On pourrait croire que, de mĂ©moire d’homme, le premier chapitre de l’histoire de France s’est toujours intitulĂ© « nos ancĂȘtres les Gaulois ». Il n’en est rien.

En 1770, l’abbĂ© Millot fait commencer ses ÉlĂ©ments de l’histoire de France avec Clovis. Il ne parle des Gaulois, ou Celtes, que dans sa prĂ©face. Dans son AbrĂ©gĂ© chronologique de l’histoire de France, en 1768, le prĂ©sident HĂ©nault ne souffle pas un mot des Gaulois et commence, lui aussi, par Clovis. Il y a une raison Ă  cela, c’est que la France et la Gaule, ce n’est pas la mĂȘme chose. Un pays qui tient son nom des Francs a de bonnes raisons de faire commencer son histoire avec leur premier roi.

Au siĂšcle suivant, Lavisse commence son Histoire de France par ces mots : « Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants, les Gaulois. »

VoilĂ  une affirmation lapidaire
 et audacieuse. Il est vrai que les habitants de la France descendaient bel et bien des Gaulois. Mais le pays des Celtes s’étendait bien au-delĂ  des frontiĂšres de la France et mĂȘme – horreur ! – en Allemagne. Il a donc fallu bousculer l’exactitude historique pour rĂ©ussir Ă  prĂ©senter la Gaule comme une France avant la lettre.

Tout ça grĂące
 Ă  CĂ©sar. Car ceux qu’il appelle les Germains sont, en rĂ©alitĂ© des Celtes, eux aussi ! Par bonheur, il leur donne des noms diffĂ©rents. On a donc fait semblant de croire que les Germains qui vivaient alors de l’autre cĂŽtĂ© du Rhin et ceux qui dĂ©boulĂšrent lors des grandes invasions, cinq siĂšcles plus tard, Ă©taient les mĂȘmes. Le tour Ă©tait jouĂ©.

Le premier motif de cette entourloupe est, Ă  l’évidence, nationaliste, et plus prĂ©cisĂ©ment militariste. Rappelons que l’école laĂŻque avait un but avouĂ© d’embrigadement : elle Ă©tait l’antichambre de la caserne. Cette nouvelle façon d’écrire l’histoire, sous forme de propagande de guerre en temps de paix, donnait Ă  l’antagonisme franco-allemand une existence millĂ©naire. On en fit en quelque sorte le fil rouge de l’histoire de France. Et voilĂ  la revanche Ă  venir justifiĂ©e : puisqu’on se bat depuis trois mille ans, qu’est-ce un petit demi-siĂšcle passĂ© Ă  prĂ©parer la revanche ? Trois fois rien.

Mais cette passion nouvelle pour l’histoire qui prĂ©cĂšde la colonisation romaine avait un autre motif : se dĂ©couvrir des racines antĂ©rieures au christianisme, afin de prouver que la France pouvait ĂȘtre la France sans ĂȘtre chrĂ©tienne. Dans cette entreprise anticlĂ©ricale, la mythologie grĂ©co-latine ne faisait pas l’affaire. D’abord, elle est ridicule. Ensuite, depuis Constantin, civilisation latine et foi chrĂ©tienne Ă©taient entremĂȘlĂ©es, de sorte que, par la suite, les barbares adoptĂšrent les deux en mĂȘme temps, reniant leurs propres origines. Pire : christianisme et latinitĂ© Ă©taient le patrimoine commun de toute l’Europe. MĂȘme de l’Allemagne ! Il convenait donc de remplacer l’histoire par un roman des origines.

Les druides furent prĂ©sentĂ©s comme des paĂŻens bien de chez nous. Ridicules, eux aussi, mais avec un avantage : on ne sait presque rien d’eux. Sauf, bien entendu, ce que les Romains en ont dit.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

 

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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