10 septembre 2018

Le Grand Épuisement français et européen : réalité ou intox ?

Par Aristide Leucate

« Si je constate, affligé et impuissant,
la grande fatigue de mes contemporains,
je n’y souscris guère, néanmoins, à titre personnel 
»

Entretien avec Aristide Leucate, auteur du Dictionnaire du Grand Épuisement français et européen (Éd. Dualpha)

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul.

 Dictionnaire du Grand Épuisement français et européen, Aristide Leucate (Éd. Dualpha).


Dictionnaire du Grand Épuisement français et européen, Aristide Leucate (Éd. Dualpha).

Votre Dictionnaire du Grand Épuisement français et européen s’inscrit, semble-t-il, dans la poursuite de votre Détournement d’héritages (L’Æncre, 2013)… Pourquoi un dictionnaire ?

La forme du dictionnaire présente l’indéniable l’avantage d’embrasser le plus largement possible un sujet déterminé sans l’enserrer dans le carcan d’un plan en plusieurs parties qui oblige, nécessairement, à dégager une ou deux idées générales. L’exercice du dictionnaire est libre en ce sens que vous pouvez y mettre toutes les occurrences et définitions que vous voulez, sans jamais prétendre à l’exhaustivité. Mon dictionnaire ne prétend d’ailleurs pas à la complétude et, à partir de plusieurs thématiques classées alphabétiquement, je me suis efforcé de dégager les grands traits de ce que j’appelle précisément, le Grand Épuisement.

Le titre emprunte pour beaucoup au « Grand Remplacement » de Renaud Camus, non ?

C’est vrai, mais c’est à dessein car j’ai souhaité mettre l’accent sur un phénomène de grande ampleur qui, à l’instar des grandes migrations planétaires déséquilibrant les grands écosystèmes étatiques et continentaux, affecte en profondeur les ressorts anthropologiques et culturels de la civilisation européenne et de la France en particulier.

Vous introduisez votre ouvrage par un solide avant-propos qui semble donner le ton à l’ensemble des presque 400 pages qu’il contient…

C’est ce propos introductif qui relie l’ensemble et lui donne sa cohérence. Je traite aussi bien de Macron que de Hollande, mais aussi de décentralisation, de démocratie, du féminisme, du catholicisme, de la Corse, de la laïcité ou du football qui sont des marronniers médiatiques ou qui ont pu faire l’actualité à un moment donné, mais qui prennent une coloration spécifique à la lumière du concept de Grand Épuisement et l’illustre à leur manière.

À vous lire, d’ailleurs, on a le sentiment assez net que ce concept fait directement écho à celui de « peuple en dormition » forgé par Dominique Venner. La différence fondamentale tient cependant au fait que le regretté historien était bien plus optimiste que vous ne l’êtes, ce qui ne manque pas d’être paradoxal dans la mesure où vous vous référez beaucoup à Charles Maurras qui semble être votre maître. Or, celui-ci ne disait-il pas que « le désespoir en politique est une sottise absolue » ?

J’ai été marqué par deux évènements récents qui ont, en effet, douché mes dernières illusions. Le premier, auquel j’ai participé (goûtant, pour la première fois de ma vie, les « joies » de la promiscuité moutonnière des manifestations de masse) fut les fameuses « manifs pour tous » en janvier, mars et mai 2013. J’ai pensé – naïvement, faut-il croire – que, le mouvement se durcissant, cette opposition au mariage des homosexuels ne serait que l’alibi à une lame de fond qui, à la manière d’un tsunami allait faire vaciller le pouvoir sur ses bases et entraîner du même coup une remise à l’heure des horloges sociales et sociétales déréglées depuis Mai 68. J’avais été spécialement frappé par les slogans littéralement syndicalo-révolutionnaires scandés et brandis par les manifestants. Las. Quel candide avais-je été… Vous connaissez la suite. À l’approche des premiers rayons de l’été, le mouvement s’étiola et chacun rentra dans le rang. Je me suis dit que quelque chose était cassé. Le Pouvoir avait eu raison de tenir sans plier, non pas tant à cause de la certitude d’avoir raison, mais bien parce qu’une meute gavée et repue ne peut faire sérieusement la révolution. À ce propos, il me revient à l’esprit cette réplique de Klaus Kinski lancée à Alain Delon dans Mort d’un pourri, ce polar génialissime de Georges Lautner magnifiquement dialogué par un Michel Audiard qu’on n’avait plus vu aussi bien inspiré depuis Le Président avec Jean Gabin : « L’essentiel est de construire, de produire, de donner aux veaux ce qu’ils désirent, à bouffer, à boire, à baiser, à partir sur l’herbe le samedi. Avec quelques transhumances en altitude l’hiver. »

Et le second évènement ?

Cette fois, je n’y étais pas et pour cause, m’étant juré, au lendemain des « manifs pour tous », qu’on ne m’y reprendrait plus. Le second évènement, donc, fut cette manif monstre organisée en janvier 2015 par le Pouvoir après la tuerie de masse qui décima la moitié de la rédaction de Charlie-Hebdo. Je me suis alors demandé qu’est ce qui pouvait pousser des milliers de gens à défiler dans la rue, qui plus est derrière un gouvernement socialiste de plus en plus impopulaire et déconsidéré dans les sondages (à en croire les instituts spécialisés éponymes), pour honorer la mémoire d’un journal qui, précisément, faisait profession de célébrer à chaque numéro, toutes les antivaleurs ayant justement conduit à ces attentats qu’ils dénonçaient si bruyamment à coups de bisous et de slogans mièvres et débilitants. J’en ai conclu que non seulement quelque chose s’était brisé dans les ressorts de notre société, mais encore, pis, que c’était irrémédiable.

Les mots que vous employez sont durs : « peuple aboulique », « ataraxie d’un peuple faible et fatigué ». Vous fustigez, par surcroît, une certaine soumission à l’islam. Pourquoi tant de haine, serait-on tenté de vous dire ?

Je ne suis aucunement animé par la haine, la plus mauvaise et la plus sotte des conseillères pour l’intellectuel que je m’essaye d’être. Toutefois, il est vrai que ce livre a été écrit les tripes à l’air comme pouvait dire un Céline ou je ne sais plus quel auteur. Si la polémique n’est jamais loin, c’est parce qu’elle est ma plus précieuse alliée pour approcher le feu ardent d’une vérité qui, sans cela, aurait eu tôt fait de me consumer. Le ton du livre vous paraît pessimiste, pourtant, je vous assure qu’étant plutôt un amoureux de la vie, ce n’est pas tant une morbide tentation suicidaire qui me guide qu’un désir inassouvi d’idéal que notre triste monde a enseveli, en chacun d’entre nous, sous les immondices du matérialisme et du consumérisme. Si je constate, affligé et impuissant, la grande fatigue de mes contemporains, je n’y souscris guère, néanmoins, à titre personnel.

Dictionnaire du Grand Épuisement français et européen, Aristide Leucate, Éd. Dualpha, 398 pages, 33 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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