Pour rĂ©sumer la situation de l’annĂ©e cruciale 1914, l’on peut schĂ©matiquement considĂ©rer qu’en Russie, oĂč 90 % de la population croupit dans la misĂšre et l’alcoolisme, seuls comptent l’opinion d’une cour futile et arrogante, celle des militaires et des diplomates, ainsi que des gros industriels, pour une fois en accord sur les objectifs : venger la dĂ©faite humiliante de 1904-1905 infligĂ©e par les Japonais, forcer le libre accĂšs aux DĂ©troits pour lancer la Flotte russe de la Mer Noire en MĂ©diterranĂ©e, enfin vassaliser les Slaves des États danubiens. L’ouvrier russe, quand il n’est pas abruti de vodka, ne s’intĂ©resse qu’au chamboulement social, mais le moujik demeure fabuleusement chauvin et religieux. La cour espĂšre utiliser la paysannerie, trĂšs largement majoritaire dans l’Empire, pour Ă©craser les Germains, les Magyars et les Turcs, puis, Ă  l’issue d’une guerre victorieuse, liquider l’agitation rĂ©volutionnaire.Le Petit Journal - Ncolas II

Les industriels et les nĂ©gociants, qui travaillent essentiellement pour le marchĂ© intĂ©rieur, ont tout Ă  gagner Ă  l’explosion des affaires qu’entraĂźnerait la guerre. Cette particularitĂ© russe a faussĂ© l’apprĂ©ciation de « LĂ©nine » et de « Trotsky » sur le rĂŽle du « grand capital » dans l’entrĂ©e en guerre.

Ce qui Ă©tait vrai en Russie et en Grande-Bretagne, ne l’était que modĂ©rĂ©ment en France et pas du tout dans le Reich ou dans l’Empire austro-hongrois, mĂȘme si trois gĂ©nĂ©rations d’universitaires ont enseignĂ© le contraire. Les uns pour obĂ©ir aux ukases des tsars rouges, les autres en suivant les mensonges de la propagande de guerre alliĂ©e. Pour faire payer des rĂ©parations par le Reich, il fallait impĂ©rativement que les dirigeants allemands de 1914 aient Ă©tĂ© les « responsables de la guerre ». C’est pour la seule Russie qu’est vĂ©rifiĂ© l’argument traditionnel de la stupide historiographie marxiste, celui d’une guerre extĂ©rieure devenue nĂ©cessaire pour calmer l’agitation intĂ©rieure.

Les buts de guerre territoriaux officiels des Russes, prĂ©cisĂ©s le 13 septembre 1914 Ă  l’ambassadeur Maurice Pollack-PalĂ©ologue par le ministre Sazonov et le 21 novembre 1914 par le tsar au mĂȘme Français, sont limitĂ©s Ă  la Prusse-Orientale (pour mieux dominer en Baltique), la Galicie et la Bucovine (pour accĂ©der aux Carpates). Les Russes veulent en outre crĂ©er une Pologne autonome (sous tutelle russe) agrandie de la Poznanie et de la Haute-SilĂ©sie, et une ArmĂ©nie autonome (Ă©galement sous tutelle russe), enfin, et surtout, le libre passage Ă  travers les DĂ©troits pour les navires russes de commerce et de guerre, la neutralisation de Constantinople, le partage de la RoumĂ©lie (la soi-disant « Turquie d’Europe ») entre la Russie et la Bulgarie, et le partage de l’Albanie entre Serbes et Grecs (Thoumin, 1960 ; Fejtö, 1993).

Mais des gros financiers sont tapis en embuscade et vont sortir griffes et crocs dĂšs qu’une sĂ©rie de dĂ©faites aura dĂ©moralisĂ© le peuple russe, d’autant qu’une propagande made in New York aura hurlĂ© « à la trahison ». Felix Warburg et Jacob Schiff (de la banque Kuhn-Loeb and Cy.) ont envoyĂ© un peu d’or au Goy Alexandre Kerensky, au printemps de 1917, pour assurer le renversement du rĂ©gime tsariste, haĂŻ des Juifs de la planĂšte (Rivera, 1994).

