9 mars 2019

Gilets Jaunes : de l’incohérence démocratique à l’essoufflement

Par Franck Abed

Avant même la première manifestation des Gilets Jaunes, il était prévisible que ce groupement polymorphe n’apporterait aucun changement politique significatif. Dans un précédent article (1), j’avais relevé leurs incohérences intellectuelles et doctrinales. Je ne les répéterai pas. Cependant je me permets d’ajouter de nouveaux éléments pour approfondir le cadre de ma réflexion.

Gilets jaunes

Depuis octobre 2018 ce mouvement social, présenté par les médias comme spontané, a toujours été ultra-minoritaire. Je ne communie pas à la démocratie. Je ne pense donc pas que la majorité détient la vérité. Cependant, dans nos sociétés démocratiques et libérales, le nombre reste souvent un critère important voire absolu pour déterminer qui a raison. Selon les chiffres délivrés par le Ministère de l’Intérieur, il y avait 290 000 Gilets Jaunes dans la rue le 17 novembre 2018, appelé Acte I. Depuis, la mobilisation citoyenne, comme la nomment les principaux concernés, n’a jamais atteint ce chiffre, même si on prend les données indiquées par les Gilets Jaunes eux-mêmes (2). Dans le même ordre d’idée, il suffit de regarder les passants dans la rue ou sous les pare-brise des voitures pour constater que les Français n’expriment pas un soutien franc et massif à l’endroit des Gilets Jaunes.

À toutes fins utiles, je rappelle qu’en France nous sommes 67 millions… 300 000 Gilets Jaunes, en définitive cela ne pèse pas bien lourd, surtout à l’aune de l’échelle démocratique revendiquée par ces mêmes Gilets Jaunes. Ces derniers réclament plus de consultations, plus de votes, ils souhaitent même la mise en place du « référendum d’initiative citoyenne », cette nouvelle tartuferie des temps modernes.

À ce petit jeu-là, car oui la démocratie reste un jeu, un jeu mauvais, mais un jeu malgré tout, ils seront toujours défaits car minoritaires. Concrètement, cette minorité veut être consultée de manière plus régulière, mais si cette espérance venait à être appliquée, ils perdraient constamment à cause de cette incritiquable loi du nombre. Incohérence quand tu nous tiens.

Nul doute que si le RIC était mis en place, les Gilets Jaunes descendraient à nouveau dans la rue pour contester les résultats en leur défaveur, en invoquant tout un tas de prétextes pour justifier leur grogne. On appelle cela le chien qui se mord la queue. En termes plus clairs, le cas précédemment exposé le prouve aisément, la démocratie est comparable à une impasse.

Les Gilets Jaunes et leurs partisans nous expliquent qu’ils reçoivent le soutien d’une majorité de Français. Pour défendre cette position, ils s’appuient sur des sondages… Magnifique argument auquel nous ne pouvons souscrire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les instituts de sondages peuvent bien dire ce qu’ils veulent. Personne ou presque ne peut vérifier et valider la ou les méthodes utilisées. Ensuite, ces mêmes instituts se sont tellement trompés par le passé, qu’il nous paraît bien difficile de s’y fier. Enfin, ils indiquent clairement aujourd’hui que les Français ne les soutiennent plus. Quoi qu’il en soit, les Français n’ont jamais adhéré massivement aux Gilets Jaunes, et si cela avait été le cas, la faveur dont ils jouissaient est définitivement passée.

Il existe une ambiguïté que les opposants caricaturaux au système n’arrivent pas à lever. Ces derniers, membres de groupes extrêmes (gauche et droite confondues), nous expliquent constamment que les médias – comprendre : journaux, radios, télévisions, instituts de sondages – sont proches du gouvernement, voire qu’ils travaillent directement pour lui.

