Richelieu avait bien conscience que couper les tĂȘtes qui dĂ©passent et pendre les contribuables rĂ©calcitrants ne suffit pas Ă  assurer la gloire d’un souverain, qui repose moins sur l’activitĂ© des bourreaux que sur celle des soldats. Or, le dernier point de son programme Ă©tait de « mettre le nom du roi au point oĂč il devrait ĂȘtre parmi les nations Ă©trangĂšres. »

La premiĂšre cause de la guerre de Trente Ans, qui ravageait l’Europe depuis 1618, Ă©tait que Ferdinand II souhaitait rendre la couronne impĂ©riale hĂ©rĂ©ditaire (ce qu’elle Ă©tait en fait, mais non en droit). HĂ©rĂ©ditaire ! Les rois de France, qui n’avaient eu de cesse que de faire oublier l’origine Ă©lective de la monarchie capĂ©tienne, pouvaient-ils laisser faire une chose pareille ? La seconde cause Ă©tait la volontĂ© de l’empereur de restaurer le catholicisme dans tout l’empire. VoilĂ  une prĂ©tention qu’un cardinal de l’Église catholique, encore tout humide des embruns du siĂšge de La Rochelle, ne pouvait admettre.

La guerre avait commencĂ© par une obscure querelle entre l’empereur et la BohĂȘme, marquĂ©e par la dĂ©fenestration de Prague. Longtemps, le cardinal avait Ă©tĂ© trop occupĂ© Ă  mettre les Français au pas pour y prendre part. Mais, bien entendu, il ne s’était pas privĂ© de semer la zizanie un peu partout grĂące Ă  ses agents, dont la fameuse « éminence grise », le pĂšre Joseph. « Le capucin m’a dĂ©sarmĂ© avec son chapelet », dĂ©clara l’empereur au lendemain de la diĂšte de Ratisbonne (1630). Notons que l’alliance contre nature avec les protestants allemands et hollandais alimentait les oppositions et les « complots » contre Richelieu. Mais surtout, en 1630, celui-ci suscita Ă  l’empereur un nouvel adversaire redoutable : le roi de SuĂšde, Ă  qui il promit de verser chaque annĂ©e un million de livres.

Cela faillit mener Ă  la catastrophe car, au terme de sa chevauchĂ©e Ă  travers l’Europe, Gustave-Adolphe finit par menacer les principautĂ©s catholiques d’Allemagne du sud amies de la France ! En 1632, il remporta Ă  LĂŒtzen une victoire Ă©clatante, mais qui lui coĂ»ta la vie. Ce qui permit Ă  l’empereur de l’emporter enfin Ă  Nordlingen (1634), victoire au terme de laquelle tous les princes allemands, catholiques et protestants, se ralliĂšrent Ă  lui.

La paix allait se rĂ©tablir. Heureusement, le cardinal veillait. La gloire du roi de France exigeait non pas de mettre fin Ă  la guerre, mais de la prolonger : elle allait durer treize ans de plus. Les historiens ont un prĂ©texte tout trouvĂ© pour justifier cette opĂ©ration : la menace d’un « encerclement » par les Habsbourg. Lesquels, depuis 1618, n’ont pas cherchĂ© querelle Ă  la France, bien qu’elle soutĂźnt constamment leurs ennemis et leurs sujets rĂ©voltĂ©s. D’ailleurs, depuis la constitution (par hĂ©ritage, et non par conquĂȘte) de l’empire des Habsbourg, pas une seule fois ceux-ci n’ont dĂ©clarĂ© la guerre Ă  la France. Ils ne le feront jamais non plus par la suite.

Qu’à cela ne tienne : le cardinal leva une armĂ©e de 100 000 hommes, et la guerre, ce fut lui qui la dĂ©clara. Mais l’affaire commença mal : la Bourgogne et la Picardie furent envahies et les Espagnols, ayant pris Corbie, envoyĂšrent des Ă©claireurs jusqu’à Pontoise. Il fallut lever 40 000 hommes de plus. Le sort des armes allait changer, mais le cardinal ne devait pas voir la victoire finale de Rocroi (1643), car il mourut en dĂ©cembre 1642.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

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A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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