par Michel Grimard, Président du ROUE.

CommĂ©morer dans le respect de tous les combattants extĂ©rieurs morts pour la France, devrait s’imposer comme une Ă©vidence.

Or, sous l’activisme de plusieurs influences, l’équitĂ© n’est pas respectĂ©e. Lors des hommages rendus aux soldats Ă©trangers qui pĂ©rirent pour sauvegarder notre libertĂ©, la mĂ©moire officielle est apparue trop souvent sĂ©lective.

Soldats Russes et Cours de guerre 1914-18.

Soldats Russes et Cours de guerre 1914-18.

À l’occasion du centiĂšme anniversaire de la Ire Guerre mondiale, la France se doit d’honorer avec la mĂȘme objectivitĂ©, tous ceux qui se sacrifiĂšrent pour elle. L’opportunitĂ© se prĂ©sente de reconnaĂźtre le rĂŽle essentiel jouĂ© par la Russie, dans ce premier conflit mondial et de lui donner la juste place qui lui revient, dans la victoire de l’Alliance.

L’exaltation d’une AmĂ©rique seule salvatrice a, jusque-lĂ , marginalisĂ© la Russie, faussant la vĂ©ritĂ© historique. L’engagement de ce pays a Ă©tĂ© occultĂ©, l’attention Ă©tant volontairement dirigĂ©e sur celui des États-Unis. Cette image dĂ©formĂ©e, prĂ©sentĂ©e au peuple français, doit ĂȘtre rectifiĂ©e, pour qu’il prenne conscience du don de soi consenti par les combattants russes, sur le sol français et dans les Balkans.

Mon but n’est pas de jouer les historiens, d’autres que moi sont plus habilitĂ©s Ă  le faire. Je souhaite seulement sortir de l’oubli ces soldats russes, qui ont bien mĂ©ritĂ© de la France et rappeler leur comportement hĂ©roĂŻque sur les champs de bataille.

Notre devoir nous commande de conserver en mĂ©moire ce qu’ils ont apportĂ© Ă  notre pays, dans cette Ă©preuve dramatique. À travers le rappel d’évĂ©nements factuels, chacun pourra mieux apprĂ©hender la rĂ©alitĂ© et se forger une opinion.

Dans les deux affrontements mondiaux, l’entrĂ©e en guerre des États-Unis sera tardive et comme toujours, prĂ©cĂ©dĂ©e par celle de la Russie. Si les deux pays jouĂšrent un rĂŽle dĂ©cisif, celui de la Russie devenue l’URSS fut minorĂ© au point d’ĂȘtre quasiment ignorĂ©, s’agissant du premier conflit.

Pour le second il aurait Ă©tĂ© difficile de passer sous silence les batailles, de Stalingrad, juillet/fĂ©vrier 1942 et de Koursk, juillet/aoĂ»t 1943, qui entamĂšrent l’invincibilitĂ© de l’Allemagne nazie et enclenchĂšrent sa dĂ©faite.

Durant cette guerre, l’URSS subira de trĂšs lourdes pertes humaines, tant militaires que civiles. Plus de 13 millions de militaires, 21 millions avec les civils, soit 10 % de la population d’avant-guerre. Les États-Unis dĂ©ploreront 300 000 militaires, soit 0,2 de la population d’avant-guerre. À elles seules, les pertes militaires de l’URSS reprĂ©senteront 88 % du total de celles des AlliĂ©s en Europe.

L’entrĂ©e en guerre des États-Unis en 1917, sera prĂ©curseur des motivations de son engagement, en dĂ©cembre 1941. C’est seulement le 28 janvier 1917 que le premier contingent amĂ©ricain dĂ©barquera Ă  Boulogne-sur-Mer.

DirigĂ© par le GĂ©nĂ©ral John Pershing, il comptait 177 soldats. Il sera suivi, le 28 juin de la mĂȘme annĂ©e, par la premiĂšre division d’infanterie. Mais la positivitĂ© de l’entrĂ©e en guerre des États-Unis n’apparaĂźtra qu’à la fin du printemps 1918, les effectifs atteignant alors 800 000 hommes. Les premiers engagements des troupes amĂ©ricaines eurent lieu les 2 et 3 novembre 1917.