Dans ce cas, comment expliquer que des organes aux mains du Pouvoir (par exemple BFM-TV) aient passé énormément de temps à consacrer des reportages, des unes, des entretiens, etc. à un mouvement qui le conteste ? Ce serait quand même curieux, qu’un gouvernement fasse de la publicité pour un adversaire, non ? À lire et à écouter certains, il paraît que tout est possible dans la France d’après…

J’étais à Paris le 1er décembre 2018, lors de l’Acte III, dans le cadre d’une dédicace. Une fois la séance de signatures terminée, j’ai rallumé mon portable. J’avais plusieurs messages vocaux. Je les ai écoutés. Mes proches se montraient « terriblement inquiets » à cause des images vues à la télévision. Pourtant, je me trouvais à moins de deux kilomètres des Champs-Élysées. L’atmosphère dans les rues de Paris était calme, paisible, familiale. J’ai constaté, en direct si je puis dire, l’impact des images et la puissance médiatique qui pouvaient faire croire que la capitale vivait des épisodes de « guerre civile ». Je ne parlerai pas – pour ce sujet précis – de propagande médiatique, mais simplement de sensationnel qui permet d’augmenter les audiences et de vendre du papier.

Si les médias étaient strictement tenus par les institutions républicaines, ils auraient reçu l’ordre de ne pas relayer les différentes actions des Gilets Jaunes, les bavures et les excès des forces de l’ordre etc.

De même, les différents éborgnés par les LBD (2) n’auraient pas eu voix au chapitre dans les médias pour se plaindre et crier leur souffrance. En 1942, Radio Paris ne donnait pas la parole aux Résistants…

Contrairement aux élucubrations ou aux fantasmes des extrémistes de tous bords, jamais les Gilets Jaunes n’ont été en mesure de déstabiliser le régime macronien. Pour renverser un gouvernement, hormis à de rares exceptions, il faut un chef, une doctrine claire, une organisation (cadres et militants), de l’argent, des relais médiatiques, un soutien populaire… Tout cela a manqué aux Gilets Jaunes et manquera demain.

L’ensemble des personnes qui voyaient Macron et Philippe tomber suite à l’action des Gilets Jaunes ont oublié (ou méconnaissaient) l’adage suivant : « La République gouverne mal, mais se défend bien. »

La France est l’un des plus vieux pays au monde, elle possède l’arme nucléaire, un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, des services spéciaux très efficaces (quoique en disent ceux qui ne connaissent pas le sujet). Il était plus qu’illusoire d’estimer que les Gilets Jaunes bouleverseraient l’ordre établi, alors qu’à bien y réfléchir, ils s’en satisfaisaient pleinement. Les choses ont commencé à se gâter, quand le portefeuille fut entamé par la hausse des taxes, la difficulté de trouver un travail et de se loger… Que des choses très individuelles. C’est vrai que la souveraineté de la France, en comparaison, ne compte pas.

Ce mouvement s’essouffle car il ne répond pas aux nombreux défis de notre époque. De plus, il a échoué dans sa volonté de convaincre les Français et d’obtenir gain de cause. La détresse réelle de ces Français ne peut que toucher les cœurs sensibles. Cependant, les bons sentiments ne doivent pas nous détourner des réelles questions politiques qui, en réalité, ne sont nullement abordées par les Gilets Jaunes.

Depuis l’Acte I, la France n’a été que très peu abordée. Pourtant elle demeure notre patrimoine commun, qui nous unit et nous dépasse. Elle était là avant nous, et j’espère qu’elle sera encore là quand nous aurons quitté ce bas monde. Rien n’est moins sûr malheureusement, car notre pays se trouve attaqué de toutes parts. Qui le mentionne ? Presque personne car beaucoup s’en contrefichent…

 Notes

  • Les Gilets Jaunes et l’incohérence démocratique, publiée dans mon site en décembre 2018.
  • Le nombre Jaune, nom du compte sur Facebook.

(3) Un lanceur de balles de défense (LBD), dont le plus connu est celui fabriqué et commercialisé sous la marque Flash-Ball par le fabricant Verney-Carron, est, selon la terminologie de l’administration française, une « arme sublétale » utilisant un projectile conçu pour se déformer/s’écraser à l’impact et limiter le risque de pénétration dans un corps vivant, mais avec une puissance d’arrêt suffisante pour dissuader ou arrêter un individu. Selon différentes sources, le système LBD peut présenter à courte distance des effets traumatiques dont la sévérité peut entraîner des lésions graves pouvant être irréversibles voire mortelles.

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