Au début était la Normandie


En 911, Rollon, chef conquĂ©rant viking commença Ă  unifier la terre normande telle que nous la connaissons territorialement aujourd’hui en signant un traitĂ© de paix avec le roi des Francs, Charles le Simple.

Le traitĂ©, signĂ© Ă  Saint-Clair-sur-Epte donna naissance au duchĂ© de Normandie. Rollon, d’origine scandinave, reçu duc par le Roi franc, intĂ©gra Ă  son duchĂ© les pays voisins de la Basse-Seine, Ă  charge pour lui de les dĂ©fendre d’autres Ă©ventuelles invasions nordiques. Ce traitĂ© servira de fondement Ă  la naissance politique et gĂ©ographique de la Normandie, Ă©tymologiquement le « Pays des Hommes du Nord » en vieux norrois, dont Ă©tait issu leur fondateur.

Historiquement et territorialement, la Normandie était née.

Au-delĂ  de Rollon, les Normands parvinrent, en recourant parfois Ă  l’aide militaire de troupes scandinaves, Ă  se maintenir au pouvoir et Ă  construire un État solide, indĂ©pendant jusqu’en 1204, lors du rattachement du territoire au drapeau « aux trois lĂ©opards » Ă  la France.

Si la question historique de la Normandie ne fait pas dĂ©bat, ni mĂȘme ses contours gĂ©ographiques, demeure chez certains historiens et archĂ©ologues la question de la diversitĂ© de sa population et de son maintien.

La question de la population normande

En effet, en 911, une population franque indigĂšne a vu dĂ©barquer des guerriers nordiques, vigoureux, venus s’établir et diriger une terre. Cette conquĂȘte se matĂ©rialisa par un encadrement nordique, limitĂ© en quantitĂ© de population, qui s’intĂ©gra Ă  l’environnement prĂ©existant, notamment via la conversion au christianisme.

Ainsi, la question que se posent de nombreux historiens est la pĂ©rennitĂ©, sur le sol normand, des populations scandinaves, le plus souvent issues des nations danoise et norvĂ©gienne actuelles. Ces hommes du large ont-ils conquis d’autres terres ou se sont-ils installĂ©s dans le nord-ouest de la terre franque ? La seconde hypothĂšse intĂšgre la notion d’absorption, de fusion des populations car il paraĂźt d’évidence que le groupe colonisateur Ă©tait constituĂ© en totalitĂ© (ou quasiment) d’élĂ©ments masculins.

En effet, certains considĂšrent les Vikings comme des conquĂ©rants, ayant une incapacitĂ© certaine Ă  s’intĂ©grer – et Ă  s’installer – au sein d’une population locale prĂ©existante (avant la Normandie, ces terres faisaient partie de la Neustrie) ; d’autres pensent que les Hommes venus du Nord se sont totalement intĂ©grĂ©s, offrant ainsi une identitĂ© spĂ©cifique Ă  la fois aux noms de famille (patronymie) comme aux lieux (toponymie).

Cette question porte donc sur les racines de certains habitants la Normandie enfin rĂ©unifiĂ©e au sein d’une mĂȘme rĂ©gion administrative (mais patrie charnelle depuis 911 !).

Nul n’en doute, tout ce qui est liĂ© Ă  l’identitĂ© pose un problĂšme Ă  nos Ă©lites nationales. Cette prĂ©disposition ne pose, par contre, aucune difficultĂ© Ă  la population qui aime se dĂ©finir ou s’associer Ă  la terre sur laquelle elle rĂ©side ou sur laquelle elle vit le jour.

Suis-je Normand pourrait s’interroger chacun des 3 200 000 habitants des cinq dĂ©partements issus de la RĂ©volution française ? Sans aucun doute oui, puisque cette identitĂ© s’acquiert par l’hĂ©ritage comme par la volontĂ© de le devenir. Le chef d’État sĂ©nĂ©galais aujourd’hui disparu LĂ©opold SĂ©dar Senghor, acadĂ©micien français, liĂ© Ă  la Normandie notamment par son Ă©pouse (mais aussi par sa culture), a longuement Ă©voquĂ© cette question, rejoignant les rĂ©gionalistes partisans de l’unitĂ© normande au sein de l’entitĂ© nationale française du Mouvement normand (MN).

