On a parfois de vraies surprises, ainsi celle-ci : Jean Flori, auteur de Chevaliers et chevalerie au Moyen Âge, publiĂ© par Hachette.

Page 31, cet universitaire Ă©crit : « Les menaces que font peser sur l’Europe chrĂ©tienne les incursions sarrasines, normandes et hongroises conduisent par ailleurs l’Église Ă  diaboliser ces ennemis et Ă  valoriser leurs opposants chrĂ©tiens. »

Jean Flori ajoute plus loin : « La papautĂ© ne s’y trompe pas. Elle voit d’un Ɠil favorable les efforts de “pacification” entrepris par Charles en Germanie, oĂč prĂȘchent les missionnaires anglo-saxons de Boniface. Elle se rĂ©jouit de sa victoire contre les musulmans Ă  Poitiers, saluĂ©e par les chrĂ©tiens de Cordoue comme celle des “EuropĂ©ens”, premier indice d’un sentiment communautaire et preuve que “l’opinion” voit en lui le vĂ©ritable maĂźtre de l’Occident et le champion de la chrĂ©tientĂ©. »

La note fait allusion Ă  l’Anonyme de Cordoue, texte rĂ©digĂ© en latin prĂ©sentĂ© par le jĂ©suite Tailhan en 1885.

Je cite la traduction du site Sources MĂ©diĂ©vales : « Abd-el-Rahman, voyant la terre pleine de la multitude de son armĂ©e, franchit les montagnes des Basques et, foulant les cols comme les plaines, s’enfonça en pillant Ă  l’intĂ©rieur des terres des Francs
 Abd-el-Rhaman en poursuivant le susdit duc Eudes dĂ©cide d’aller piller l’église de Tours en dĂ©truisant sur son chemin les palais et en brĂ»lant les Ă©glises. Lorsque le maire du palais d’Austrasie en France intĂ©rieure, nommĂ© Charles, homme belliqueux depuis son jeune Ăąge et expert dans l’art militaire, prĂ©venu par Eudes, lui fait front. À ce moment, pendant sept jours, les deux adversaires se harcĂšlent pour choisir le lieu de la bataille, puis enfin se prĂ©parent au combat  »

Les Francs ne font pas dans la dentelle : « Les gens du Nord demeurant Ă  premiĂšre vue immobiles comme un mur restent serrĂ©s les uns contre les autres, telle une zone de froid glacial, et massacrent les Arabes Ă  coups d’épĂ©e. Mais lorsque les gens d’Austrasie, supĂ©rieurs par la masse de leurs membres et plus ardents par leur main armĂ©e de fer, en frappant au cƓur, eurent trouvĂ© le roi, ils le tuent ; dĂšs qu’il fait nuit, le combat prend fin, et ils Ă©lĂšvent en l’air leurs Ă©pĂ©es avec mĂ©pris. »

Enfin, vient la douce surprise de l’Anonyme de Cordoue. L’auteur chrĂ©tien et hispanique y Ă©voque les EuropĂ©ens.

« Puis le jour suivant, voyant le camp immense des Arabes, ils s’apprĂȘtent au combat. Tirant l’épĂ©e du fourreau, au point du jour, les EuropĂ©ens observent les tentes des Arabes rangĂ©es en ordre comme les camps de tentes avaient Ă©tĂ© disposĂ©s. Ils ne savent pas qu’elles sont toutes vides ; ils pensent qu’à l’intĂ©rieur se trouvent les phalanges de Sarrasins prĂȘtes au combat ; ils envoient des Ă©claireurs qui dĂ©couvrirent que les colonnes d’IsmaĂ©lites s’étaient enfuies. Tous, en silence, pendant la nuit, s’étaient Ă©loignĂ©s en ordre strict en direction de leur patrie. Les EuropĂ©ens, cependant, craignent qu’en se cachant le long des sentiers, les Sarrasins ne leur tendent des embuscades. Aussi, quelle surprise lorsqu’ils se retrouvent entre eux aprĂšs avoir fait vainement le tour du camp. Et comme ces peuples susdits ne se soucient nullement de la poursuite, ayant partagĂ© entre eux les dĂ©pouilles et le butin, ils retournent joyeux dans leurs patries (vers 1376 Ă  1437). »

Je rappelle dans mon livre sur le Graal (1) le lien qui unit Compostelle Ă  la chanson de geste. Les chansons sont Ă©crites en pleine conscience et connaissance de la gĂ©ographie espagnole. Joseph BĂ©dier consacre un beau livre Ă  cette question transcendentale. C’est sur la chronique de Turpin qui est le guide de voyage de Compostelle.

« Or, Charlemagne, ayant usĂ© sa vie Ă  combattre les Sarrasins par toutes les rĂ©gions de la terre, Ă©tait las et ne songeait plus qu’au repos, quand une nuit il vit un chemin d’étoiles qui commençait Ă  la mer de Frise et, traversant les pays, la Gascogne, la Navarre et l’Espagne, courait dans le ciel jusqu’en Galice  »

 

Note

(1) La chevalerie hyperboréenne et le Graal, éditions Dualpha, collection « Insolite », 282 pages. Pour en savoir plus, cliquez ici.

http://francephi.com/boutique/edition-dualpha/la-chevalerie-hyperboreenne-et-le-graal/

La chevalerie hyperboréenne et le Graal, éditions Dualpha.

La chevalerie hyperboréenne et le Graal, éditions Dualpha.

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