Comme pour l’Écosse, le cinĂ©ma utilisera le problĂšme des relations entre septentrionaux et mĂ©ridionaux, comme dans La terre tremble de Luchino Visconti, tournĂ© en Sicile en 1948 qui met en exergue les antagonismes. D’autres Ɠuvres cinĂ©matographiques reprendront cette thĂ©matique dans Napoletani a Milano d’Edouardo de Filippo ou, plus connu sous nos latitudes, Rocco et ses frĂšres Ă  travers la migration d’une famille mĂ©ridionale Ă  Milan.

Ainsi, la Ligue du nord va utiliser une double thĂ©matique, celle de l’enracinement du territoire, le concept du sol, mais aussi celle de l’enracinement humain sur ce mĂȘme territoire, liĂ© au concept du sang.

D’abord le territoire : il semble difficile Ă  dĂ©limiter (au nord de quelle limite ?), la crĂ©ation de la Padanie vient Ă  point, en septembre 1996, car ce territoire mythique se concrĂ©tise par l’existence, bien rĂ©elle, du fleuve, le PĂŽ.

La mi-septembre 1996 vit la lĂ©gitimation territoriale du combat lĂ©ghiste par la cĂ©lĂ©bration de la naissance de la Padanie, issue, comme la langue originelle, du monde celte. Une chaĂźne humaine sera formĂ©e, pour l’occasion, par les partisans d’Umberto Bossi rappelant une forme de culte ancestral entre un fleuve, le PĂŽ, et son peuple, les Padans. L’Égypte antique et le Nil ont-ils servi de modĂšle Ă  Umberto Bossi ?

Cette démarche à la fois inclusive et exclusive, intégrante et excluante, est rendue, toutefois, difficile par la limitation (les fameux « limes » aux portes des territoires) de la Padanie.

« Je dirais que ses frontiĂšres correspondent plus ou moins Ă  la zone dans laquelle existait l’aire celtique, disons de Senigalla Ă  Lucques. Il n’y a pas de doute que cette identitĂ© vĂ©nĂ©tico-celtique se prolonge jusqu’à la partie haute de la Toscane et aux Marches septentrionales », affirme Umberto Bossi en mai 1996, ce qui lui permet un certain vague dans les frontiĂšres du futur État.

Au demeurant, les doctrinaires de la Ligue se querellĂšrent sur les limites souhaitĂ©es, Roberto Calderoni n’hĂ©sitant pas Ă  affirmer « Quand la gangrĂšne progresse, il faut amputer haut », indiquant ainsi situer la frontiĂšre du nord extrĂȘmement au nord de l’Italie


Ces hĂ©sitations indiquent bien qu’il est difficile de dĂ©limiter un État artificiel, fondĂ© sur des critĂšres historico-linguistiques trĂšs complexes Ă  dĂ©terminer.

Mais l’apologie du nord « Milan travaille » et la discrimination du centre « Rome mange et dort », voire la haine du sud paresseux « Naples chante » n’est pas uniquement fondĂ© sur le territoire, dont il est difficile, nous l’avons vu, d’adopter les contours.

L’élĂ©ment linguistique va permettre d’élaborer une distinction plus nette entre systĂšmes dialectaux qui va fonder une frontiĂšre entre Romanie occidentale et Romanie orientale ; l’intĂ©rĂȘt, issu de travaux de linguistes, est, bien Ă©videmment, d’isoler une ligne gĂ©ographique reprĂ©sentant le territoire padan.

Cette volontĂ© d’altĂ©ritĂ© entre un nord productif et un sud attentiste, voire fainĂ©ant, comme le dĂ©noncent certains documents de propagande Ă©lectorale de la Ligue du nord montre une volontĂ© de crĂ©er un passĂ©, plus ou moins magnifiĂ©, pour se rĂ©inventer un avenir sĂ©parĂ©.

Or, l’attrait Ă©lectoral de ce mouvement repose, avant tout, sur l’aspect fiscal, ou plutĂŽt anti-fiscaliste, du programme. La fracture italienne dĂ©noncĂ©e dans des allĂ©gories ethnico-territoriales ne repose-t-elle pas sur des critĂšres Ă©conomiques ?

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