23 juin 2016

Géorgie : au secours l’Europe !

Par Philippe Joutier

Enfin un pays où on aime les Français !

« lls sont cultivés et apprécient le vin ! »… Un cynique y verrait sûrement un manque de discernement, mais il est vrai que sur ce petit territoire asiatique situé au carrefour de trois chocs de civilisations, chiite, sunnite et chrétienne et bordé par les 5 000 mètres de la dorsale Caucasienne, le tourisme n’a pas encore découvert le côté insupportable de nos concitoyens forts en gueule et donneurs de leçons. Et partout, le drapeau Européen voisine celui de la Géorgie.

Premier pays chrétien sur les routes de la soie, c’est une croix gigantesque, érigée sur les hauteurs de Mtskheta qui annonçaient aux caravanes remontant la route de la soie qu’elles changeaient de civilisation. Contrepartie de leur situation géographique et de leur refus de s’assujettir à l’islam, les Georgiens ont dû se battre ! Depuis la Mer Noire, contre les Arabes et les Turcs, depuis les plaines contre les Perses et les Mongols, depuis la montagne, contre les Tchétchènes et les Ingouches. Il en reste dans les villages du Caucase d’anciennes tours fortifiées assez extraordinaires et pour les Géorgiens un farouche désir d’indépendance.

Libérée de l’ Union des républiques socialistes soviétiques en 1991, une nation capable de détester à ce point les Turcs, les musulmans et les communistes ne peut pas être foncièrement mauvaise, mais n’est pas à l’abri des luttes d’influence entre Russie et USA. La Géorgie paie l’ingénuité avec laquelle l’Europe, adroitement manipulée par les USA, s’est dépêchée de reconnaître le Kosovo en février 2008 avec le pack complet : mafia, islam, trafic d’organes et purification ethnique. Du coup, réponse du berger à la bergère, la Russie a pris à son tour un malin plaisir en août de la même année à garantir à coup de canons contre le gouvernement de Tbilissi, l’indépendance des deux provinces sécessionnistes pro russes : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud au grand dam des USA et malgré les gesticulations de Nicolas Sarkozy allant expliquer à son ami Vladimir Poutine que c’était mal. Au total, 30 % du territoire ne sont plus sous le contrôle de Tbilissi.

Lorsque l’URSS s’est effondrée, loin de dégonfler l’OTAN, les Américains, au contraire, ont agrégé à ce dispositif militaire la Pologne, la Roumanie, l’Albanie, la Bulgarie, la Slovénie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie, la Croatie et l’Estonie. Étranglant ainsi progressivement la Russie en l’encerclant sur son espace stratégique, ils y déploient leurs réseaux antimissiles AEGIS et BMDE que tente de brouiller côté russe, le nouveau système Khibiny testé, d’ailleurs non sans succès, l’année dernière sur les bâtiments US de la VIe Flotte. Le quatre étoiles Joseph Dunford, successeur de Dempsey, a déclaré dès sa prise de fonction le 9 juillet 2015 au sénat : « Si vous voulez parler d’une nation qui pourrait constituer une menace existentielle pour les États-Unis, je désignerai la Russie. »

Rassurant !

À l’heure d’aujourd’hui, la Mer Noire reste donc un des hauts lieux de cette agitation militaro stratégique à jouer à « qui pisse le plus loin ». Après le Kosovo, c’est le soutien à Kiev et le manque suspect de résultats dans la campagne des États-Unis à l’encontre de Daech et du Front al-Nosra sur le front syrien, qui sont fustigés par la Russie. Bref, la Géorgie, pion au milieu de ces petits jeux de guerre que compliquent les ambiguïtés d’Erdogan, et la haine entre Turcs sunnites et Iraniens chiites, hésite entre deux pires : le pire normal, celui avec les Américains comme alliés ou le pire difficile, en leur préférant les Russes. Au risque de voir ces derniers, soucieux de contrer l’OTAN et la Turquie, tenter de les annexer pour rétablir des marches à leurs frontières, les Géorgiens – doutant fort que les Américains tout juste capables de situer leur pays entre la Belgique et le Kamtchatka, déploient les B1 pour les protéger – jouent à fond la carte européenne avec, pour le coup, un intérêt bien davantage stratégique qu’économique.

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