On a envie de dĂ©buter ce compte rendu par la conclusion pratique qui s’impose, aprĂšs lecture : Halte ! Grand livre ! Car on ne saurait dĂ©vorer un tel ouvrage sans en recommander la diffusion la plus large, et pour plusieurs raisons.

Officier des SR (Services de Renseignements), l’auteur a une trĂšs solide culture historique, non pas celle des manuels Ă  usage scolaire et universitaire, tous bourrĂ©s d’erreurs factuelles et de jolies lĂ©gendes issues de la Deception (dĂ©sinformation, en langue anglaise), ingrĂ©dient de base de toute propagande en pĂ©riode de guerre ou d’exploitation des bĂ©nĂ©fices d’une victoire. Pour tout dire, le colonel Baud a dĂ©vorĂ© quantitĂ© de livres et de sites du Net « rĂ©visionnistes », faut-il rappeler que le rĂ©visionnisme est une dĂ©marche intellectuelle, de type scientifique, visant Ă  dĂ©mystifier l’écriture historique et qu’elle n’a rien Ă  voir avec les « nĂ©gationnistes » de la Shoah ou des gĂ©nocides vendĂ©en, armĂ©nien ou ukrainien.

En outre, l’auteur semble maĂźtriser l’arabe Ă©crit, ce qui est apprĂ©ciable pour un tel sujet. Ce n’est pas un fanatique de la lutte antimusulmane ni du soutien inconditionnel aux USA ou Ă  l’État d’IsraĂ«l. Enfin, il ne semble pas nourrir un excĂšs d’estime pour les politiciens professionnels, ce qui tĂ©moigne tant de son intelligence que d’un solide sens critique
 On pourrait lui reprocher de ne pas associer dans son mĂ©pris les mĂ©dias aux ordres de ces multinationales, dont il ose Ă  peine mĂ©dire, mais ce qu’il laisse supposer est bien suffisant pour qu’on le comprenne Ă  demi-mot.

Sa thĂšse principale est simple, remarquablement Ă©tayĂ©e par une accumulation de faits (et quelques suppositions sur ce qui est encore secret d’État : la commandite d’un certain nombre d’attentats meurtriers durant ces 40 derniĂšres annĂ©es, dont ceux de Beyrouth, en 1983). Le terrorisme islamo-arabe qui frappe l’Occident depuis les dĂ©buts de l’ùre nouvelle (que l’on peut faire remonter aux alentours de 1990) a non pas une origine religieuse unique, mais au moins trois facteurs Ă©tiologiques.

D’abord et avant tout, l’ingĂ©rence en apparence grotesque, scandaleuse pour les nationalistes africains, proches et moyen-orientaux, des Occidentaux dans la vie politique des États du Maghreb, dans celle de quelques pays d’Afrique noire (peu Ă©tudiĂ©s par l’auteur) et surtout dans les poudriĂšres du Proche-Orient (Liban, Syrie, Irak, il est dommage que le YĂ©men ne soit pas Ă©tudiĂ©) et du Moyen-Orient (Afghanistan, mais l’on regrette que l’auteur n’ait pas Ă©voquĂ© le Pakistan ni l’impĂ©rialisme US en RĂ©publiques touraniennes : OuzbĂ©kistan, Kirghizistan, Tadjikistan ou TurkmĂ©nistan, qui promettent de nouvelles Ă©motions lorsque les USA viseront par la bande la Russie et la Chine).

Il est Ă©vident que les ravages directs et les « dommages collatĂ©raux » infligĂ©s aux populations par les armĂ©es US et associĂ©es (France, Grande-Bretagne, Italie pour le cas libyen, divers contingents europĂ©ens symboliques pour l’exemple afghan) n’ont pu qu’indigner les frĂšres de race et les coreligionnaires. Le terrorisme « nouvelle vague » est d’abord rĂ©actionnel Ă  la meurtriĂšre occupation Ă©trangĂšre, par l’effet de ce « droit d’ingĂ©rence », qui plaĂźt beaucoup aux requins d’affaires de New York et aux « nĂ©o-cons » de Washington, mais qui est jugĂ©, par les autochtones des zones de combat, pour ce qu’il est rĂ©ellement : une atteinte intolĂ©rable au droit des peuples. Ces gens sont moins naĂŻfs qu’on ne le pense gĂ©nĂ©ralement : ils ont parfaitement compris que c’est la force qui crĂ©e le droit. Le terrorisme est l’arme des faibles, opprimĂ©s par un gros État mal organisĂ© et prĂ©sentant une multitude de zones sensibles.

