François Hollande et Emmanuel Macron ont donc commĂ©morĂ© ensemble le 10 mai, date officielle, l’abolition de l’esclavage Mais c’est encore insuffisant : une nouvelle date, le 23 mai viendra peut-ĂȘtre en remettre une couche. Celle-ci serait, apparemment pour les victimes de l’esclavage colonial, en clair, les noirs. L’initiative est rĂ©clamĂ©e par Serge Romana, qui se dĂ©finit lui-mĂȘme comme « entrepreneur mĂ©moriel » (sic !).

Rappelons que cette commĂ©moration du 10 mai date de 1998, annĂ©e fĂȘtĂ©e en grande pompe pour marquer les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. Mais, et c’est lĂ  que ça devient intĂ©ressant, abolition par qui ? Pas par tout le monde !

Le dĂ©sir de nous afficher coupables pour pouvoir mieux convaincre de notre objectivitĂ©, aboutit Ă  en faire un peu trop et Ă  pratiquer une surenchĂšre mortifĂšre dans la contrition. L’esclavage en est un bon exemple qui constitue un paradoxe savoureux : alors que l’islam le cautionne et le revendique dans le Coran, donc Ă©videmment, ne l’a jamais aboli et le pratique encore et sans Ă©tats d’ñme, notamment en Arabie saoudite ou en Mauritanie, qui se frappe la poitrine ? L’occident ! L’occident qui s’en voit accusĂ© et qui est sommĂ© de s’en excuser ! Pourtant la plus grande traite esclavagiste des noirs africains est celle des arabo-musulmans selon l’anthropologue Tidiane N’Daye. Ce chercheur spĂ©cialisĂ© dans l’histoire et l’anthropologie des civilisations nĂ©gro-africaines a fait son entrĂ©e au laboratoire d’anthropologie sociale Claude LĂ©vi-Strauss, du CollĂšge de France.

Il est le premier chercheur africain dont les travaux (Traite nĂ©griĂšre arabo-musulmane, Le gĂ©nocide voilĂ©, Ă  propos de la traite arabe) ont Ă©tĂ© nominĂ©s au Prix Renaudot de l’essai en 2008.

Tidiane N’Daye assimile mĂȘme cette traite Ă  un gĂ©nocide car il mentionne un principe soigneusement occulté : celui de la castration systĂ©matique appliquĂ©e par les mahomĂ©tans, turcs ou arabes, pour que les populations noires ne puissent faire souche lĂ  oĂč on les exploitait.

En face de ces faits, voilĂ  une autre version intĂ©ressante sur l’esclavage : « Je le rĂ©pĂšte, je suis heureux qu’il n’y ait plus cette institution de l’esclavage dans le monde, mais son autorisation par la loi islamique rĂ©pondait Ă  un rĂ©el besoin humanitaire : [
] les esclaves constituaient gĂ©nĂ©ralement une sorte de catĂ©gorie de personnes dĂ©placĂ©es, ayant tout perdu : leur famille, leur foyer, leurs moyens de subsistance ; le maĂźtre musulman leur procurait un toit et une protection matĂ©rielle. De plus, je suis persuadĂ© qu’il existe des groupements de peuples qui refusent de se rĂ©former, et qui continuent pour pratiquer des mƓurs inhumaines ; ne faut-il pas les contraindre en leur fournissant un entourage et un milieu plus sain et plus dĂ©veloppĂ©, qui les amĂšnera graduellement Ă  voir leur tort ? [
]. J’envisage mĂȘme un esclavage sous mandat international contre ces monstres s’il y en a. »

L’esclavage, forme Ă©ducative de l’humanisme ! On reste subjuguĂ©. Mais quel est l’auteur d’une rĂ©flexion sociale aussi audacieuse ? Il s’agit de Muhammad Hamidullah, nĂ© en 1908 et traducteur de la version du Coran en français la plus rĂ©pandue. DĂ©noncer l’esclavage serait renier le Coran et prendre le risque de se retrouver ipso facto avec une fatwa aux fesses. En faire une vertu est nettement moins risquĂ© et rassure puisque finalement l’esclavage c’est pour le bien des gens. Y compris cette castration pratiquĂ©e systĂ©matiquement. Suffit d’expliquer. Muhammad Hamidullah n’est pas n’importe qui. SalariĂ© en France du CNRS pendant 24 ans comme maĂźtre de confĂ©rences, il complĂ©tait cette activitĂ© qui ne l’occupait sans doute pas suffisamment par l’enseignement de la thĂ©ologie Ă  l’universitĂ© d’Istanbul. Esprit Ă©clairĂ©, donc.

Soyons justes : les pays colonisateurs se sont conduits de façon abjecte, exploitant jusqu’au trognon les Africains, sans rien leur Ă©pargner et dans un mĂ©pris total des populations. Jusqu’aux inĂ©vitables PĂšres blancs et consorts qui en Ă©change de soins mĂ©dicaux imposaient la culture occidentale et le bonheur aux indigĂšnes Ă  coups d’évangĂ©lisation forcĂ©e. Donc le mythe du colonisateur altruiste s’effondre, allons-y pour la contrition.

Mais le problĂšme, c’est qu’en face, les peuples musulmans qui en matiĂšre de colonisation, de conquĂȘtes, de massacres ou d’esclavage sont mal placĂ©s pour donner des leçons, considĂšrent qu’ils ne doivent rien. Et ce, d’autant que toute cette expiation larmoyante les conforte dans l’idĂ©e, qu’aprĂšs tout, ce n’est que le juste retour des choses. Puisque l’occident et les dĂ©mocraties aiment tant la repentance, pourquoi les en priver ?

On retrouve ici encore la rupture entre deux paradigmes : celui de la compassion qui postule sa rĂ©ciprocitĂ© et son universalitĂ©, et celui de la conquĂȘte qui la mĂ©prise, la considĂšre comme faiblesse et s’en soucie comme d’une guigne.

Pour l’islam qui reste impĂ©nĂ©trable Ă  la contrition, faire ne serait-ce qu’un semblant de mea culpa serait renier cette culture de l’inĂ©galitĂ©, celle de du musulman sur le non-musulman, de l’homme sur la femme et du maĂźtre sur l’esclave qui constituent les principes directeurs de cette religion et sont communĂ©ment admis par ses quatre Ă©coles de jurisprudence.

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