Les Russes qui bombardent inlassablement Alep sont menacĂ©s d’ĂȘtre les auteurs de « crimes de guerre » par la bien-pensance outragĂ©e de l’Occident amĂ©ricain. Les troupes au sol sont constituĂ©es exclusivement de l’armĂ©e syrienne. Des bombes russes plus l’armĂ©e « criminelle » de Bachar el Assad ne peuvent constituer qu’un tandem effrayant voire diabolique.

Dans le mĂȘme temps, la coalition internationale dĂ©mocratique, constituĂ©e de l’armĂ©e irakienne, totalement encadrĂ©e par les USA, des Peshmergas, de conseillers amĂ©ricains entre autres, tente de reprendre l’autre grande ville symbolique aux mains de Daesh : Mossoul. Avec des moyens bien supĂ©rieurs, la coalition piĂ©tine. Mais pas de crimes de guerre.

Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il n’est autorisĂ© d’éliminer l’armĂ©e de Daesh et ses boucliers humains qu’elle utilise partout, qu’avec les mĂ©thodes avalisĂ©es par la dĂ©mocrate amĂ©ricaine universelle. Tout autre moyen est un « crime de guerre ». Par exemple lorsque les USA bombardent, entre autres, pendant des annĂ©es l’Irak, ce n’est pas un crime de guerre. En effet, selon une Ă©tude publiĂ©e en 2006 par la revue mĂ©dicale britannique The Lancet, il est estimĂ© que l’invasion amĂ©ricaine et l’occupation de l’Irak ont causĂ© la mort de 655 000 Irakiens. Deux fois plus que les crimes de Saddam Hussein en 24 ans de pouvoir
 Mais il y a des bons et des mauvais morts, comme il y a de bons tueurs et de mauvais tueurs au Moyen-Orient, variables d’ailleurs selon les circonstances. Les Russes font partie bien sĂ»r des « mauvais ». Lorsque les USA bombardent Mossoul le 20 mars 2016, ce n’est pas non plus un crime de guerre. On pourrait continuer l’horrible liste des bienfaits occidentaux au Moyen-Orient qui ne sont rien Ă  cĂŽtĂ© des « immondes bombardements » sur Alep.

La politique internationale de l’Europe amĂ©ricaine est dĂ©concertante. On hĂ©site entre Kafka et le roi Ubu. On assassine Saddam Hussein et le colonel Kadhafi dans des conditions indignes de dĂ©mocraties irrĂ©prochables, comme on l’avait fait de Ceausescu, dans la tradition des droits de l’homme bien sĂ»r. Et on accuse Vladimir Poutine de tous les maux de la terre, de « crimes de guerre » ? On ne veut bien accepter de parler avec lui qu’avec des pincettes dĂ©goĂ»tĂ©es ? C’est Ă  une vĂ©ritable reprise de la guerre froide que l’on assiste actuellement, et les risques de guerre mondiale sont de plus en plus pris au sĂ©rieux au plus haut niveau des États. Le Monde Diplomatique de septembre a d’ailleurs rĂ©alisĂ© un excellent article Ă  ce sujet. Les diplomaties euramĂ©ricaines cherchent quoi au juste ? Le dĂ©sordre inextricable engendrĂ© par cette politique a en outre des rĂ©percussions sur une immigration politique de ceux qui fuient la guerre pour ne pas avoir Ă  la faire, qui s’ajoute Ă  celle, encore plus inquiĂ©tante, globale et due aux changements de notre monde, climatiques et surtout Ă©conomiques, qui menacent toutes les grandes civilisations. La nĂŽtre mais aussi celle des migrants.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale, d’un premier essai sur la « dictature dĂ©mocratique » et de La DĂ©mocratie travestie par les mots aux Ă©ditions de l'Æncre.

Articles similaires