Franck Favier est agrĂ©gĂ©, docteur en histoire, et professeur en classes prĂ©paratoires. Il a Ă©crit une trĂšs intĂ©ressante biographie consacrĂ©e Ă  Bernadotte, sous-titrĂ©e « Un marĂ©chal d’empire sur le trĂŽne de SuĂšde »  (Ellipses). Celle-ci est prĂ©facĂ©e par Jean Tulard, Ă©minent historien et spĂ©cialiste de NapolĂ©on.

DĂšs les premiĂšres lignes, nous lisons une analyse particuliĂšrement intĂ©ressante : « Le MĂ©morial de Sainte HĂ©lĂšne a distribuĂ© une fois pour toutes les bons et les mauvais rĂŽles dans l’épopĂ©e napolĂ©onienne. Les pages datĂ©es du 7 aoĂ»t 1816 ont rangĂ© Bernadotte parmi les traĂźtres, nombreux et au demeurant de qualitĂ©, Ă  commencer par Talleyrand et Fouché ». D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, NapolĂ©on avait-il tort ou raison au sujet de cette fameuse traĂźtrise de Bernadotte ? L’auteur rappelle avec intĂ©rĂȘt qu’« en France, les contemporains et les historiens furent le plus souvent sĂ©vĂšres avec le marĂ©chal. Pour eux, il est l’homme qui a trahi sa patrie par ambition, a portĂ© les armes contre elle et a provoquĂ© sa chute ».

Pour rendre justice Ă  l’Histoire, Favier prĂ©cise Ă©galement le point suivant : « En SuĂšde, sa patrie d’adoption, le portrait fut plus flatteur, qui fit du roi Charles-Jean le fondateur d’une pĂ©riode de stabilitĂ© et de paix pour le royaume. En NorvĂšge, sa patrie d’annexion, les avis furent plus partagĂ©s, oscillant entre admiration pour la pacification et reproches sur le conservatisme royal. »

À l’aune de ces citations, tout le monde reconnaĂźtra que l’homme divise, mais surtout qu’il ne laisse pas indiffĂ©rent. Disons aussi, pour ĂȘtre le plus objectif possible, qu’on ne devient pas gĂ©nĂ©ral, ambassadeur, ministre de la Guerre, marĂ©chal d’Empire et Ă©lu au trĂŽne de SuĂšde sans possĂ©der de vĂ©ritables qualitĂ©s humaines et intellectuelles


Favier explique judicieusement qu’on « ne peut Ă©voquer Bernadotte sans parler de NapolĂ©on. Deux hommes, deux ambitions ; deux hommes que tout oppose : leurs origines, leurs formations, puis le refus de l’un de se laisser embrigader sous les ordres de l’autre ; une femme, DĂ©sirĂ©e, pour les lier, protĂ©geant Bernadotte de sanctions normalement prĂ©visibles ». Il ajoute aussi que « ces deux caractĂšres, ces deux sĂ©ducteurs, entameront une relation passion-haine qui ne trouvera son Ă©pilogue que dans la rupture, rĂ©sultat inĂ©vitable de leurs maladresses mutuelles et de leurs affrontements ».

Bernadotte rĂ©pugne Ă  servir NapolĂ©on et dĂ©plore l’évolution monarchique du rĂ©gime. NapolĂ©on, lui, n’entend pas avoir d’opposants politiques, ni mĂȘme de grands officiers servant avec rĂ©serve ou exprimant publiquement des critiques Ă  son endroit. Leur dĂ©chirure Ă©tait en quelque sorte inĂ©vitable, sans parler des erreurs psychologiques commises par l’un et l’autre, que Favier analyse de maniĂšre pertinente. Elles Ă©claircissent les incomprĂ©hensions, les rancƓurs et ce rendez-vous manquĂ© entre deux individus Ă  l’esprit supĂ©rieur.

