3 octobre 2019

Le malaise bloquiste

Par Rémi Tremblay

Une fois n’est pas coutume et pour une fois, la campagne électorale canadienne nous a réservé des surprises de taille. Il n’est pas ici question des fameux « blackfaces » de Justin qui ont fait les manchettes à travers le monde et qui n’ont fait que prouver l’hypocrisie de celui qui qualifie tous ses opposants de « suprémaciste blanc ». Non, la principale surprise de cette campagne est le réalignement du Bloc québécois, son retour aux fondamentaux après des années d’errements.

Il semble qu’après avoir accumulé les défaites cuisantes depuis 2011, les dirigeants du Bloc québécois, principal parti souverainiste se présentant au niveau fédéral, aient décidé de tourner la page sur la recette de leur déconfiture qui consistait en un programme clairement ancré à gauche, avec quelques accents souverainistes pour satisfaire un électorat s’éloignant de plus en plus.

En 2019, le chef Yves-François Blanchet a décidé de tenter sa chance, non pas en appuyant un programme qui fait l’unanimité chez les journalistes et les bobos, minorité très vocale, mais surtout très minoritaire, mais en prenant le pouls du Québec et en y allant avec des propositions dans l’air du temps quitte à choquer certains journalistes de Radio-Canada.

Ainsi, après avoir renié tout nationalisme, le Bloc revient en force avec un discours qui se veut populaire et nationaliste. Les affiches parlent d’appui à la Loi 21, qui interdit les symboles religieux dans certains domaines de la fonction publique, mais aussi de lutter contre l’immigration illégale, en fermant notamment le fameux Chemin Roxham, porte d’entrée béante au Canada depuis quelques années.

Le 24 septembre, on allait encore plus loin avec non seulement l’exigence de la maîtrise du français pour obtenir la citoyenneté, mais un message d’appui aux communautés francophones hors Québec, une cause que les nationalistes ont toujours eu à cœur, mais qui a été lâchement abandonnée au profit d’une optique provinciale et géographique par les néonationalistes civiques du Parti québécois.

Seulement voilà, si ces propositions séduisent, il est impossible de ne pas ressentir un certain malaise en les entendant. Elles sonnent faux, aussi faux que les raps produits dans les années 90 par les bonzes du gouvernement pour faire passer leur message aux jeunes.

Quand le Bloc y va de propositions populaires, sinon populistes, on a du mal à y croire. L’exemple de Jean-François Lisée qui était parvenu à se hisser à la tête du Parti québécois grâce à une plateforme identitaire avant de faire un virage à 180 degrés aussitôt élu doit servir de leçon. Le proverbial chat échaudé ne veut se refaire avoir une seconde fois.

Les stratèges du Bloc ne sont pas aveugles et comprennent que le paradigme politique a changé et comprennent bien ce que le peuple veut. Mais peut-on faire confiance à ceux-là mêmes qui ont fait du Bloc québécois un parti gauchiste arborant un fleurdelisée pour mieux vendre sa salade ?

C’est peut-être une réflexion cynique que de penser que la rémission du gauchisme, « maladie sénile » pour reprendre les termes de Lénine, est impossible, mais tout cela sent la récupération. Les Bloquistes ont constaté que la Coalition avenir Québec avait remporté les élections québécoises en changeant de cap et en axant sur l’identitaire et ils aimeraient eux aussi profiter de ce nordet qui semble prendre de la puissance. Voilà le fin mot sur ce « nationalisme décomplexé » qui ne semble ni vraiment décomplexé, ni vraiment nationaliste.

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