« L’Écosse doit pouvoir choisir son avenir, choisir de suivre le Royaume-Uni sur le chemin du Brexit ou de devenir indĂ©pendante », a dĂ©clarĂ© la PremiĂšre ministre Ă©cossaise, Nicola Sturgeon, devant des centaines de partisans, rĂ©unis Ă  Perth (centre de l’Écosse) lors de la prĂ©sentation du programme du Parti national Ă©cossais (SNP) en vue des Ă©lections lĂ©gislatives du 8 juin prochain.

L’enjeu n’est pas mince pour Mme Sturgeon qui espĂšre bien remporter la majoritĂ© des siĂšges (soit 37 sur 72) dĂ©volus Ă  l’Écosse au sein de la chambre des Communes. Ainsi, clame-t-elle, « toute tentative de la part des Tories [conservateurs] pour empĂȘcher l’Écosse d’exprimer son choix [
] serait dĂ©mocratiquement insoutenable ».

Pour parfaite information, on mentionnera le premier rĂ©fĂ©rendum sur l’indĂ©pendance de l’Écosse du 18 septembre 2014 qui s’était soldĂ© par un Ă©chec (55,3 % des suffrages exprimĂ©s en faveur du « non » contre 44,7 % pour le « oui »). Un rĂ©cent sondage Yougov effectuĂ© auprĂšs de 1 032 personnes le 18 mai dernier, indique que 39 % des Écossais souhaiteraient que l’Écosse, nation autonome du Royaume-Uni, accĂšde Ă  l’indĂ©pendance. Le Premier ministre Ă©cossais amplifie ce pourcentage en rappelant que lors du rĂ©fĂ©rendum du 23 juin 2016, l’Écosse avait votĂ© Ă  62 % contre le Brexit, adoptĂ© par prĂšs de 52 % des Ă©lecteurs britanniques.

Contrairement Ă  ce que l’on pourrait penser de ce cĂŽtĂ©-ci de la Manche, le Parti national Ă©cossais n’est nullement un parti populiste et souverainiste, Ă  l’instar d’un FN français ou mĂȘme de l’UKIP britannique anciennement dirigĂ© par l’actuel dĂ©putĂ© europĂ©en Nigel Farage. Ses positions sont trĂšs clairement progressistes – ce qui le classerait Ă  « gauche » de notre Ă©chiquier politique, entre le parti socialiste et l’UDI –, sociales-libĂ©rales (notamment sur le plan des mƓurs) et, surtout, farouchement et activement europĂ©iste.

Historiquement, L’Écosse doit son rattachement au Royaume d’Angleterre (qui comprenait alors le pays de Galles) par les actes d’Union (The Acts of Union) de 1707. Cette intĂ©gration n’effaçait pas pour autant le souvenir des douloureuses guerres d’indĂ©pendance qui opposĂšrent l’Écosse Ă  sa rivale anglaise et dont le remarquable film Braveheart de Mel Gibson relata, certes de maniĂšre trĂšs romancĂ©e, les exploits et hauts faits d’armes de William Wallace.

Autant dire que subsistent dans la mĂ©moire collective les traces d’une lointaine histoire marquĂ©e au coin de l’irrĂ©dentisme comme des vieilles rancunes encore solidement accrochĂ©es aux vieilles pierres des Highlands.

L’arrivĂ©e au pouvoir du travailliste Tony Blair en 1997 constitua un vĂ©ritable tournant puisque le Premier ministre anglais permit la renaissance du Parlement d’Écosse Ă  Édimbourg, ce, au nom d’une politique renforcĂ©e de rĂ©gionalisation gravĂ©e dans le marbre du DĂ©volution Act. Comme le souligne pertinemment le politologue Pierre Hillard, « le Premier ministre anglais a rĂ©veillĂ© des ambitions Ă©cossaises assoupies aprĂšs trois siĂšcles de domination anglaise sans complexe. DĂ©sormais, il faut ‘‘passer Ă  la caisse’’. »

Le prix à payer n’est pas modique, et l’Écosse n’aura aucun scrupule à jouer de l’effet de levier sur les institutions de Bruxelles pour faire plier Londres.

La locataire du 10 Downing Street, Theresa May, hĂ©rite donc de la politique inconsĂ©quente de son prĂ©dĂ©cesseur qui a inconsidĂ©rĂ©ment ouvert la boĂźte de Pandore, lors mĂȘme qu’elle doit, dans le mĂȘme temps, affronter l’Union europĂ©enne, son opposition et une partie de son propre camp dans les Ăąpres nĂ©gociations de sortie de son pays de l’UE. C’est peu dire que les lĂ©gislatives du 8 juin sont attentivement suivies des deux cĂŽtĂ©s de la Manche, Bruxelles et Glasgow priant pour que Mme May soit Ă©lectoralement enterrĂ©e.

De là à en conclure que le Brexit fût une fausse bonne idée
 Réponse sous huitaine.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de deux essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa).

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