Outre une force Ă©lectorale jamais dĂ©mentie, c’est aussi, paradoxalement, la participation au pouvoir de la Ligue dans le cadre d’une coalition nationale jamais contestĂ©e de 1994 Ă  2011 et avec des partenaires parfois extrĂȘmement centralisateurs comme ceux de l’Alliance Nationale, qui a limitĂ© son identification comme clairement sĂ©paratiste.

En effet, le programme de la Ligue, notamment dĂ©fini en septembre 1996, n’a jamais Ă©tĂ© portĂ© Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s.

La carte d’identitĂ© padane, vĂ©ritable symbole d’exclusivitĂ© souveraine, n’a-t-il Ă©tĂ© qu’un gadget de propagande Ă©lectorale dont les revendications s’arrĂȘtĂšrent aux portes du Parlement italien ?

Le drapeau aux couleurs de la Padanie a Ă©tĂ© rangĂ© au profit d’une coalition de droite. Le gouvernement du « Soleil » dont s’était dotĂ©e la Ligue, lorsqu’elle Ă©tait dans l’opposition parlementaire, s’est Ă©clipsĂ© face aux arcanes du Pouvoir.

Il ne peut pas ĂȘtre reprochĂ© Ă  un parti respectant le jeu dĂ©mocratique d’accepter des postes, ministres et secrĂ©taires d’État, au sein d’un gouvernement, mais il paraĂźt Ă©vident que les revendications sĂ©cessionnistes manifestes ont Ă©tĂ© mises sous le boisseau. Quitte Ă©videmment Ă  rĂ©apparaĂźtre dans les pĂ©riodes d’opposition qui, on le sait, se succĂšdent en Italie, compte tenu de la faiblesse, en termes de durĂ©e, des ministĂšres dans la PĂ©ninsule.

Seule perspective limitĂ©e, ou raisonnable, fut, encore Ă  l’image de l’expression britannique, une « proposition de dĂ©volution » au Conseil des ministres du 21 novembre 2001 du Ministre des rĂ©formes, Umberto Bossi, qui comportait deux innovations :

– Une compĂ©tence lĂ©gislative exclusive des rĂ©gions dans quatre domaines : l’assistance et l’organisation sanitaire, l’organisation scolaire, la gestion des instituts scolaires et de formation, la dĂ©finition des programmes scolaires d’intĂ©rĂȘt propre aux rĂ©gions et la police locale ;

– Un mĂ©canisme de silence valant acceptation qui assure la lĂ©gitimitĂ© des lois rĂ©gionales si la loi promulguĂ©e par une rĂ©gion n’est pas bloquĂ©e par les magistrats dans les soixante jours suivant sa promulgation.

Cette proposition nationale, pour fĂ©dĂ©raliste qu’elle soit, est loin de la reconnaissance de la nation padane.

En matiĂšre de rapport avec l’Union europĂ©enne, le programme de la Ligue n’a jamais, au contraire, mis en cause le processus de construction europĂ©enne.

Membre Ă  l’origine d’un groupe europĂ©en favorable Ă  la CommunautĂ© europĂ©enne, l’ARC (« Arc-en-Ciel » dont l’ossature Ă©tait constituĂ©e des Ă©lus « Verts » europĂ©ens), les tendances de la Ligue ont eu comme objectifs de se faire reconnaĂźtre de maniĂšre internationale, ainsi l’article 1 du « statut de la Ligue du nord pour l’indĂ©pendance de la Padanie », approuvĂ© par le CongrĂšs fĂ©dĂ©ral extraordinaire du parti les 24 et 25 octobre 1998, indiquait comme « finalité », la « reconnaissance internationale de la Padanie en tant que RĂ©publique FĂ©dĂ©rale indĂ©pendante et souveraine. »

Cela Ă©tant, il est difficile d’établir une ligne claire Ă  la Lega : anti-italienne et trois fois membre de gouvernements nationaux, sĂ©cessionniste ou fĂ©dĂ©raliste, europĂ©en ou eurosceptique. Elle a participĂ© d’ailleurs Ă  un groupe au Parlement europĂ©en qualifiĂ© d’eurosceptique avec l’UKIP britannique, le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers ou le parti des libertĂ©s (ENL) avec, notamment, les Ă©lus du Front national (FN).

La Ligue semble utiliser une conception que l’on pourrait qualifier de « populiste » de la politique avec une double expression : une interne actuellement dĂ©favorable Ă  l’Union et opposĂ©e Ă  l’immigration et une externe la rapprochant d’une sensibilitĂ© de droite libĂ©rale opposĂ©e Ă  une fiscalitĂ© abusive.

Si, toutefois, par hypothĂšse, l’on retient sa rhĂ©torique sĂ©paratiste menant le nord de l’Italie sur la voie de la partition, pourrait-on supposer une gestion Ă  l’écossaise, c’est-Ă -dire la signature d’une charte prĂ©voyant un rĂ©fĂ©rendum avec un gouvernement central italien ? En l’état actuel, cela semble peu vraisemblable et cela pour un double, et a priori paradoxal, motif:

– Si la majoritĂ© au Parlement italien est liĂ©e aux partis situĂ©s Ă  droite, la Lega est confrontĂ©e Ă  deux solutions : soit, faire partie du gouvernement (comme Ă  trois reprises depuis vingt ans) et agir a minima sur des positions fĂ©dĂ©ralistes limitĂ©es dans le cadre de transferts de compĂ©tence non rĂ©galiens ; en effet, il ne faut pas nĂ©gliger le fait que l’ensemble des droites italiennes, nonobstant la Ligue, sont des mouvements attachĂ©s Ă  l’unitĂ© nationale;

–Si la majoritĂ© au Parlement italien, est, comme actuellement, issue des rangs des gauches italiennes, il est peu probable que s’engage toute nĂ©gociation avec un parti, pour reprĂ©sentatif qu’il soit sur un territoire donnĂ©, se manifestant parfois par certains propos outranciers comme derniĂšrement Ă  l’encontre d’un ministre, reprĂ©sentant ainsi, peu ou prou, une opposition populiste qualifiĂ©e d’extrĂ©miste.

De par un programme parfois exubĂ©rant, car utilisant une rhĂ©torique opposant celtitude Ă  latinitĂ©, elle s’expose Ă  une « extrĂ©misation » de son discours, mais celui-ci se conjugue Ă  un mouvement ancrĂ©, fort d’élus nationaux et locaux et d’alliĂ©s Ă©lectoraux comprĂ©hensifs.

Son potentiel Ă©lectoral s’associe plus Ă  une identitĂ© Ă©conomique privilĂ©giĂ©e, la rĂ©gion de Milan, qu’à une survivance du monde celte.

L’opposition entre rĂ©gions riches et pauvres, flagrante en Italie, se retrouve au nord de l’Union, dans le Royaume fĂ©dĂ©ral de Belgique.

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