Il n’en demeure pas moins que le rapport Ă  l’identitĂ© ne peut pas ĂȘtre enfermĂ© dans un tabou. Le philosophe Nietzsche ne rappelait-il pas que « L’avenir appartient Ă  celui qui a la plus longue mĂ©moire » ?

Nombre de lieux normands nous lient Ă  la langue norroise, celle des conquĂ©rants Scandinaves qui ont su faire d’une terre, un vĂ©ritable État. Ainsi, la toponymie, c’est-Ă -dire l’étude des noms propres dĂ©signant un lieu se propose de rechercher leur anciennetĂ©, leur signification, leur Ă©tymologie (leur origine).

Plusieurs pays normands se distinguent par des noms de lieux proches : la « vikinomisation » aurait touché plusieurs terres, en rapport avec la navigation, du pays de Caux (en Seine-Maritime) au Cotentin (dans la Manche).

Ce que la France et ses Ă©lites refusent de rĂ©aliser sous prĂ©texte probablement d’unitĂ© nationale, n’empĂȘche pas d’autres EuropĂ©ens de s’intĂ©resser Ă  l’évolution des populations sur notre territoire.

Le projet ADN Viking

Ainsi, des universitaires britanniques (il est vrai qu’une partie du territoire normand, les Ăźles Anglo-Normandes, fait partie de la Couronne britannique) se sont intĂ©ressĂ©s Ă  la colonisation scandinave en Normandie franque et surtout Ă  sa pĂ©rennitĂ© Ă  travers la gĂ©nĂ©tique.

L’universitĂ© de Leicester, ville d’Angleterre situĂ©e dans la rĂ©gion des Midlands de l’Est, s’est dĂ©jĂ  fait connaĂźtre en aoĂ»t 2012 pour des travaux de recherche in situ lorsque des archĂ©ologues entamĂšrent des fouilles Ă  la recherche des restes du roi Richard III sous un parc de stationnement de la ville. Venant conclure leurs travaux, un squelette est mis au jour le 12 septembre 2012 identifiant les restes de Richard III.

Cette universitĂ©, vĂ©ritable pĂ©piniĂšre d’historiens, s’est donnĂ©e comme objectif, en liant l’archĂ©ologie aux donnĂ©es modernes de la gĂ©nĂ©tique, de retrouver les diasporas scandinaves dans quatre rĂ©gions, trois britanniques (dans le nord de l’Angleterre) et une française, la presqu’üle du Nord Cotentin, au nord du dĂ©partement de la Manche.

Cette Ă©tude a pour titre The Viking DNA Project : elle s’est mise en place aux derniers jours du printemps en Normandie occidentale.

La pointe nord-ouest du département de la Manche compte effectivement un nombre important de toponymes et de patronymes scandinaves.

La fondation Leverhulme Trust, qui a financĂ© d’autres travaux universitaires consacrĂ©s Ă  l’identitĂ© historique europĂ©enne de la population quĂ©bĂ©coise, a investi dans ces travaux de recherche Ă  hauteur de 300 000 euros.

De ce cĂŽtĂ© de la Manche, le Centre de Recherches ArchĂ©ologiques et Historiques Anciennes et MĂ©diĂ©vales (CRAHAM) de l’universitĂ© de Caen s’est associĂ© Ă  ces recherches.

Le docteur Richard Jones, maĂźtre de confĂ©rences en histoire Ă  l’universitĂ© de Leicester, indique que « l’objectif, c’est de connaĂźtre l’intensitĂ© de la colonisation scandinave aux IXe et Xe siĂšcle dans le Cotentin, son ampleur, mais aussi si les colons sont restĂ©s entre eux ou bien se sont mariĂ©s avec les locaux ». On peut rappeler que le premier duc de Normandie, Rollon, a optĂ© pour la seconde solution puisqu’il a Ă©pousĂ© Poppa de Bayeux, Ă  l’ascendance franque. Cet exemple a-t-il Ă©tĂ© suivi au sein de la population ?

En pratique, cette mission scientifique britannique a consistĂ© Ă  prĂ©lever de la salive Ă  des volontaires afin de comparer leur ADN Ă  celui des Vikings via un « gĂšne rĂ©fĂ©rent ». Cette opĂ©ration s’est dĂ©roulĂ©e sur l’espace (court) d’un week-end, les 15 et 16 juin, Ă  Valognes, dans la Manche.

