11 octobre 2017

Pornographie, déclin et dépopulation française en… 1909

Par Nicolas Bonnal

Le sympathique économiste libertarien Charles Gave a bien scoré récemment en évoquant notre disparition démographique ; mais on ne réveille pas les morts.

En vérité, il y a longtemps que cette disparition française a commencé quantitativement et surtout qualitativement. À l’époque de Napoléon III, les carottes sont déjà cuites – et tous les écrivains en sont conscients : Flaubert dans ses romans, Tocqueville dans sa correspondance, Baudelaire dans ses magnifiques Fusées.

Charles Gave.

Charles Gave.

Après 1870, on a chuté en piqué (Maupassant, Bloy), mais ce n’était plus grave : on était déjà en mode postmoderne, dans la pose du zombi bienheureux, à charge pour les guerres républicaines, racistes/coloniales et germanophobes, de liquider les derniers combattants et les derniers Péguy. Le reste était bon pour être étudié par le docteur Destouches, pour les plages et la télé, sans oublier les supermarchés – j’oubliais la défense des droits de l’homme et du citoyen transsexuel.

Je retrouve sur archive.org un vieux livre écrit par un consul de France sur ce sujet : alcoolisme, pornographie, effondrement moral laminent la France (qui certes s’en est remise et s’est habituée à vivre avec). Le livre est écrit en 1909, il n’est pas du tout « d’extrême-droite », il évoque plutôt le bourgeois progressiste bien élevé. Il est écrit dans un style très littéraire (c’est Nietzsche qui parle de la destruction de la langue allemande par le journalisme dans sa dissertation sur David Strauss, idem bien sûr en France).

Feuilletons-le, ce livre de l’ex-consul Lavollée, qui fera ricaner bien sûr les plus évolués, avancés, modernistes, apotropaïques, que sais-je encore, d’entre nous : « Sous l’apparence de richesse et de prospérité que présente notre pays, les esprits réfléchis discernent depuis longtemps, et avec inquiétude, des symptômes alarmants, des signes d’affaiblissement et de décadence. Il semble que la sève vitale diminue et que le ressort moral soit atteint en même temps que le ressort physique. Il semble que ce grand corps social, qui compte déjà tant de siècles d’existence, soit rongé de plaies intérieures et n’ait plus la force de continuer son développement, ni de réagir contre les germes morbides qui l’envahissent. On se plaint de l’affaissement des caractères et des volontés, de l’amour croissant de la jouissance et de l’argent, de l’indifférence sceptique de la majeure partie du public. On dénonce avec inquiétude la marche ascendante de la criminalité, surtout parmi les jeunes générations, la diffusion de plus en plus étendue de la littérature ou, pour mieux dire, des produits pornographiques, le développement de l’alcoolisme, l’étalage de plus en plus cynique des doctrines le plus bassement matérialistes, le ralentissement continu de la natalité qui, en se perpétuant et en s’accentuant, finirait par amener l’extinction graduelle de la nation française. »

L’auteur évoque lyriquement ensuite les fléaux moraux…

« Véritables fléaux, en effet, fléaux nationaux, ces maladies morales, ces virus perfides qui s’insinuent dans le corps social et le désorganisent sourdement : fléau, l’alcool avec son cortège de maladies héréditaires, de folie, de ruines et de crimes ; – fléau, le livre et l’image, la représentation, la publicité obscène qui ne se bornent pas à déshonorer notre pays aux yeux de l’étranger, mais qui viennent empoisonner la race jusque dans sa fleur, étaler la corruption jusque sur la voie publique et désorganiser la famille jusque dans le foyer domestique ; – fléau, cette propagande néo-malthusienne qui, faisant de l’égoïsme le principe et la règle unique de nos actes, enlève à la vie son objet principal, sa grandeur et sa dignité, à la famille son charme et son honneur, à la patrie l’élément essentiel de sa prospérité, de sa force et de sa durée. »

Il comprend le phénomène moderne de la pornographie industrielle (comme j’aime ce mot !), lié à l’image, et qui assure partout dans le monde une dépopulation en règle : « La pornographie contemporaine est d’une autre essence, elle s’est démocratisée, elle s’est industrialisée comme toute chose. Elle vise les foules, elle s’adresse à elles ; par conséquent, elle se met à la portée des esprits les moins raffinés ou plutôt les plus grossiers, et travaille à rabaisser à leur niveau la masse du public. »

Toute la sous-littérature d’alors s’y met, celle que consomme la jeunesse avant les vidéos pornos sur le web : « En même temps qu’au théâtre, on vit peu à peu les mœurs et la langue des mauvais lieux s’insinuer dans le roman, et surtout dans le roman-feuilleton, dans le roman populaire. Il est à peine besoin de rappeler les excès auxquels donna lieu ce genre de littérature, l’aliment qu’y trouvèrent les plus honteuses passions, les chutes dont il fut l’origine, les actes criminels dont il inspira la pensée. Mais, plus encore que le théâtre et le roman, la grande coupable a été l’image… »

Du Guy Debord ou presque. Tiens, citons le maître, qui dans ses derniers livres se rendait compte combien sa société du spectacle était ancienne en fait : « Le spectacle, comme tendance à faire voir par différentes médiations spécialisées le monde qui n’est plus directement saisissable, trouve normalement dans la vue le sens humain privilégié qui fut à d’autres époques le toucher ; le sens le plus abstrait, et le plus mystifiable, correspond à l’abstraction généralisée de la société actuelle. »

Décadence préfasciste fantasmée ? À la même époque les intellectuels juifs dénoncent en Autriche cet affaissement moral : Max Nordau, Sigmund Freud, Stephan Zweig, Arthur Schnitzler. Revoyez le dernier Stanley Kubrick…

René Lavollée reprend la plume : «… enfin, elle est devenue, par la carte postale, surtout par la carte transparente vendue par centaines de millions d’exemplaires, le plus redoutable agent de corruption. »

Je vous laisse découvrir cet ouvrage qui consolera tous les amateurs de déclin !

Sources

René Lavollée, Les Fléaux nationaux – Dépopulation – Pornographie, Alcoolisme, affaissement moral, Félix Alcan, 1909 (archive.org).

Nicolas Bonnal, Comment les Français sont morts ; la culture comme arme de destruction massive ; Kubrick, le génie du cinéma (Amazon.fr).

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