Entretien avec le géopolitologue Jacques Borde, paru sur le site VoxNr.

La derniĂšre ligne droite avant l’élection du 8 novembre 2016 voit interagir sur un enjeu, a priori seulement politique, des acteurs que l’on attendait pas au tournants : ces MM. Du Renseignement, avec en premiĂšre le
 FBI !

PrĂ©sidentielles ou pas : ĂȘtes-vous surpris par la descentes aux enfers des Clinton ?

Non, pas du tout. Et, sincĂšrement, comment pourrait-on l’ĂȘtre ?

Comme l’a notĂ© Eber Addad, dont je publie les chroniques sur mon Blog BforBorde : « Depuis des mois plusieurs publications ont affirmĂ© qu’  Ă©tait vendue aux monarchies pĂ©troliĂšres et c’était sans cesse dĂ©menti par la presse “traditionnelle”, maintenant c’est confirmĂ© par la plus traditionnelle de la presse, Reuters qui, de plus, est 100 % pro Clinton !!! Un agent du Qatar et  à la Maison-Blanche, secondĂ©e par un membre des FM ! Et aprĂšs on s’étonne des dĂ©sastres en sĂ©ries! Cette femme est dangereuse  ».

C’est pourtant simple Ă  comprendre. Dommage qu’il a fallu autant de temps pour certains de s’en apercevoir. Mais, il est vrai que les pĂ©trodollars ont parfois un curieux effet sur la mĂ©moire et la dĂ©ontologie, vous ne trouvez pas ?

Et que va-t-il se passer si c’est Hillary Clinton qui gagne les Ă©lections ?

Son mandat est sĂ©rieusement compromis avant mĂȘme de commencer. À terme, et court terme mĂȘme, je pense que Clinton-prĂ©sidente va avoir Ă  faire face Ă  une procĂ©dure d’impeachment qui plombera toutes ses initiatives. AprĂšs


Et, il y a quoi de compromettant dans la corbeille d’Hillary Clinton ?

Comme nous n’en sommes qu’au dĂ©but des vraies investigations, des choses encore Ă©parses, dirai-je. Mais, dĂ©jĂ  du lourd


Comme quoi ?

D’ores et dĂ©jĂ , la Clinton Foundation a dĂ» reconnaĂźtre le versement d’un don (sic) d’un million de dollars du Qatar. Avec deux Ă©lĂ©ments Ă  charge :

1- Hillary R. Clinton était bien, au moment de ce versement, la US Secretary of State ;
2- LĂ  encore, Hillary R. Clinton n’a pas jugĂ© opportun d’en aviser le US State Department. Un de ses nombreux trous de mĂ©moire, sans doute !

Autre dossier qui enfle : Hillary Clinton & l’affaire de Benghazi ?

Celle qui a coĂ»tĂ© la vie l’ambassadeur J. Christopher Stevens(1) et Ă  un employĂ© du US Department of State, pour ĂȘtre prĂ©cis. C’est tout le volet des courriels cachĂ©s d’Hillary R. Clinton, alors aux Affaires Ă©trangĂšres. Utilisant un serveur privĂ© non sĂ©curisĂ©, Hillary R. Clinton a, Ă  plusieurs reprises, indiquĂ© ou se trouvait J. Christopher Stevens. Tout ceci avec des Ă©lĂ©ments plus qu’utiles aux ennemis de l’AmĂ©rique et Ă  ces rĂ©seaux takfirĂź pour qui Stevens Ă©tait une cible lĂ©gitime. A legitimate target !

De ce fait, la communauté du Renseignement, le FBI étant simplement la juridiction concernée en pareil cas, estime highly probable (hautement probable) que ce sont bien ses courriels qui ont permis aux terroristes takfirß de taper aussi efficacement J. Christopher Stevens.

Pour devancer la question qui vous brûle les lÚvres : cette opinion se fonde, en fait, sur cinq courriels :

