La premiĂšre circonscription de l’Eure, nous y reviendrons avec l’ancien prĂ©sident du Conseil constitutionnel et ministre de l’IntĂ©rieur Jean-Louis DebrĂ©, a toujours Ă©tĂ©, pour la droite, une circonscription « rĂ©servĂ©e » car favorable (sauf lors de la « vague rose » de 1981). Avant le dĂ©coupage de Charles Pasqua mis en place pour la premiĂšre fois lors des Ă©lections de 1988, elle fut celle du prince Jean de Broglie entre 1958 et 1976, assassinĂ© Ă  Paris le 24 dĂ©cembre 1976. Ce descendant du duc de Berry, fils de Charles X, fut successivement secrĂ©taire d’État chargĂ© de la Fonction publique (d’avril Ă  novembre 1962), puis aux Affaires algĂ©riennes (entre 1962 et 1966) et aux Affaires Ă©trangĂšres (de 1966 Ă  1967). Avec Louis Joxe et Robert Buron, deux caciques gaullistes, il fut l’un des nĂ©gociateurs des accords d’Évian, conclus entre la France et le FLN algĂ©rien le 18 mars 1962, qui ont mis un terme Ă  la guerre d’AlgĂ©rie. Ce giscardien, membre des RĂ©publicains indĂ©pendants (RI) jusqu’à son ralliement au RPR de Jacques Chirac peu de temps avant son dĂ©cĂšs brutal, nĂ© Ă  Paris, « tenait » sa circonscription puisqu’il y fut Ă©lu Ă  cinq reprises consĂ©cutives : 1958, 1962, 1967, 1968 et 1973. C’est son supplĂ©ant, un homme sans charisme, qui le remplaça, qui fut Ă©lu en 1978, puis balayĂ© trois ans plus tard par la « vague rose » de 1981. Bref, cette circonscription « modĂ©rĂ©e » attend des hommes de droite d’envergure nationale.

Jean-Louis Debré Ă  Evreux en 1978.

Jean-Louis Debré Ă  Evreux en 1978.

Jean-Louis Debré Ă  Evreux en 1973.

Jean-Louis Debré Ă  Calais en 1973.

En 2007, c’est la fin du quinquennat – le second mandat – de Jacques Chirac commencĂ© dans l’euphorie anti-Le Pen avec une victoire massive du candidat « Super menteur » comme le prĂ©sentaient, Ă  l’époque, « Les Guignols de l’info », de Canal +, vĂ©ritables consciences anti-fascistes de notre vie politique Ă  cette Ă©poque. La fin de l’aventure politique chiraquienne entraĂźne aussi le terme du gouvernement dirigĂ© par le Premier ministre, Dominique Galouzeau de Villepin. Il est de notoriĂ©tĂ© publique que Dominique de Villepin n’a pas de bonnes relations avec le nouveau prĂ©sident de la RĂ©publique, Nicolas Sarkozy, et qu’il ne fera pas partie du gouvernement dirigĂ© par François Fillon, nouveau Premier ministre.

Ainsi, le 15 mai 2007, Dominique de Villepin quitte son poste et des manƓuvres ont lieu pour que l’UMP l’investisse dans la premiĂšre circonscription de l’Eure pour succĂ©der Ă  Françoise Charpentier, Ă©lue locale UMP et Ă©phĂ©mĂšre dĂ©putĂ©e (supplĂ©ante de Jean-Louis DebrĂ© qui vient d’ĂȘtre nommĂ©, en fĂ©vrier 2007, prĂ©sident du Conseil constitutionnel, par son ami Jacques Chirac, une de ses derniĂšres dĂ©cisions d’importance avant son dĂ©part de l’ÉlysĂ©e). NĂ© Ă  Rabat, au Maroc, de Villepin a de la famille trĂšs proche installĂ©e Ă  Rouen.

Mais Dominique de Villepin n’a jamais affrontĂ© le suffrage universel et il ne souhaite pas le faire. D’ailleurs, 10 ans aprĂšs, notre ancien Premier ministre est toujours vierge de toute candidature. Au pays de la dĂ©mocratie, c’est tout de mĂȘme Ă©tonnant
 (mĂȘme le jeune (et futur prĂ©sident) Emmanuel Macron cherchait alors une circonscription « ni Ă  droite, ni Ă  gauche » ).

Qui alors ? Son directeur de cabinet, né à Neuilly-sur-Seine (92), Bruno Le Maire entre en lice. Vierge également de tout engagement électoral, il conserve facilement la circonscription à la droite. Il battra, avec plus de 58 % au second tour, une des anciennes maßtresses de Dominique Strauss-Kahn, Anne Mansoureh-Riahi (patronyme devenu Mansouret), candidate socialiste.

Notre Ă©narque, prĂ©textant son refus de cumul des mandats, n’a jamais tentĂ© de conquĂ©rir de mandat local (il en fut question en 2014 lorsque le supplĂ©ant de Bruno Le Maire, Guy Lefrand, ravit la mairie d’Évreux Ă  la gauche), mĂȘme s’il fut conseiller rĂ©gional en 2010. Non, notre Ă©narque a des ambitions plus nationales : l’époux de Viviane Fradin de BelĂąbre vise l’ÉlysĂ©e. Ce candidat aux primaires (« de la droite et du centre » [sic], mĂȘme s’il n’y a que des candidats estampillĂ©s LR) a d’ailleurs lancĂ© sa campagne nationale
 de la ville de Vesoul !

RĂ©Ă©lu en 2012 Ă  Évreux, Bruno Le Maire n’a mĂȘme pas daignĂ© lancer sa campagne de la rĂ©gion qui lui a confĂ©rĂ© une stature Ă©lective. C’est son choix. C’est aussi, Ă  mon sens, le fait que l’ambition nationale nĂ©cessitait d’obtenir une circonscription. Ce fut la premiĂšre de l’Eure, une « terre » pas trop Ă©loignĂ©e de Paris et dont le rĂ©sultat ne pouvait pas ĂȘtre nĂ©gatif.

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