Que le Brexit passe ou pas, cela modifiera-t-il les rapports complexes entre Angleterre et Europe ? Rien n’est moins sûr.

« Entre le Grand large et l’Europe, nous choisirons toujours le Grand large », assurait jadis Winston Churchill au général De Gaulle. Certes ! Il n’empêche qu’une éventuelle sortie de la Grande-Bretagne des instances européennes ne saurait tout résoudre des problèmes européens : tout d’abord parce que Londres, au contraire de la majeure partie de nos capitales, a su conserver sa monnaie et surtout parce que la City, quelle que soit l’issue du référendum, demeurera capitale mondiale de la finance.

De même, ce que voulait l’Angleterre aux premières heures de la construction européenne – un vieux continent réduit à un espace voué au libre-échangisme, soit une puissance économique n’ayant pas vocation à devenir puissance politique –, continuera à demeurer loi d’airain.

Dans une remarquable tribune intitulée, Le Brexit et l’Europe : la tour de Babel du libéralisme, publiée sur le très sérieux site iris-France.org, Institut de relations internationales et stratégiques, Rémi Bourgeot rappelle : « La vision anglaise commerciale dépasse en fait le cadre de l’UE et s’étend de plus en plus à l’échelle du monde, suivant l’idée que l’Europe, bien que toujours importante, a perdu de sa pertinence face à la mondialisation. »

Bref, l’Angleterre, si elle quittait l’Europe, ne ferait jamais que sauter d’un bateau faisant naufrage.

Plus intéressant encore, cette phrase du même Rémi Bourgeot : « En Angleterre, la campagne du Brexit a été menée par des eurosceptiques qui soutiennent le libre-échange sans réserve et sont bien moins hostiles à l’immigration que leur base politique. » Rien que de très logique : malgré tous ses défauts, la Commission européenne tente encore, et réussit parfois, à faire pièce à un capitalisme mondialisé de plus en plus débridé. À cet état de fait, s’ajoute un autre élément à prendre en considération, l’alliance tacite entre Londres et Berlin. Les premiers envient aux seconds leur puissance industrielle ; les seconds admirent la faculté des premiers à sans cesse tirer leur épingle du jeu, à avoir un pied en Europe quand ça les arrange, à en avoir un autre ailleurs pour peu que cela soit susceptible de servir leurs intérêts. La France, en revanche, fait l’unanimité des gouvernants de ces deux pays, contre elle, il va de soi.

Trop tatillonne en matière législative, la France est ainsi empêcheuse de mondialiser en rond. Les attaques contre Monsanto, c’est nous. La remise en cause d’une agriculture intensive et polluante, c’est nous. La dénonciation du modèle d’élevage allemand – genre Ferme des mille vaches –, c’est nous. La taxation des multinationales qui font leur pelote en Europe pour ensuite se défiscaliser aux Bahamas, c’est nous. Le premier parti politique populiste, eurosceptique, pas loin de tirer la nappe avant de renverser la table européenne, c’est le Front national ; soit, toujours nous.

Du modèle français, il ne reste évidemment plus grand-chose. De cet héritage gaullo-communiste, nous ayant légué un appareil industriel – aéronautique, automobile, chemins de fer, conquête spatiale, armement, énergie nucléaire, recherche médicale, industrie pétrolière, etc. –, ne demeure plus que plaquette de beurre abandonnée au Soleil. Pourtant, des pans entiers de ce consortium persistent à survivre et il suffirait d’un peu de volonté politique pour qu’il retrouve de sa superbe. Mais ça, il est à craindre que les Anglais ne le tolèrent pas, n’ayant jamais supporté une puissance continentale assez forte pour menacer leurs intérêts à termes plus ou moins lointains. Pas plus que les Allemands qui, nous ayant depuis longtemps damé le pion en la matière, se refuseront immanquablement à voir la France retrouver la place qui fut si longtemps la sienne.

Alors, Brexit ou pas, il y a fort à parier que l’Angleterre ne trouve rien à y perdre. Pour la France, en revanche, il se trouve tant d’amis européens pour éviter que nous puissions y dénicher quelque chose à gagner… Réponse ce dimanche prochain et, surtout, dans les mois à venir.

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