Écrit pour Radio LibertĂ©s et EuroLibertĂ©s du 23 juin 2016 par Georges Feltin-Tracol, Ă©crivain, collaborateur de la revue RĂ©flĂ©chir & Agir.

Il faut saluer la clairvoyance du GĂ©nĂ©ral De Gaulle qui, Ă  deux reprises en 1963 et en 1967, rejeta l’adhĂ©sion britannique aux CommunautĂ©s europĂ©ennes. Dans ce domaine comme dans tant d’autres, la trahison revient Ă  son successeur immĂ©diat, Georges Pompidou qui, en 1972, accepta l’entrĂ©e de Londres dans le MarchĂ© commun.

Solidement arrimĂ©e Ă  l’atlantisme, la Grande-Bretagne a toujours dĂ©fendu une perception europĂ©en trĂšs particuliĂšre, Ă  savoir l’ouverture Ă  la mondialisation, le libre-Ă©changisme, un marchĂ© ultra-concurrentiel, un programme libĂ©ral-libertaire (David Cameron a fait voter le « mariage pour tous ») et l’absence volontaire d’une dĂ©fense indĂ©pendante tangible extĂ©rieure Ă  l’OTAN. Les inquiĂ©tudes du GĂ©nĂ©ral se sont rĂ©vĂ©lĂ©es exactes !

La participation britannique Ă  la construction europĂ©enne constitue dĂ©sormais un sujet brĂ»lant avec le rĂ©fĂ©rendum du 23 juin 2016 en faveur du maintien (in) ou de la sortie (out) du Royaume-Uni de l’Union soi-disant europĂ©enne. Quelle que soit la dĂ©cision finale des Ă©lecteurs d’outre-Manche, leur choix signifiera pour les autres EuropĂ©ens un dĂ©fi majeur. Si le in l’emporte, il est Ă  craindre que les dĂ©rogations obtenues par Londres soient reprises par les gouvernements eurocritiques de Pologne, du Danemark et de Hongrie, que l’idĂ©e mĂȘme d’Europe de la dĂ©fense perde dĂ©finitivement tout sens et que s’accentue l’emprise financiĂšre de la City sur le continent. Si le out gagne, outre la satisfaction momentanĂ©e des forces eurosceptiques, les institutions opaques et bureaucratiques de la « non-Europe » de Bruxelles vacilleront quelque peu sur leurs bases quand bien mĂȘme le retrait de la Grande-Bretagne sera durement et chĂšrement nĂ©gociĂ©.

Le Brexit pourrait aussi inciter les gouvernements les plus europhiles Ă  renforcer l’union bancaire, Ă©conomique et financiĂšre par la fondation d’une « Union de la Zone euro » dotĂ©e d’un parlement et d’une direction politique, ce qui favoriserait une construction europĂ©enne diffĂ©renciĂ©e suivant en cela la proposition de « Noyau dur » des allemands Karl Lamers et Wolfgang SchĂ€uble, lancĂ©e en 1994. Quant Ă  l’atlantisme, il perdurera grĂące Ă  ses fidĂšles domestiques de Berlin, de Varsovie et d’Amsterdam


La victoire du Brexit attiserait par ailleurs les revendications nationales-rĂ©gionalistes. Jusque-lĂ  apaisĂ©e, l’Irlande du Nord replongerait dans les violents contentieux opposant rĂ©publicains catholiques et unionistes protestants. Pro-europĂ©enne, l’Écosse dirigĂ©e par les nationalistes de centre-gauche du SNP, profiterait du rĂ©sultat rĂ©fĂ©rendaire pour soumettre Ă  sa propre population un nouveau rĂ©fĂ©rendum consacrĂ© Ă  l’indĂ©pendance et Ă  leur Ă©ventuelle rĂ©intĂ©gration dans l’Union pseudo-europĂ©enne. Quant au Pays de Galles, lui aussi europhile, il pourrait Ă  terme se sĂ©parer d’une Angleterre qui niera toujours tout projet de puissance europĂ©enne au nom du Commonwealth, du « Grand Large » et du multiculturalisme.

Que ce soit in ou out, le Royaume-Uni va demeurer pour longtemps encore le principal problÚme des Européens.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.