ñge adulte, ce qui est une proportion remarquable pour l’époque), il passe ses heures de loisir Ă  frĂ©quenter la Bible, singuliĂšrement l’Ancien Testament.

En 1620, ĂągĂ© de 21 ans, il perçoit ses premiĂšres hallucinations auditives et visuelles, Ă  tonalitĂ© franchement mystique. En mĂ©decine, le terme d’hallucination ne s’emploie que dans le cas oĂč la victime est fermement convaincue de la rĂ©alitĂ© de ses visions.

Chez lui, les accĂšs surviennent de façon alĂ©atoire, irrĂ©guliĂšrement espacĂ©s, sans facteur caractĂ©ristique. La rĂ©pĂ©tition des hallucinations lui fait progressivement croire qu’il est appelĂ© par la divinitĂ© Ă  remplir une mission particuliĂšre. Vers 1640, cette conviction est solidement ancrĂ©e.

C’est un homme peu instruit. Sa connaissance du latin, la langue diplomatique de l’époque, sera toujours pitoyable. MĂ©diocre orateur, il se contente d’ĂȘtre un obscur dĂ©putĂ© aux Communes durant les annĂ©es 1628-29, puis, Ă  compter de 1640, quand le Parlement est de nouveau rĂ©uni aprĂšs 11 annĂ©es de despotisme royal. La rĂ©volution anglaise de 1642 lui offre l’occasion de rĂ©vĂ©ler ses dons de chef de guerre.

Fort mĂ©ticuleux, il prend un soin extrĂȘme de l’armement et du ravitaillement de ses hommes, chez lesquels il fait rĂ©gner une trĂšs stricte discipline. Il est difficile d’apprĂ©cier son sens tactique : ses adversaires, les « Cavaliers » du parti royal, sont tellement stupides et indisciplinĂ©s qu’ils offrent des victoires faciles aux « TĂȘtes rondes » du Parlement.

ChargĂ© de rĂ©primer « l’insurrection papiste » d’Irlande, en 1649-50, il se montre effroyablement sectaire et fort sanguinaire, exterminant systĂ©matiquement les combattants ennemis, mais aussi une partie de la population dĂ©sarmĂ©e : son action prĂ©figure celle des « colonnes infernales » de Turreau en VendĂ©e, Ă  ceci prĂšs que le gĂ©nocide irlandais de Cromwell est perpĂ©trĂ© au nom du dieu d’amour.

À 53 ans, il devient le maĂźtre absolu de la Grande-Bretagne, sous l’appellation de Lord Protecteur d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, cumulant tous les pouvoirs, mĂȘme celui d’inspirer le dogme religieux. Il mĂ©prise ouvertement les juristes et viole perpĂ©tuellement la Constitution qu’il a fait adopter en dĂ©cembre 1653 pour satisfaire le lĂ©galisme de ses partisans. De la mĂȘme façon, il n’aime guĂšre les parlementaires qu’il a laissĂ©s se gaver de terres et de biens mobiliers arrachĂ©s aux royalistes, au clergĂ© anglican et aux papistes.

Officiellement, l’inspiration divine lui dicte sa politique et cet argument, rĂ©pĂ©tĂ© Ă  longueur d’annĂ©es, paraĂźt bon Ă  ses administrĂ©s aprĂšs qu’il a exterminĂ© l’opposition des « niveleurs ». Seul le Lord Protecteur connaĂźt les desseins de dieu : une grande partie de la population britannique en est convaincue, l’autre partie se tait par prudence.

Lui-mĂȘme est austĂšre et parfaitement dĂ©sintĂ©ressé ; il ne se gave que de ses « voix ». À l’étranger, on le craint chez les catholiques, on le vĂ©nĂšre chez les protestants. Il parle constamment de paix et jette l’Europe dans la guerre gĂ©nĂ©rale. C’est le prototype du dictateur de droit divin, qui rend Ă  sa divinitĂ© son esprit hallucinĂ© le 3 septembre 1658, au plus fort d’une tempĂȘte d’intensitĂ© exceptionnelle.

On dispose de trop peu d’élĂ©ments cliniques pour affirmer la nature des troubles psychiatriques d’Oliver Cromwell. L’importance de ses hallucinations, leur tonalitĂ© mystique et leur dĂ©but prĂ©coce pourraient orienter vers le diagnostic de paraphrĂ©nie, une variĂ©tĂ© (controversĂ©e) de psychose hallucinatoire chronique. L’hypothĂšse d’une Ă©pilepsie limbique (suivant la dĂ©nomination ancienne) temporale n’est pas Ă  Ă©carter, mĂȘme si elle est peu probable : l’homme avait une vie sexuelle assez riche et n’a jamais prĂ©sentĂ© d’autres signes de cette variĂ©tĂ© d’épilepsie.

Quelle que soit l’origine de ses hallucinations, il est parvenu Ă  faire adhĂ©rer la masse de ses partisans Ă  son dĂ©lire, en dĂ©pit de talents oratoires fort mĂ©diocres. La rĂ©ussite du chef de guerre a emportĂ© la conviction de lecteurs assidus de l’Ancien Testament, un ensemble de textes oĂč l’ĂȘtre heureux dans ses rĂ©alisations est rĂ©putĂ© bĂ©ni de Dieu. C’est un exemple de fou de dieu, grand exterminateur d’ennemis. Le mysticisme dĂ©voyĂ© mĂšne volontiers au crime de masse.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.