11 mai 2019

Jacques Bainville, la politique au fil de l’histoire (II)

Par Aristide Leucate

Or, n’entend-on pas, ici où là, notamment à gauche, des propos aigre-doux qui rappellent l’époque de la Revanche ? S’il faut craindre de raviver une germanophobie anachronique, encore doit-on également se garder d’une germanophilie subite, passionnelle et donc nécessairement évanescente.

« On se repent souvent à loisir de ce que la passion fait faire avec précipitations et on n’a jamais lieu de faire de même des choses à quoi l’on est porté par des considérations raisonnables », observait Richelieu dans son Testament politique.

En dépit du ralliement de Bainville à la cause germanophobe d’Action française, celui-ci n’en préconisait pas moins d’agir raisonnablement à l’égard de l’Allemagne : « La France est le plus sociable de tous les peuples. Il le faut bien pour qu’à certains moments nous ayons eu, et assez longtemps, l’Allemagne elle-même dans notre alliance et dans notre amitié ».

Il y aurait mille choses à dire sur l’actualité de Bainville, tant sa clairvoyance en fait un auteur incontournable. À l’heure où le capitalisme mondialisé connaît la crise la plus grave de son histoire, Bainville, rétrospectivement nous éclaire sur cette constance de la « Forme-Capital », selon l’heureuse expression d’Alain de Benoist, à savoir sa dépendance à l’argent.

« La crise du capitalisme n’est qu’un manque d’argent » écrivait Bainville dans Candide (1936), tandis que nous nous focalisons davantage sur ses manifestations. Cette crise du crédit qui frappe les États d’Europe, jusqu’à la quasi-banqueroute, Bainville l’avait décrit dans un article paru dans La Liberté (10 octobre 1931) : « crédit vient de croire ; eh bien ! il ne faut croire qu’à bon escient. On n’a pas le droit d’errer à ce point-là. Ou bien crédit ne veut rien dire que jobardise, manque de jugement, imprévoyance et incapacité. »

La seule question qui vaille, aujourd’hui, Bainville l’avait déjà posée lorsque l’onde de choc du krak boursier américain de 1929 atteignit la France et l’Europe à l’orée des années trente : « en ce moment, la situation est à peu près la même. Les dépenses de l’État excèdent les facultés du pays. Il s’agit de savoir pendant combien de temps l’État pourra continuer » (L’Action française, 19 février 1933).

De même, à l’heure où l’on mène « la guerre aux riches », le choix des uns de les taxer jusqu’à la spoliation interroge sur les limites du civisme fiscal : « le jour prochain où l’atmosphère sera tout à fait irrespirable pour ceux qui produisent des richesses, rien ne pourra empêcher [qu’ils] s’en aillent. Il y a un moment où le civisme ne lie plus, où le patriotisme ne retient plus » (L’AF, 14 février 1928).

Bainville, constatant que « les civilisations sont périssables », n’en relevait pas moins que « la supériorité des Occidentaux [sur] les peuples de couleurs tient en dernière analyse, au capitalisme, c’est-à-dire à la longue accumulation de l’épargne. »

Foin d’ethnocentrisme, mais froide analyse d’un mouvement historique annonciateur du déclin des Européens. C’est parce que « la civilisation moderne, dans son développement mécanique, exige d’abord des capitaux (…), de vastes capitaux pour monter des usines (…), former des savants, des ingénieurs » (Le Capital, 25 novembre 1927), qu’elle s’écroulera sous le poids d’un capitalisme de plus en plus pachydermique et technicien.

C’est d’ailleurs le génie indiscutable de Bainville que d’avoir mis à jour les liens nécessaires unissant machinisme et capitalisme : « les inflations monétaires et les inflations de crédits n’ont-elles pas servi à suréquiper et à suroutiller le monde, ce qui a eu pour conséquence de surproduire ? » (Le Capital, 7 juillet 1932).

En ce sens, Bainville sera le précurseur de Jacques Ellul qui dénoncera le système technicien et ses dérives. Bien plus, en s’inquiétant de savoir si « l’humanité [n’aurait] pas anticipé sur ses véritables ressources », notre Cassandre ferait presque figure de « décroissant ».

En outre, preuve de la dénaturation profonde du socialisme (ce qui allait, sans doute, expliquer la scission du mouvement lors du Congrès de Tours, en 1920), Bainville ne peut s’empêcher de noter que socialisme et capitalisme sont, au fond, les deux faces d’une même médaille : « Le capitalisme qui désespère de son titre n’est pas dans un état d’esprit différent de celui du socialiste qui attend “l’éboulement” et la “lutte finale”. »

En somme, de tout ce qui précède, nihil novi sub sole.

Histoire de France de Jacques Bainville aux éditions Godefroy de Bouillon (2000).

Histoire de France de Jacques Bainville aux éditions Godefroy de Bouillon (2000).

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