Ainsi, pendant leur existence, NapolĂ©on et Bernadotte s’affrontent, se mĂ©fient, s’observent mais s’estiment rarement Ă  leurs rĂ©elles valeurs, car leurs anicroches finissent toujours par reprendre le dessus. Une fois relĂ©guĂ© dans son Ăźle de l’Atlantique sud, l’empereur dĂ©chu estime que « dans son enivrement, Bernadotte sacrifia sa nouvelle patrie et l’ancienne, sa propre gloire, sa vĂ©ritable puissance, la cause des peuples, le sort du monde. »

Chacun sera libre de juger si l’amertume accompagne ou non cette pensĂ©e napolĂ©onienne. De son cĂŽtĂ©, le roi de SuĂšde se dĂ©fend et « tentera de se justifier, multipliant les publications, les rĂ©cits, les biographies grĂące Ă  un vĂ©ritable bureau de propagande Ă©tabli Ă  Stockholm, Londres et Paris. MĂȘme aprĂšs la mort des deux hommes, le combat continua jusqu’à nos jour. »

Pourtant, rien ne prĂ©destine le petit Jean-Baptiste Ă  devenir l’une des tĂȘtes couronnĂ©es de l’Europe, lui le rejeton d’une famille appartenant Ă  la petite bourgeoisie de robe et Ă©tablie Ă  Pau depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations : « les origines de la famille Bernadotte se perdent ainsi dans les traditions bĂ©arnaises. Le BĂ©arn, pays fier, a marquĂ© le caractĂšre de Bernadotte. Il a aussi l’éloquence, la jactance, la malice du paysan bĂ©arnais mais aussi, le respect de la loi et la prudence ».

Tout au long de sa vie, cette prudence sera trĂšs souvent confondue ou assimilĂ©e Ă  de la passivité 

Cependant, le militaire est vĂ©ritablement aimĂ© de ses hommes : il sait les comprendre, les Ă©couter, les motiver et les rassurer lors de moments pĂ©rilleux. Bernadotte n’exprime aucune peur quand il s’agit de monter au feu pour diriger ses bataillons sous la mitraille. Les amitiĂ©s nouĂ©es pendant la RĂ©volution, au sein de l’armĂ©e comme avec des personnels des diffĂ©rents gouvernements rĂ©volutionnaires, lui seront dans une large mesure toujours fidĂšles.

Sous le Directoire et le Consulat, l’homme apparaĂźt comme un vĂ©ritable rĂ©publicain, mais un rĂ©publicain modĂ©rĂ© que tout le monde ou presque voit d’un bon Ɠil. En effet, pour les royalistes, il n’apparaĂźt pas comme un rĂ©publicain excessif ou enragĂ©, les libĂ©raux apprĂ©cient sa modĂ©ration et son rĂ©el respect des institutions, et les rĂ©publicains purs et durs voient en lui un homme qui a toujours combattu la royautĂ©. De fait, nous ne sommes guĂšre surpris de voir son nom ressortir presque Ă  chaque fois que des complots se trament. Il semble ĂȘtre une solution de rechange efficace pour les nombreux camps politiques qui se disputent alors le Pouvoir.

En dĂ©pit de relations rĂ©ellement compliquĂ©es avec NapolĂ©on – mais faisant malgrĂ© tout partie de la famille Ă©largie de l’Empereur – Bernadotte est quand mĂȘme promu marĂ©chal d’Empire en 1804 et nommĂ© prince de Ponte-Corvo en 1806. Quelle ironie nous offre l’histoire pour un homme qui avait dĂ©clarĂ© « la guerre au roi et aux tyrans ». GĂ©nĂ©ral jacobin connu et rĂ©putĂ©, une lĂ©gende tenace raconte qu’il se serait mĂȘme fait tatouer sur la poitrine l’inscription « Mort aux rois ! ». Vraie ou fausse, cette anecdote dĂ©montre, si besoin, que Bernadotte ne passe nullement pour monarchiste ou royaliste. Pourtant, lors de la crise de succession qui secoue la SuĂšde, les SuĂ©dois, comprendre le Riksdag, l’élisent comme prince royal de SuĂšde au grand Ă©tonnement de ses contemporains français ou Ă©trangers.