Mais, dĂšs 1916, ces mĂ©cĂšnes finançaient le marxiste Lev Bronstein, alias « Trotsky », Ă  hauteur de 20 millions de dollars (soit 104 millions de francs-or, ce qui reprĂ©sente un pouvoir d’achat d’environ 332 millions d’euros). Schiff s’en est vantĂ© dans la livraison du 5 juin 1916 du New York Times, oĂč il rappelait aussi que, dĂšs 1911, il voulait obtenir du PrĂ©sident William Taft la rupture des relations commerciales entre les USA et l’Empire russe.

Il aurait pu ajouter que la finance juive, associĂ©e Ă  John Pierpont Morgan, lui-mĂȘme en excellentes relations avec les Rothschild de Londres et de Paris (Ferguson, 1998-2) et Ă  John D. Rockefeller, avait soutenu Thomas Woodrow Wilson aux Ă©lections de 1912 pour faire payer son double refus Ă  Taft : celui de ne pas rompre avec l’Empire Russe et celui de repousser la crĂ©ation d’une banque centrale, possĂ©dĂ©e par les plus grands banquiers du pays (longue Ă©tude, fort bien documentĂ©e, in Rivera, 1994). GrĂące Ă  T. W. Wilson, l’on aura la FED et les TraitĂ©s de la rĂ©gion parisienne de 1919-1920, soit tous les ingrĂ©dients du dĂ©clin durable de l’Europe.

Conclusion

La faiblesse criminelle de Louis XVI avait accouchĂ© de la RĂ©volution française et des guerres subintrantes de 1792 à 1815. Celle de Nicolas II fut grosse de la plus immonde barbarie de l’histoire humaine. L’estimation des victimes de la barbarie marxiste, de 1917 Ă  la fin des annĂ©es 1980, varie beaucoup selon les auteurs, Ă©tant surtout fonction d’un certain snobisme universitaire, car, en certains pays dont la France, il est mal portĂ© d’ĂȘtre antimarxiste.

L’on aboutit ainsi Ă  une fourchette variant du simple au double : entre 100 et 210 millions de morts (Courtois et Col., 1997, pour l’estimation la plus basse ; Lina, 2002, pour la seconde, qui n’évoque mĂȘme pas les tueries des satellites des deux grands pays communistes). Et nul ĂȘtre sensĂ© ne tiendra compte de l’avis des nĂ©gationnistes marxistes : aucune Ă©tude ne peut ĂȘtre fondĂ©e sur les archives des dictatures marxistes, oĂč le caviardage fut une spĂ©cialitĂ© technique comme le fut le savant trucage des photographies.

Pour la dĂ©funte URSS, les estimations des morts imputables Ă  la haine politique de 1917 Ă  1987 varient de 61,9 (Rummel, 1994, qui estime aux alentours de 21 millions le nombre de victimes de « la guerre d’Hitler ») Ă  150 millions d’ĂȘtres humains (Lina, 2002). Or, juste avant l’implosion de l’URSS, circulaient Ă  Moscou deux statistiques des morts liĂ©es Ă  la guerre civile, aux purges et Ă  la IIe Guerre mondiale : celle de SergeĂŻ Maksoudov faisait Ă©tat de 54 millions pour les annĂ©es 1918-1953 (dont 27, de 1941 Ă  1945) et celle d’Ivan Kourganov, pour la pĂ©riode 1918-1958, qui accusait 117 millions de morts, avec la mĂȘme estimation pour les annĂ©es de guerre germano-soviĂ©tique – soit 7 millions de soldats morts au combat ou des suites des blessures ou de maladie contractĂ©e au front et 20 millions de civils, dont le quart de morts au Goulag, ce qui Ă©tait singuliĂšrement le cas des PG soviĂ©tiques rapatriĂ©s des camps allemands (Kapuscinski, 1994).

En Chine communiste, l’estimation du nombre de sujets assassinĂ©s, de 1949 Ă  1987, pour cause politique (par famine, surmortalitĂ© des camps de travail ou exĂ©cution directe) varie d’une soixantaine (Lina, 2002) Ă  76,7 millions (Rummel, 1991). Et chacun sait que Mao fut d’abord et avant tout un fidĂšle admirateur de « LĂ©nine » et « Staline », deux individus que Nicolas II aurait pu expĂ©dier prĂ©maturĂ©ment vers un monde rĂ©putĂ© meilleur, comme son pĂšre l’avait fait pour le frĂšre aĂźnĂ© des Oulianov.

Face Ă  la subversion, qu’elle soit marxiste ou mahomĂ©tane, la faiblesse est un crime contre l’humanitĂ©.

Bibliographie

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