La civilisation latine s’imposa en Gaule sous tous ses aspects, y compris religieux. Mais on sait que les Romains avaient coutume d’intĂ©grer les dieux locaux Ă  leur panthĂ©on, si bien que Taranis fut assimilĂ© sans difficultĂ© Ă  Jupiter.

Toutefois, l’empire avait amenĂ© une nouveauté : le culte de l’empereur. Ainsi fut Ă©difiĂ© Ă  Lyon, centre de l’administration, un autel colossal dĂ©diĂ© Ă  Auguste, au pied duquel les dĂ©lĂ©guĂ©s des citĂ©s se rĂ©unissaient chaque annĂ©e pour y faire hommage d’un sacrifice solennel, gage de leur fidĂ©litĂ© Ă  Rome, et qui avait donc un sens politique plutĂŽt que religieux.

Mais le christianisme s’implanta dans les villes de Gaule dĂšs le Ier siĂšcle, Ă  commencer justement par Lyon, dont le premier Ă©vĂȘque fut saint Pothin (venu d’Asie mineure, tout comme son successeur IrĂ©nĂ©e).

Ainsi, le christianisme arrivait en Gaule dans le sillage de la civilisation latine. C’est d’ailleurs en Gaule qu’existĂšrent les premiers diocĂšses, car les apĂŽtres avaient fondĂ© des diocĂšses qui Ă©taient des communautĂ©s de chrĂ©tiens, mais sans limite territoriale.

BientĂŽt, l’évĂȘque devint le personnage le plus important de la citĂ©, en raison du caractĂšre sacrĂ© de sa fonction, mais aussi parce que celle-ci Ă©tait permanente.

Les limites des diocĂšses correspondirent ainsi Ă  celles des citĂ©s gallo-romaines. Si bien qu’au moment des grandes invasions, lorsque les administrations civiles prirent la fuite, ce fut souvent l’évĂȘque qui organisa la dĂ©fense des villes ou qui nĂ©gocia avec l’envahisseur.

Et lorsque le pouvoir sera exercĂ© par les conquĂ©rants, les Ă©vĂȘques, instruits et organisĂ©s, joueront un rĂŽle administratif, puisque les barbares Ă©taient des chefs de guerre plutĂŽt que des administrateurs.

Ainsi, les diocĂšses vont ĂȘtre des instruments puissants de la transmission de la civilisation latine en mĂȘme temps que de la foi chrĂ©tienne. Ce qui, soit dit en passant, a fait jouer aux Ă©vĂȘques un rĂŽle politique qui, dans la suite (on le perçoit encore de nos jours), les conduira parfois Ă  prĂ©fĂ©rer les affaires du monde Ă  celles du ciel ou, pour le dire autrement, Ă  se conduire en administrateurs plutĂŽt qu’en pasteurs.

Or, le territoire des citĂ©s gallo-romaines Ă©tait calquĂ© sur celui des anciennes tribus gauloises. Et comme les diocĂšses demeurĂšrent Ă  peu prĂšs les mĂȘmes jusqu’au dĂ©coupage des dĂ©partements, on peut dire qu’ils ont Ă©tĂ©, ĂŽ paradoxe, le seul legs tangible de l’ancienne civilisation celtique !

Leurs limites ont ensuite déterminé celles des provinces du royaume.

On peut donc dire qu’en dĂ©pit des invasions celtique, puis romaine, le peuplement de la France est restĂ© d’une grande stabilitĂ©. Et, grĂące aux diocĂšses, c’est mĂȘme la trame territoriale du pays qui a perdurĂ© jusqu’à la rĂ©volution, et mĂȘme jusqu’à nos jours, car, aprĂšs tout, le dĂ©coupage des dĂ©partements a maintes fois tenu compte des limites des anciennes provinces, qui avaient d’ailleurs quelquefois des frontiĂšres naturelles.

La civilisation a changé, mais quelque chose de la patrie charnelle a donc perduré.

Cette chronique de l’abominable histoire de France a Ă©tĂ© diffusĂ©e sur Radio LibertĂ©s dans l’émission « SynthĂšse ».

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.
 

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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