Fille de cultivateur aisé (on dit alors : « Laboureur »), Anne, Josèphe Terwagne, dite « Théroigne de Méricourt » (1762-1817) est née à Marcourt, dans les Ardennes luxembourgeoises.

Chanteuse d’opéra et femme entretenue à Paris, elle ne participe pas aux journées de juillet 1789. Les 5 et 6 octobre, elle ne marche pas sur Versailles, mais plastronne aux séances de l’Assemblée Constituante, en tenue d’amazone. En novembre 1789, cette « Patriote » devient l’une des cibles des Actes des Apôtres, en raison de son passé de prostituée de haut vol ; les journalistes royalistes inventent la légende de sa participation active aux journées des 5 et 6 octobre… ce qui va égarer les juges du Châtelet, puis des générations d’historiens. François Suleau, ex-condisciple de Maximilien Robespierre et de Camille Desmoulins, qui a lancé ce bobard et ses suites judiciaires, le paiera de sa vie.

Le 10 janvier 1790, elle fonde, avec Gilbert Romme, le futur conventionnel et auteur du calendrier décadaire dit républicain, et avec Hugues Maret, le futur ministre de Napoléon Ier, la très confidentielle Société des Amis de la Loi, qui est l’un des rares clubs politiques à accueillir des femmes. Très remuante, elle s’acharne, au printemps de 1790, à promouvoir ces fameux droits de la femme qui n’intéressent presque personne à l’époque.

En août 1790, des magistrats du Châtelet instruisent les meurtres commis à Versailles les 5 et 6 octobre passés ; la Belle prend peur et fuit chez ses parents au Luxembourg, qui l’accueillent fort mal du fait de ses frasques. Elle passe à Liège, où elle se fait arrêter par la police autrichienne en janvier 1791, en raison de son agitation révolutionnaire. Elle est internée dans un hôpital tyrolien jusqu’en novembre : les magistrats autrichiens l’ont jugée « irresponsable », car étant « d’esprit dérangé. »

De retour à Paris, où elle est désormais saluée du surnom de « belle Liégeoise », elle pousse les « Patriotes » à mener la « guerre aux tyrans » et à « libérer les Pays-Bas » (autrichiens). Cela fait l’affaire de Jacques-Pierre Brissot et de ses amis bellicistes. En dépit de l’hostilité du pacifiste et chaste Maximilien Robespierre, elle est fêtée aux « Jacobins » le 1er février 1792 (contrairement à ce qu’écrivent certains auteurs, elle n’en devient pas membre, car le club est exclusivement réservé aux hommes).

Au printemps de 1792, elle crée une « Légion d’amazones », qui défile un peu en désordre lors de la « Fête de la Liberté » donnée en l’honneur des mutins suisses du régiment de Châteauvieux, le 15 avril, et participe à l’invasion des Tuileries du 20 juin.

Le 10 août 1792, elle stimule le zèle des insurgés et provoque l’assassinat du journaliste Suleau. Elle encourage de la même façon les « septembriseurs » à « épurer les prisons ». Du 17 au 20 janvier 1793, à partir des places réservées au public dans la salle des débats de la Convention Nationale, « la belle Liégeoise » et ses « Amazones » menacent de la voix et du geste les députés qui refusent de voter la mort du roi.

Amie de Brissot, elle clame à qui veut l’entendre sa haine de Robespierre, ce qui lui vaut d’être fessée et fouettée par des « Montagnards » dans un couloir de la Convention, le 15 mai 1793. Elle est arrêtée à Paris, au printemps de 1794, non pour des raisons politiques, mais à la demande de son frère, pour cause de « démence absolue. »

Libérée en décembre 1794, elle est, au printemps de 1795, internée à la « Maison des folles » du faubourg Marcel (ci-devant Saint). Elle est transférée à l’Hôtel-Dieu à la fin de l’année, puis, en 1799, à La Salpêtrière, puis, en 1800, aux Petites maisons de Charenton.

En 1807, elle revient à La Salpêtrière pour y mourir le 8 juin 1817. Elle a servi de type de description de la « Lypémanie » à l’aliéniste Jean-Émile Esquirol, on dirait de nos jours que cette psychotique présentait des états d’agitation maniaque, suivis de longues phases dépressives. Faut-il inférer, de cet exemple, une relation entre féminisme et folie ? La question est posée.

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