8 décembre 2016

Un passeport de transit pour les réfugiés ?

Par Hans Joachim Froh

Dans un article de la journaliste Catalina Guerrero, paru sur le site EurActiv en septembre, comme dans son nouveau livre, le philosophe français Sami Naïr, ancien député européen du groupe « communistes et apparentés » (MDC de Jean-Pierre Chevènement), ne propose ni plus ni moins qu’un « passeport de transit » pour les réfugiés, estimant en effet que l’UE se trouve à la croisée des chemins entre la civilisation et la « barbarie », sans néanmoins préciser la nature et l’origine de cette barbarie (sans guillemets, pour autant nous pensions à la même).

Aussi, sociologue et professeur, Sami Naïr est accepté comme un spécialiste de la migration et a été le premier à utiliser le terme idéalisé de « co-développement ». Alors qu’il considère, qu’en termes de migration, il ne s’agit pas seulement de résoudre un problème immédiat, mais aussi un « problème de civilisation » pour lequel il faut « savoir quelle civilisation nous voulons », nous pourrions lui répondre que les Européens, comme tous les autres, veulent sauvegarder leur civilisation, sans égale dans le monde, pour ce qui est du respect de l’être humain, c’est ce que nous voulons et que le problème des migrants ne se poserait certainement pas avec une telle acuité, si les pays arabo-musulmans assumaient leurs devoirs moraux et leur proximité culturelle avec les réfugiés, en les accueillant, comme il se devrait.

La proposition de passeport de Monsieur Naïr aurait, dit-on, pour objectif d’encourager la circulation au sein de l’Europe, en particulier dans l’espace Schengen, et permettrait aux réfugiés de trouver un pays prêt à les accueillir, au lieu de les condamner à « se noyer quelque part, sans solution ni perspectives d’avenir. »

Pourquoi encourager la circulation des migrants au sein de l’Europe et non dans les pays arabes et sur d’autres continents, si ce n’est en raison de l’attractivité sociale de l’Europe ? Pourquoi les migrants auraient-ils pour destin de se « noyer », alors que leur état premier est d’être des réfugiés et d’avoir donc vocation, à un moment, à retourner chez eux ?

Faut-il une fois encore rappeler à notre interlocuteur que 65 % des réfugiés ne viennent pas de Syrie, qu’une faible partie d’entre eux est chrétienne et que l’humanisme de l’Europe, unique au monde, ne saurait accepter les stigmates d’une invasion déguisée, visant à un changement démographique, de la nature des peuples européens et donc à une éradication programmée de leurs cultures ; donner des leçons, dans une situation de confort, c’est bien ; balayer devant sa porte, c’est mieux.

Sami Naïr précise aussi dans l’interview, que les États-Unis et le Royaume-Uni, puissances en partie responsables du déséquilibre dans ses régions, devraient être pris davantage en compte, y compris dans la crise des réfugiés. On peut épiloguer longtemps sur les responsabilités de chacun, mais bien moins sur l’irresponsabilité complète, manichéenne, des États de la péninsule arabique, qui financent pour certains d’entre eux Daesh, tout en exigeant l’aide des deux mêmes puissances, lorsqu’ils étaient menacés par l’Irak de Saddam Hussein, tout en pratiquant un antagonisme homme-femme indigne et sectaire au XXIe siècle.

Quant à l’Algérie, pays d’origine de Sami Naïr, elle brille par son silence et son inaction dans cette crise des migrants et par ses imams, qui refusent et condamnent les conversions de musulmans au christianisme.

Sans aucun début de preuve ou d’argumentation, notre interlocuteur affirme aussi que l’Union européenne serait toujours en mesure de gérer cette crise et qu’un territoire hébergeant une population d’environ 513 millions de personnes peut « absorber » l’afflux des réfugiés.

« Que représentent quatre ou cinq millions de réfugiés, syriens, afghans, érythréens, irakiens ou autres, dans une population de plus de 500 millions d’Européens ? Rien du tout », estime le penseur.

Si l’on souhaitait la disparition de l’Europe comme région calme, on ne parlerait pas autrement et Monsieur Sami Naïr feint d’oublier que l’Europe connaît déjà une population de 52 millions de musulmans, sans même prendre en considération les 1,5 million d’immigrés arrivés en Allemagne en 2015 et les 300 000 immigrés clandestins arrivés dans l’Union européenne, la même année.

