5 septembre 2018

L’accord secret de Baden-Baden

Par Jean-Pierre Brun

Henri-Christian Giraud est un garçon opiniâtre. Après avoir traité des relations contre nature entre de Gaulle et Staline pendant la IIe Guerre Mondiale (De Gaulle et les communistes, paru chez Albin Michel en 1988 et 1989), il approfondit ses recherches à partir d’un événement aussi inattendu qu’imprévisible : l’escapade du général en Allemagne, le 29 mai 1968.

L’accord secret de Baden-Baden, Henri-Christian Giraud.

L’accord secret de Baden-Baden, Henri-Christian Giraud.

Ce jour-là, certains observateurs ne manquèrent pas d’assimiler cette folle équipée, à la fuite de Louis XVI, arrêté inopinément à Varennes. Des grincheux souligneront que le roi n’aurait pu disposer, au mieux, que de l’invention des frères Montgolfier, trop récente d’ailleurs pour être opérationnelle, alors que le Général n’avait qu’à emprunter un quelconque hélicoptère pour gagner Coblence, pardon, Baden-Baden (lapsus révélateur).

Et pourtant ! Si nos distingués « politologues » d’alors avaient lu « Vers l’Armée de métier », ils auraient pu y découvrir l’une des clés de l’opération : « La ruse doit être employée pour faire croire que l’on est où l’on n’est pas, que l’on veut ce que l’on ne veut pas. La surprise, il faut l’organiser, non seulement grâce au secret observé dans leur propos, ordres et rapports par ceux qui connaissent et décident, ou par la dissimulation des préparatifs, mais aussi sous le couvert d’un épais voile de tromperie ».

Le recours à ce procédé, n’aurait dû d’ailleurs surprendre personne eu égard à ses précédentes mises en œuvre, que ce soit à l’occasion des accords secrets de 1941 et de 1945 entre le chef de la France Libre et Staline (dans le dos des alliés britanniques et américains, bien évidemment) ou encore lors du traitement du dossier algérien grâce auquel de trop rares puristes découvrirent la pleine signification du mot « palinodie ».

Lorsque se referme ce livre, on mesure pleinement la richesse et la variété des artifices fumigènes gaulliens utilisés pour masquer une progression aussi tortueuse qu’inavouable aux yeux de ses adversaires plus ou moins affichés, et bien pis, à ceux de ses fidèles les plus sûrs qui s’entêtent à le prendre pour un homme de droite, farouchement anticommuniste.

Contrairement aux idées reçues, le saut de puce en Bade-Wurtemberg n’avait pas pour but de s’assurer auprès de Massu, de la fidélité de ses troupes. À la suite de la visite au commandement français à Baden-Baden, du maréchal Kotchevoï, commandant en chef des troupes soviétiques en Allemagne de l’Est, il s’agissait d’obtenir la confirmation indispensable à la poursuite de la partie de poker menteur entreprise : l’interdiction faite par l’URSS au Parti Communiste Français, de jouer la carte de la révolution pour abattre le régime.

Henri-Christian Giraud en véritable mosaïste, assemble méthodiquement les centaines de détails puisés aux meilleures sources historiques, pour réaliser une fresque éblouissante sur les relations complices gaullo-soviétiques. Éblouissante, car il faudrait un bandeau sur les yeux pour ne pas voir cette collusion permanente entre le général et Moscou.

Déjà le 13 décembre 1942, rencontrant à Londres l’ambassadeur soviétique Maïski, ne lui avait-il pas confié : « De tout mon cœur, je souhaite que vous soyez à Berlin avant les Américains ». Inconstant, De Gaulle ? Allons donc…

Constance qui conduit d’ailleurs Raymond Aron à écrire : « À aucun moment, le PCF et la CGT n’ont poussé à l’émeute, à aucun moment ils n’ont voulu abattre le pouvoir gaulliste, dont la politique étrangère comble leurs vœux et qui permet leur investissement progressif de la société française. »

Une politique étrangère française qui comble les vœux des communistes… Comme vous y allez ! Sceptique ? Voyons plutôt la suite…

Le 21 août 1968, vingt-quatre divisions des troupes du Pacte de Varsovie entrent en Tchécoslovaquie pour y rétablir l’ordre soviétique. Le président de la République française qui, ès qualités, ne réagit pas à l’événement, confiera trois jours plus tard à Olivier Wormser, l’ambassadeur de France à Moscou : « C’est une querelle entre communistes et après tout je m’en bats l’œil. »

Les malheureux praguois auraient été ravis de l’entendre. Ils en prendront pourtant conscience en découvrant le toast de bienvenue à Vladimir Kiriline, vice-président du Conseil des ministres de l’URSS, porté par le Grand Charles, le 7 janvier 1969 : « C’est donc de grand cœur, Monsieur le Président, que je lève mon verre en votre honneur […] en l’honneur de L’Union soviétique. Je vous demande de trans mettre à MM Brejnev, Kossyguine et Podgorny, le salut de ma haute considération et mon cordial souvenir. »

Mais n’était-ce pas là ce qu’on appelle vulgairement un « renvoi d’ascenseur » ?

Ami Giraud, merci pour cette contribution importante au rétablissement de la vérité, encore qu’il faille la prendre avec des pincettes si l’on en croit la confidence faite par Le Général à son mémorialiste préféré : « Ah, Peyrefitte, méfiez-vous de la vérité ! Moi je feins de feindre pour mieux dissimuler. »

Français, Françaises, vous m’avez compris !

L’accord secret de Baden-Baden, Henri-Christian Giraud, Éditions du Rocher, 577 pages, 24 euros.

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