Proudhon le nommait le Bayard de la DĂ©mocratie, Lamartine le soldat de l’impossible, Charles Hugo l’aventurier du devoir.

Ce livre, sous-titrĂ© l’indignĂ© permanent, raconte la vie d’Armand BarbĂšs. Il est Ă©crit par Paul Tirand. Celui-ci est Ă©galement l’auteur de deux autres biographies consacrĂ©es au communard Emile Digeon et Ă  Edmond Combes. Il a aussi publiĂ© une Histoire de Castelnaudary (1815-1945) et deux ouvrages sur la franc-maçonnerie. Tirand nous permet de dĂ©couvrir ou de redĂ©couvrir cette austĂšre figure rĂ©publicaine, en s’appuyant sur des documents inĂ©dits provenant des Archives de Russie et des Archives de la Guadeloupe. Effectivement, BarbĂšs est nĂ© Ă  Pointe-Ă -Pitre en 1809 (1). De plus, la riche correspondance de BarbĂšs avec Victor Schoelcher, Étienne Arago, Louis Blanc, Victor Hugo et bien d’autres, nous permet de mieux comprendre cette personnalitĂ© si particuliĂšre.

Armand BarbĂšs par Paul Tirand (L'Harmattan, 2016, 242 pages)

Armand BarbĂšs par Paul Tirand (L’Harmattan, 2016, 242 pages)

BarbĂšs reste un rĂ©volutionnaire mĂ©connu voire inconnu aux yeux du grand public. Son nom Ă©voque surtout un cĂ©lĂšbre boulevard parisien et une station de mĂ©tro, plus qu’un irrĂ©ductible militant rĂ©publicain. Tirand dit que « BarbĂšs est un acteur bien oubliĂ© des rĂ©volutions du XIXe siĂšcle. Pourquoi est-il devenu un proscrit de l’histoire ? Peut-ĂȘtre parce que les circonstances ont fait qu’il soit passĂ© Ă  cĂŽtĂ© des Ă©vĂ©nements marquants de ce siĂšcle. Trop jeune et Ă©loignĂ© de la capitale, car il vivait dans un domaine proche de Carcassonne, il n’a pas participĂ© Ă  la RĂ©volution de 1830 ; en 1848, sorti de prison alors que la RĂ©publique Ă©tait dĂ©jĂ  proclamĂ©e, il n’a Ă©tĂ© dĂ©putĂ© de l’Aude que pendant trois semaines, enfin il est mort quelques semaines avant la chute de NapolĂ©on III, aprĂšs seize ans d’exil volontaire, car il n’avait voulu rien devoir Ă  l’homme du 2 dĂ©cembre. »

L’auteur propose une explication intĂ©ressante au sujet de cette figure dĂ©laissĂ©e : « Il n’y a jamais eu de formation barbesiste. Pourquoi n’a-t-il pas eu de disciples ? Peut-ĂȘtre parce que contrairement Ă  d’autres militants, il n’a pas laissĂ© d’écrits notables Ă  l’exception d’un rĂ©cit poignant intitulĂ© “Deux jours de condamnation Ă  mort” et surtout une correspondance importante dispersĂ©e dans diffĂ©rents fonds d’archives ». L’auteur avance une autre piste de rĂ©ponse : « contrairement Ă  la plupart des rĂ©volutionnaires, il vĂ©cut imprĂ©gnĂ© d’un certain dĂ©isme et d’un patriotisme qu’il mettait au premier rang de ses convictions de telle sorte qu’il n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  approuver certains aspects de la politique extĂ©rieure de NapolĂ©on III. Le souvenir de cette attitude a pu heurter, dans les premiĂšres annĂ©es de la TroisiĂšme RĂ©publique, les rĂ©publicains anticlĂ©ricaux et anti-bonapartistes ». La subtilitĂ© intellectuelle Ă©chappe souvent aux fanatiques.

D’un point de vue religieux, BarbĂšs dĂ©fendait un dĂ©isme voltairien, d’oĂč l’hostilitĂ© et la mĂ©fiance de ses camarades rĂ©volutionnaires. Il n’était pas athĂ©e. De plus, l’indignĂ© permanent croyait en l’immortalitĂ© de l’ñme. Tirand prĂ©cise : « faut-il rappeler que BarbĂšs Ă©tait un adepte de la doctrine du philosophe Jean Reynaud sur les migrations de l’ñme immortelle Ă  travers les astres  » (2).