La seconde cause – celle qui vient en seconde position en matiĂšre de motivation, contrairement Ă  ce que serinent les mĂ©dias aux ordres – est le DjihĂąd. Le colonel Baud nous prĂ©cise que, pour certains musulmans, le DjihĂąd est une affaire intime : un effort personnel de perfectionnement. Ce n’est exact que dans la tradition des soufis, soit le gratin non-violent de la spiritualitĂ© sunnite. Les sourates coraniques qui renvoient au DjihĂąd dĂ©signent bien la « guerre sainte » que tout muslim en bonne santĂ© doit faire aux « infidĂšles » (les non-musulmans) qui agressent le DĂąr al-Islam (les zones de Charü’a), voire qu’il doit exporter dans le DĂąr al-Harb (le domaine de la guerre, soit les terres qui ne sont pas encore soumises Ă  la loi coranique).

On pourrait dĂ©velopper une troisiĂšme cause, effleurĂ©e par l’auteur : le dĂ©sespoir existentiel de tous les paumĂ©s de l’immigration exotique en Europe (et Ă  un moindre degrĂ© aux USA). Ils avaient cru que leurs immenses qualitĂ©s physiques, intellectuelles, morales et religieuses feraient d’eux des maĂźtres, dominant des continents de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s infidĂšles et il s’avĂšre que leur suffisante insuffisance fait pour nombre d’entre eux des traĂźne-savates et des indĂ©sirables. Le DjihĂąd est un moyen de s’évader d’une vie nulle. D’abord en faisant Ă©clater la joie de nuire Ă  l’Occident, riche de valeurs que certains immigrĂ©s ne peuvent comprendre. Ensuite, en gagnant la certitude de se retrouver en un paradis fort terre Ă  terre (mais admirablement adaptĂ© Ă  un certain psychisme), fait de banquets et de houris, si l’on meurt au combat pour l’islam.

Ceci explique qu’environ 30 000 volontaires islamiques, venus d’une centaine de pays et rĂ©partis en approximativement 1200 groupes sunnites armĂ©s, agrĂ©mentent le quotidien des Syriens.

On peut regretter que l’auteur n’ait pas insistĂ© sur le califat nouveau, Abou Bakr II ayant modifiĂ© la pratique du terrorisme djihadiste en autorisant des femmes et des enfants prĂ©pubĂšres Ă  y participer et en frappant de façon aveugle d’autres musulmans jugĂ©s trop tiĂšdes, tout ceci contrevenant aux stipulations du Coran et des Hadiths sur la guerre sainte.

MĂȘme s’il fait mine de ne pas croire aux thĂšses complotistes, le colonel Baud accuse les pantins politiques des USA, de France (Sarkozy et Hollande sont fort justement citĂ©s), de Grande-Bretagne (Tony Blair), d’avoir fait le jeu du « complexe militaro-industriel » et surtout des compagnies pĂ©troliĂšres
 En n’oubliant pas que les chefs d’État qui se sont investis dans la perturbation des États islamiques depuis 1990-1991 – la premiĂšre guerre d’Irak – l’ont Ă©galement fait pour stimuler leur cote de popularitĂ©.

On peut regretter l’étonnante discrĂ©tion de l’auteur sur le rĂŽle personnel de Barak Hussein Obama, qui s’est comportĂ©, de 2010 Ă  nos jours, soit comme le dernier des crĂ©tins, soit comme un trĂšs habile crypto-islamiste, dĂ©stabilisant tous les rĂ©gimes calmes d’Afrique et du Proche-Orient, y introduisant la chienlit islamiste la plus fanatique.

L’auteur analyse fort bien le pragmatisme des dirigeants chiites iraniens depuis la mort du paranoĂŻaque dĂ©lirant Khomeiny. Les chiites sont fort peu appĂątĂ©s par la cause palestinienne (qui ne semble plus guĂšre intĂ©resser que les fossiles des mouvements gauchistes et trotskistes de la planĂšte). Le colonel Baud est, hĂ©las, beaucoup plus lĂ©ger sur le rĂ©gime islamique turc qui paraĂźt infiniment plus redoutable pour l’Occident que l’État islamique.