– 23 mars 2011. Alors, Deputy Chief of Staff d’Hillary Clinton, Jacob Jeremiah Jake Sullivan l’avertit de l’arrivĂ©e prochaine de J. Christopher Stevens dans l’Est de la Libye. Cf. Quelqu’un dĂ©nommĂ© Bill « was “trying to make sure Chris Stevens gets into E. Libya » »  Était en train de s’efforcer de faire rentrer Chris Stevens en Libye, en français.
– 27 mars 2011. Un courriel du US State Department est expĂ©diĂ© Ă  Hillary R. Clinton, sur son serveur privĂ©. Cf. « The current game plan is for Mr. Stevens to move no later than Wednesday from Malta to Benghazi. He will stage off shore initially for a one day visit during which he will have meetings with TNC interlocutors and get a sense of the situation on the ground. The goal of this one day trip is for him to lay the groundwork for a stay of up to 30 days ». Est clairement indiquĂ© quand et oĂč Stevens va se rendre Ă  Benghazi. Ainsi que la mission que celui-ci doit accomplir pour son ministĂšre.
– 8 avril 2011. Autre courriel du US State Department. Cf. « Security situation in Benghazi remains quiet. Chris Stevens & team are in the hotel, moving only for meetings as required ». PrĂ©cisions mortelles quant au positionnement et aux dĂ©placements de l’ambassadeur J. Christopher Stevens.
– 11 avril 2011. Autre courriel du US State Department. Cf. « The situation in Ajdabiyah has worsened to the point where Stevens is considering departure from Benghazi. The envoy’s delegation is currently doing a phased checkout ». Une situation qui s’aggrave, mais dont les Ă©lĂ©ments factuels arrivent toujours sur le serveur non sĂ©curisĂ© d’Hillary R. Clinton.
– 24 avril 2011. Dernier courriel du US State Department. Cf. « Stevens will be meeting with MFA in one hour and will make a written request for better security at the hotel and for better security-related coordination. He still feels comfortable in the hotel. They are looking into the idea of moving into a villa, but that is some way off ». LĂ , la position de Stevens et son escorte est donnĂ©e pratiquement en temps rĂ©el. La suite, on la connaĂźt


À se demander, d’ailleurs, comment les tueurs takfirĂź n’ont pas agi plus tĂŽt. Ajoutez Ă  ça le tropisme interventionniste qui caractĂ©rise Hillary R. Clinton. Avouez que nous sommes servis.

À propos de Jacob Sullivan. Il est Ă©vident qu’il est aussi dans le collimateur de cette communautĂ© du Renseignement opposĂ©e Ă  Clinton. Aligner, Sullivan, donnĂ© comme le mieux placĂ© pour occuper le poste de US National Security Advisor dans une administration Clinton Ă  venir, c’est comme le dit le dicton : Killing two birds with one stone. En français : faire d’une pierre deux coups !

Et Trump les inquiÚte moins, vos barbouzes ?

À se fier Ă  ses dĂ©clarations, non. Beaucoup moins, en tout cas. Que nous dit, sur ce sujet, le candidat rĂ©publicain ? Que « Nous recourrons Ă  la force militaire seulement en cas de nĂ©cessitĂ© vitale pour la sĂ©curitĂ© nationale des États-Unis. Nous mettrons fin aux tentatives d’imposer la dĂ©mocratie en dehors des USA et de renverser les rĂ©gimes, ainsi que de nous impliquer dans des situations dans lesquelles nous n’avons aucun droit de nous ingĂ©rer ».

Enfin un homme raisonnable Ă  la tĂȘte de ce pays. Il Ă©tait temps. Surtout avec un hegemon US passablement essorĂ© financiĂšrement.

Sinon, que pensez-vous des fuites distillées par Julian Assange ?

Elles semblent assez intĂ©ressantes. MĂȘme si je me demande si le tempo est bien le bon.. ?

Que voulez-vous dire ?

Qu’en fait, beaucoup d’AmĂ©ricains ont dĂ©jĂ  une idĂ©e bien arrĂȘtĂ©e de leur vote. Et je ne suis pas certain que des rĂ©vĂ©lations de derniĂšre minute, pour accablantes qu’elles soient, y changeront forcĂ©ment quelque-chose. Bon, Ă©videmment, il y a les 15 %, 20 % d’indĂ©cis


Et sur ce que nous dit Assange ?

C’est passionnant. Surtout lorsqu’il nous rĂ©vĂšle que « Les SĂ©oudiens, les Qataris, les Marocains, les BahreĂŻnis, surtout les deux premiers, donnaient tout cet argent Ă  la Fondation Clinton, alors qu’Hillary Clinton Ă©tait secrĂ©taire d’État et que le DĂ©partement d’État approuvait des ventes d’armes massives, en particulier Ă  l’Arabie SĂ©oudite ». Notons que ce sont, pour partie, ces ventes d’armes qui contribuent au massacre de la population civile au YĂ©men, et plus prĂ©cisĂ©ment l’usage indiscriminĂ© qu’en font les troupes de roi d’Arabie SĂ©oudite, Salmān Ibn-Ê»Abd al-Ê»AzÄ«z Āl-SĂ©Ê»Ć«d.

LĂ , encore un intĂ©ressant volet judiciaire qui pourrait s’ouvrir pour Hillary R. Clinton.

Comment cela ?

Je vous rappelle que Donald J. Trump nous a dĂ©jĂ  assurĂ© que, s’il Ă©tait Ă©lu, il s’offrirait le scalp de Nicolas Sarkozy, pour sa via factis en Libye. Alors, pourquoi pas celui d’Hillary pour ses ventes d’armes Ă  Riyad ? Au fond, c’est du mĂȘme usage immodĂ©rĂ©e de la gĂ©opolitique dont il s’agit.

Note

(1) Stevens est le premier ambassadeur US tuĂ© dans l’exercice de ses fonctions depuis 1979.

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