Le combat pour la RĂ©publique dĂ©mocratique et sociale fut l’essence de sa vie. Fondateur de sociĂ©tĂ©s secrĂštes d’inspiration maçonnique telles que : La SociĂ©tĂ© Droits de l’Homme, La SociĂ©tĂ© des Vengeurs, La SociĂ©tĂ© des Familles, BarbĂšs fut Ă©nergique et courageux. Il poursuivit inlassablement son but malgrĂ© ses Ă©checs. Ainsi, il connut les geĂŽles de diffĂ©rents rĂ©gimes : celles de Louis-Philippe (de 1836 à 1837 et de 1839 à 1848), de la DeuxiĂšme RĂ©publique et du DeuxiĂšme Empire (de 1848 à 1854). Incorruptible Ă  sa façon, il refusait toutes compromissions avec les autoritĂ©s. De fait, il pestait quand ses proches Ă©crivaient pour obtenir sa libĂ©ration ou un amĂ©nagement de peine. À une amie, il expliqua que recevoir la moindre faveur de ses oppresseurs revenait en rĂ©alitĂ© Ă  renier ses engagements. Cette intransigeance et « son esprit chevaleresque » donnĂšrent naissance de son vivant Ă  un mythe BarbĂšs. N’oublions pas que ses amis et ennemis lui reconnaissaient un grand charisme.

Pour autant, BarbĂšs est-il passĂ© Ă  cĂŽtĂ© de sa vie ? D’une certaine maniĂšre oui, parce qu’il aurait pu ĂȘtre plus important Ă  son camp et aux idĂ©es qu’il dĂ©fendait, en laissant une vĂ©ritable Ɠuvre intellectuelle (3). D’un autre cĂŽtĂ©, et l’auteur dĂ©fend cette position, BarbĂšs resta droit dans ses bottes. Il ne renia jamais ses convictions, malgrĂ© la duretĂ© de la vie carcĂ©rale et les trahisons. Cependant, son exil volontaire « n’avait pas effacĂ© son souvenir. Ainsi, les deux ballons dans lesquels Gambetta et sa suite quittent Paris le 7 octobre 1870 pour aller organiser en province la dĂ©fense nationale portent le nom d’Armand BarbĂšs et de Georges Sand, avec laquelle il a entretenu durant son exil une correspondance importante. »

Presque cent cinquante ans aprĂšs sa mort, personne ne se rĂ©clame de BarbĂšs ou de son action. Lui, le fervent patriote mourra Ă  l’étranger, plus prĂ©cisĂ©ment Ă  La Haye le 26 juin 1870. MĂȘme s’il ne fonda pas une Ă©cole de pensĂ©e ou qu’il n’eut pas de disciples au sens strict du terme, plusieurs personnalitĂ©s contemporaines ont cĂ©lĂ©brĂ© sa mĂ©moire. À ce titre, Proudhon le nommait le Bayard de la DĂ©mocratie, Lamartine le soldat de l’impossible, Charles Hugo l’aventurier du devoir. Ce XIXe siĂšcle vit la diffusion des idĂ©es rĂ©publicaines et dĂ©mocratiques Ă  laquelle BarbĂšs participa malgrĂ© tout. Lire cet ouvrage permet de mieux saisir cet homme et son Ă©poque, faite d’illusions, de nostalgie et d’utopie.

Notes

(1) Son pĂšre, Basile BarbĂšs fut chirurgien militaire, nĂ© Ă  Capendu dans l’Aude, vĂ©tĂ©ran de la campagne d’Égypte, mutĂ© en Guadeloupe en 1801. Basile y resta jusqu’à la chute de l’Empire napolĂ©onien.

(2) Pour rappel, Reynaud Ă©crit Terre et ciel en1854. Il y posait le principe de la prĂ©existence de l’homme et sa survivance dans d’autres astres. Prenant une libertĂ© trĂšs grande sur le contexte religieux de l’époque, Reynaud renouait avec une sorte de druidisme, requalifiait l’opposition entre anges et dĂ©mons et rejetait le dogme des peines Ă©ternelles. Un concile d’évĂȘques rĂ©uni Ă  PĂ©rigueux condamna les idĂ©es dĂ©veloppĂ©es dans ce livre.

(3) Voici les deux seules Ɠuvres de Barbùs :

‱ Quelques mots Ă  ceux qui possĂšdent en faveur des ProlĂ©taires sans travail, Carcassonne, 1837

‱ Deux jours de condamnation à mort, Paris, 1842

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