Aussi Ă©tonnant que cela puisse paraĂźtre, NapolĂ©on, nonobstant le lourd passif entre les deux hommes, ne met pas son veto Ă  la proposition suĂ©doise. Il considĂšre mĂȘme que c’est un pied de nez Ă  l’Angleterre de voir un Français sur le trĂŽne de SuĂšde. Le grand homme espĂ©rait sĂ»rement que Bernadotte, français par le sang reçu et par le sang versĂ©, transformerait une fois roi son pays d’adoption en protectorat français


Le choix de NapolĂ©on de ne pas intervenir Ă©tonne encore les nombreux commentateurs de l’Histoire, car celui-ci savait que Bernadotte « s’était tenu volontairement Ă  l’écart du coup d’État de Brumaire auquel il Ă©tait hostile, qu’il avait trempĂ© dans la conspiration dite des pots de beurre, Ă©touffĂ©e par FouchĂ©, qu’à IĂ©na son comportement a Ă©tĂ© douteux, qu’il avait irritĂ© NapolĂ©on Ă  Wagram  »

On ne pouvait vraiment pas penser que c’était un homme fort et un soutien sans faille du rĂ©gime impĂ©rial.

Autre paradoxe de l’histoire qui entre dans la vie de Bernadotte : une fois assis sur le trĂŽne de SuĂšde, il convient de rappeler que la partie Ă©tait loin d’ĂȘtre gagnĂ©e « car depuis 1815, sa position Ă©tait remise en cause par la France de la Restauration, pour qui sa prĂ©sence dans les cours rĂ©gnantes d’Europe Ă©tait une souillure. Cette inquiĂ©tude ne quitta jamais l’esprit de l’ancien soldat de la rĂ©volution, elle se transforma mĂȘme en obsession tout au long du rĂšgne : il voulait non seulement ĂȘtre reconnu mais aussi installer dĂ©finitivement sa propre dynastie. Lui, l’ancien conspirateur du Consulat, redoutait les complots de l’intĂ©rieur ou de l’extĂ©rieur. »

En dĂ©finitive, NapolĂ©on n’a sĂ»rement guĂšre apprĂ©ciĂ© de le voir appelĂ© au trĂŽne de SuĂšde par les SuĂ©dois, alors qu’il avait « imposĂ© Joseph en Espagne, Louis en Hollande, Murat Ă  Naples », sans parler de JĂ©rĂŽme devenu roi de Westphalie par la seule volontĂ© impĂ©riale. Le parcours de Bernadotte et son Ă©volution dans l’échelle sociale ne sont de fait pas « dĂ©pourvus d’ambiguĂŻtĂ©s » : l’homme pose question, son parcours encore plus. Tulard Ă©crit que « ce livre offre une vision objective du marĂ©chal devenu monarque. Et qu’à toutes ces questions, le professeur Favier apporte des rĂ©ponses documentĂ©es ». Le bilan de Bernadotte en tant que chef d’État se voit Ă©galement Ă©tudiĂ©, et dans l’ensemble les historiens le jugent positif et bĂ©nĂ©fique pour la SuĂšde.

Favier nous permet de suivre pas Ă  pas « la longue carriĂšre de Bernadotte et son fabuleux destin, qui prĂ©sentent en soi un intĂ©rĂȘt quasi unique, celui d’un homme, simple soldat devenu roi et fondateur d’une dynastie toujours rĂ©gnante aujourd’hui ».

Alors que les descendants des Bourbons ne rĂšgnent plus sur la France depuis presque deux cents ans, son hĂ©ritier en ligne directe Charles XVI Gustave est aujourd’hui roi de SuĂšde. N’est-ce pas la plus belle victoire de Bernadotte sur l’Histoire et les hommes ?

Bernadotte par Franck Favier (Ellipses).

Bernadotte par Franck Favier (Ellipses).

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