Elles s’illustreront en 1918, par leur bravoure et leur efficacitĂ©, durant la grande bataille de la Marne. À son apogĂ©e, en octobre 1918, l’armĂ©e amĂ©ricaine disposait en France de 2 millions d’hommes. Sa contribution Ă  la victoire fut importante. Elle dĂ©nombrera 120 000 morts dont 55 000 tuĂ©s au champ d’honneur. L’impressionnante force de frappe que possĂ©dait sur notre sol l’armĂ©e amĂ©ricaine, au moment de l’armistice, se muera en levier diplomatique et relĂ©guera la France, comme l’Angleterre, Ă  un rĂŽle mineur, lors des pourparlers qui suivront.

À la ConfĂ©rence de la paix, les États-Unis s’opposeront aux revendications territoriales françaises et italiennes. Pour attĂ©nuer l’amertume de la France ainsi que celle de l’Angleterre, le PrĂ©sident Wilson leur promettra la garantie militaire de son pays, face Ă  une nouvelle agression allemande. Promesse non tenue. Il faudra attendre 2 ans, avant que l’AmĂ©rique intervienne en dĂ©cembre 1941, contrainte par les Ă©vĂ©nements.

AprĂšs une mobilisation gĂ©nĂ©rale, la Russie entrera rapidement en guerre le 1er aoĂ»t 1914. En dĂ©cembre 1915 elle constituera une force de 50 000 hommes, qu’elle rĂ©partira en 4 brigades, destinĂ©es Ă  combattre, pour la 1re et la 3e sur le front français, pour la 2e et la 4e dans les Balkans, sur le front de Salonique.

La 1re brigade dĂ©barquera Ă  Marseille dĂ©but 1916 et la 3e 4 mois plus tard Ă  Brest. Elles participeront aussitĂŽt au combat oĂč elles seront remarquĂ©es, car audacieuses et performantes. Ce comportement valeureux leur vaudra d’ĂȘtre citĂ©es Ă  l’ordre de l’armĂ©e. Sur le front d’Orient, la 2e et la 4e brigade ne dĂ©mĂ©riteront pas, la 2e Ă©tant citĂ©e Ă  l’ordre de l’armĂ©e par le GĂ©nĂ©ral Sarrail.

Une lĂ©gion russe comprenant 4 bataillons totalisant environ 4 000 hommes, sera fondĂ©e en dĂ©cembre 1917. EngagĂ©e dans de multiples actions, elle sera active jusqu’à l’armistice. En 1918 elle se distinguera par sa hardiesse, notamment au cours de l’offensive du Chemin des Dames.

Devenue par son courage « LĂ©gion d’honneur russe », elle sera citĂ©e deux fois Ă  l’ordre de l’armĂ©e et son drapeau sera dĂ©corĂ© par le MarĂ©chal Foch. De 1916 Ă  1918 quelque 10 000 combattants russes tomberont sur le sol français, auxquels il faut ajouter ceux qui pĂ©rirent dans les Balkans. Mais ce sont plusieurs millions de morts que les Russes laissĂšrent dans l’affrontement direct, russo-allemand. D’oĂč la dĂ©claration du MarĂ©chal Foch : « Si nous avons pu tenir de la Marne Ă  Arras et finalement Ă  l’Yser, c’est que la Russie de son cĂŽtĂ© retenait une notable partie des forces allemandes. »

L’apport Ă©loquent de la Russie Ă  la victoire de la Ire Guerre mondiale, montre qu’il apparaĂźt fondĂ© et Ă©quitable d’inviter ce pays Ă  participer aux commĂ©morations du centiĂšme anniversaire de l’armistice.

Il serait bien mesquin et misĂ©rable, que des faits conjoncturels servent de prĂ©textes, pour bannir la Russie de cet hommage Ă  tous les combattants. Cette amputation ne pourrait que l’altĂ©rer, le dĂ©naturer.

RemĂ©morons-nous ce qui est Ă©crit sur un monument Ă©rigĂ© prĂšs de la nĂ©cropole de Saint-Hilaire-le-Grand dans la Marne « Enfants de France ! Quand l’ennemi sera vaincu et que vous pourrez librement cueillir des fleurs sur ces champs, souvenez-vous de nous, vos amis russes, et apportez-nous des fleurs ». Exauçons leurs vƓux.

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