La Commission nationale de l’informatique et des libertĂ©s (CNIL) avait autorisĂ© cette manifestation en la limitant Ă  deux jours.

Afin de participer Ă  ce prĂ©lĂšvement, outre ĂȘtre volontaire et prĂ©sent physiquement Ă  Valognes quelques jours avant le solstice d’étĂ©, des conditions non cumulatives Ă©taient exigĂ©es :

– avoir un patronyme prĂ©sent depuis le XIe siĂšcle en France ou d’origine scandinave (comme, l’ancien champion cycliste Anquetil mais aussi Ingouf, Osouf, Osmont, HĂ©rout, Dutot, Lanfry, Tougis, Quetel, Gonfray, Equilbec
) ;

– ou bien avoir quatre grands-parents (sur quatre) ayant toujours vĂ©cu dans un rayon de 50 km autour de son lieu de vie actuel.

À partir de ces tests, le docteur Richard Jones pourra conclure qu’il y a une probabilitĂ© qu’une personne ait eu, autour du Xe siĂšcle, un ancĂȘtre scandinave. Cette Ă©tude, selon l’universitaire, portera sur 2 % de l’ADN, ce qui laisse une large marge d’erreur (ou d’espoir ?) pour les recalĂ©s du test dont les rĂ©sultats seront connus Ă  la fin de l’annĂ©e et publiĂ©s en 2016.

Cette recherche historique, accueillie avec intĂ©rĂȘt et bienveillance par la population du Cotentin, a subi les courroux du Mouvement contre le racisme et pour l’amitiĂ© entre les peuples (MRAP) relayĂ© par un article de l’hebdomadaire politico-satirique « Le Canard enchaĂźné » du 29 avril dernier.

Ainsi, Jacques Declosmenil, prĂ©sident dĂ©partemental du MRAP pour la Manche et ancien maire-adjoint, puis conseiller municipal d’opposition Ă  Saint-LĂŽ (Mouvement RĂ©publicain et Citoyen, MRC, fondĂ© par Jean-Pierre ChevĂšnement, qui vient d’en dĂ©missionner), n’hĂ©sitait-il pas Ă  dĂ©clarer : « On craint que cela dĂ©veloppe l’idĂ©e qu’il y a de vrais Normands et de faux Normands. Quand on voit en “une” de certains journaux des photos de guerriers vikings brandissant leurs armes avec en titre “Avez-vous du sang viking ?”, on ne peut que s’inquiĂ©ter. »

Il est vrai qu’en 2013, quelques jours aprĂšs les commĂ©morations du dĂ©barquement en Normandie et un an avant le 70e anniversaire, il avait vigoureusement condamnĂ© les dĂ©guisements et jeux de guerre dans le cadre des reconstitutions historiques.

Le militant de gauche Declosmenil dĂ©clarait quitter la vie politique locale pour ne pas « s’accrocher Ă  ses illusions perdues ». Sans doute une excellente idĂ©e pour quelqu’un dont la premiĂšre campagne politique remonte Ă  1971.

Cet adversaire de l’identitĂ© historique eut un Ă©cho favorable dans Le Canard enchaĂźnĂ© dernier qui tenta, dans un modeste article intitulĂ© « À Thor et Ă  travers », de dĂ©crĂ©dibiliser la dĂ©marche scientifique des universitaires britanniques.

MalgrĂ© cette opposition dogmatique, les habitats du Cotentin ont manifestĂ© leur intĂ©rĂȘt en participant Ă  ces prĂ©lĂšvements d’ADN.

Au moment de l’unitĂ© rĂ©gionale, les Normands semblent redĂ©couvrir qu’ils sont la plus ancienne rĂ©gion française en matiĂšre d’identification. Et cette rĂ©gion est le fruit probable d’un mĂ©tissage entre peuples du Nord et population franque.

Il peut paraĂźtre Ă©tonnant que ceux qui nient ou s’amusent de ce droit au mĂ©tissage europĂ©en et de ce droit Ă  la diffĂ©rence s’en Ă©meuvent lorsqu’il s’agit d’autres populations.

Les rĂ©sultats de cette Ă©tude nous indiqueront, au vu de l’échantillonnage testĂ©, si le nord Cotentin a su conserver un de ses gĂšnes, celui qui fit connaĂźtre notre terre normande bien au-delĂ  de ses frontiĂšres et donna Ă  notre peuple une vision, et une ambition, maritime.

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