On ne peut qu’approuver sa judicieuse analyse de l’implication des humanistes de Wall Street dans toutes ces affaires : sauver le rĂšgne du pĂ©trodollar, contestĂ© par les dĂ©funts gouvernements libyen et irakien, par ceux toujours en place de Syrie, de Russie et de Chine
 Et il aurait Ă©tĂ© judicieux de rapprocher l’activisme US en terres musulmanes de l’activisme de mĂȘme origine en AmĂ©rique latine, dans des pays qui contestent la suprĂ©matie du dieu – dollar.

En rĂ©sumĂ©, si l’annĂ©e 2014 (les statistiques planĂ©taires de l’An 2015 ne semblent pas encore disponibles, mais ce fut un grand cru) a vu se dĂ©rouler 13 463 attentats islamiques, faisant 32 700 morts, il faut en accuser, certes, le fanatisme des fous d’Allah, mais aussi et surtout la politique de gribouille ou de cyniques Machiavels des Occidentaux
 une politique qui, depuis 1990, a probablement occasionnĂ© directement la mort d’un million de civils en terres d’islam.

Chemin faisant, le colonel Baud met Ă  nu les supercheries mĂ©diatiques Ă  propos de la premiĂšre guerre d’Irak ou du mythe Ben Laden-al Qu’AĂŻda (alors que les groupuscules terroristes dĂ©fendent jalousement leur individualitĂ© et refusent de coordonner leurs actions). Il dĂ©monte les mensonges français sur les motivations de l’intervention en Libye et ceux des gouvernants US et français Ă  propos de la Syrie. L’on est toutefois moins persuadĂ© que l’auteur du cĂŽtĂ© « gentil toutou » des roitelets islamo-pĂ©troliers d’Arabie saoudite et du Qatar
 il serait bon de s’attendre Ă  une fourberie antioccidentale de ce cĂŽtĂ©-lĂ .

Les conclusions de cet excellent livre s’imposent d’elles-mĂȘmes.

Il est nĂ©cessaire d’abolir le grotesque « droit d’ingĂ©rence » qui ne revĂȘt d’intĂ©rĂȘt que pour les multinationales exploitant les richesses naturelles des pays du Tiers-Monde.

L’Europe doit se dĂ©gager – et d’urgence – des fous de guerre US, de leurs pĂ©trodollars et de leur complexe militaro-industriel (dont l’importance remonte au rĂšgne de Franklin Delano Roosevelt).

L’Europe n’a pas vocation pour intervenir dans les bourbiers africains ni proche-orientaux. C’est aux autochtones et Ă  eux seuls qu’il incombe de rĂ©gler leurs problĂšmes tribaux, religieux, raciaux, politico-Ă©conomiques. Il existe suffisamment de sites de matiĂšres premiĂšres, singuliĂšrement de gisements pĂ©troliers, pour se dĂ©sengager des pays musulmans.

Il faut plus que jamais inverser les flux migratoires et renvoyer dans le DĂąr al-Islam la totalitĂ© des musulmans entrĂ©s en Europe ces quarante derniĂšres annĂ©es (en France depuis l’absurde dĂ©cret Giscard-Chirac sur le regroupement national).

Enfin et surtout, il est nĂ©cessaire (et urgent) de ne plus confier la direction des États Ă  des pantins incultes et irrĂ©flĂ©chis, dont les deux prĂ©occupations majeures sont leur enrichissement personnel et la poursuite de leur carriĂšre.

Au total, c’est un livre qui non seulement apporte quantitĂ© de renseignements, avĂ©rĂ©s et probables, mais surtout rĂ©ussit son approche Ă©tiologique d’un problĂšme majeur de notre Ă©poque qui risque de dĂ©gĂ©nĂ©rer en une sĂ©rie de conflits indirects opposant le trublion US Ă  l’Europe (Russie incluse) et Ă  la Chine, en plus de l’AmĂ©rique latine, oĂč la guerre politico-mĂ©diatique fait rage depuis quelques annĂ©es.

Terrorisme. Mensonges politiques et stratĂ©gies fatales de l’Occident, colonel (CR) Jacques Baud, Éditions du Rocher, Monaco, 2016.

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