Notre interlocuteur insiste encore, en rappelant qu’à ce jour, l’Europe a accueilli 0,7 % des réfugiés relocalisés, alors que la Turquie a absorbé 12 % d’entre eux, et qu’au Liban une personne sur cinq est un réfugié.

Sami Naïr semble oublier les évidences de la géographie et de l’histoire : quoi de plus normal que les réfugiés soient accueillis par les pays les plus proches, de même origine, de même culture, de même religion.

En quoi l’Europe serait-elle responsable des guerres du Moyen-Orient ? En quoi devrait-elle assumer toute la misère du monde, alors que la première des motivations de ces « invasions barbares » massives et désormais régulières, est l’attractivité des aides sociales, pour certains un impérialisme religieux et sectaire, mais certainement pas le souci de s’intégrer en acceptant la civilisation du lieu d’accueil et les efforts permanents qu’il suppose, alors même, au vu des récents évènements en Allemagne et ailleurs encore, que nombre de ces immigrants illégaux, rejettent et rejetteront les fondamentaux de notre culture chrétienne et laïque ?

Sami Naïr, poursuit ses recommandations en ajoutant qu’il est fondamental que le public apprenne la « vérité » et que les rapports des organisations internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui soulignent les effets économiques positifs de l’arrivée des réfugiés, soient placées au premier plan.

Bien qu’ayant siégé comme député européen, dans un groupe pour le moins peu adepte de libéralisme et de libre-échangisme, notre interlocuteur ne s’attarde plus sur les « terribles » méfaits de ces deux derniers, comme « l’exploitation des masses par le grand capital », mais se fait l’allié de la destruction voulue par certains cercles et certaines élites mondialistes de tout obstacle au « business as usual », à commencer par les nations, les cultures et les identités de chaque peuple.

Parlant de l’intégration, le sociologue assure qu’il n’a connaissance « d’aucun exemple d’immigration » qui ne se serait pas intégrée après une, deux, trois, voire quatre générations. La diversité est « une loi fondamentale de l’humanité », explique-t-il, feignant d’oublier qu’en France, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, l’intégration a parfaitement fonctionné avec des populations proches, à tout point de vue et que c’est un échec manifeste et patent lorsque les populations exogènes sont de plus en plus nombreuses et font le choix toujours plus fort du communautarisme religieux et économique et d’un rejet croissant des valeurs et de la tolérance des pays d’accueil.

Monsieur Naïr a-t-il oublié ce qu’il advint de la « perle de l’Orient », le Liban, lorsque l’équilibre démographique et religieux fut rompu, alors que ses populations avaient la même origine ethnique ?

Sami Naïr admet néanmoins qu’il y a eu un amalgame de la « peur de l’étranger », la crise économique et d’autres facteurs utilisés par des mouvements contestataires xénophobes pour affaiblir les partis politiques traditionnels, aboutissant à des conséquences dramatiques. Il nous faut le rassurer, leur passé, prouve à satiété que la France et l’Europe, sont probablement les seules régions d’Europe, qui n’ont pas eu peur et qui n’ont pas « peur de l’étranger », au contraire de ce que prétendent les médias et certains lobbies, comme le prouve, une fois encore, la générosité actuelle du continent européen.

Il est certainement temps d’expliquer à notre sociologue qu’il existe une différence majeure, entre gentillesse et faiblesse, entre tolérance et décadence.

Pour finir, notre interlocuteur s’en prend à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Il juge en effet que sa Commission n’est « pas à la hauteur de la tâche » !

Ainsi donc à ses yeux, il n’est de grâce pour personne, alors même que le Président de la Commission européenne est fréquemment l’objet d’attaques de nombre de réseaux populistes ! Ainsi donc l’Europe n’en ferait jamais assez !

Et l’accueil qu’elle lui réserva, au travers de la France, sa terre d’accueil, devrait être généralisé sans limite, au risque de disparaître, sinon de connaître, un conflit généralisé ?

Enfin, Sami Naïr considère que « la seule façon d’assurer que l’Europe ne soit pas perdue est de recommencer à zéro. Pas d’un point de vue économique, mais d’un point de vue politique, il faut construire une union politique entre les États européens, avec des objectifs politiques communs bien définis et en incluant ceux qui veulent être impliqués et en laissant derrière ceux qui ne le veulent pas. C’est la seule solution. »

De telles propositions fumeuses – et qui attestent que son passage au Parlement européen ne lui a pas permis de saisir la subtilité des négociations européennes – laisseraient pantois, si elles ne semaient des ferments de division et d’affrontement, dont l’Europe n’a nul besoin en ce moment !

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.

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