Quand j’écrivais que la roche TarpĂ©ienne Ă©tait proche du Capitole, je n’avais nulle intention de prophĂ©tiser, et je n’exprimais point un souhait Ă  l’encontre de François Bayrou, malgrĂ© les griefs que mes amis ont contre lui pour avoir trahi l’entitĂ© BĂ©arnaise au bĂ©nĂ©fice de l’utopie Occitane. Mais c’est donc un Occitan et non un BĂ©arnais qui vient d’ĂȘtre manƓuvrĂ© par Macron, car malgrĂ© quelques habiletĂ©s linguistiques, et ses incroyables marques de fidĂ©litĂ© au prĂ©sident de la RĂ©publique, la situation est celle-ci : aprĂšs s’ĂȘtre garanti le vote centriste, au cas oĂč il eut Ă©tĂ© important, Bayrou est aujourd’hui totalement inutile au chef de l’État, et comme ses prĂ©tentions l’amĂšneraient Ă  quelques rĂ©serves, il serait plutĂŽt gĂȘnant. Mieux vaut donc s’en dĂ©barrasser, en sachant que pour faire bonne figure, Bayrou est obligĂ© de dire que la dĂ©cision vient de lui-mĂȘme.

Bien sĂ»r, les journaux centristes ont suivi : le retour du Maire de Pau dans la charge qu’il dĂ©sirait quitter, est commentĂ© comme Ă©tant pour lui une grande joie, et pour la ville de Pau une chance ineffable ! Le papier supporte tout !

En fait, je crois que nous assistons Ă  la « seconde mort » du Modem, que Bayrou a tentĂ© de faire renaĂźtre de ses cendres ; mais n’est pas le PhĂ©nix qui veut : les gens du Modem ne tiennent leur Ă©lection que par le fait de s’ĂȘtre prĂ©sentĂ©s sur la vague Macron. C’est-Ă -dire que demain, s’il leur fallait choisir entre un Modem d’opposition et un Modem de servilitĂ©, ils choisiraient de changer d’étiquette pour devenir entiĂšrement macronistes.

Ils ne seraient pas les seuls Ă  aller Ă  la soupe. Pour quelques socialistes, rien de plus normal que de se dĂ©couvrir macronistes pour survivre. Mais les « rĂ©publicains », eux, pouvaient constituer une opposition solide en attendant les jours meilleurs. Cependant, Ă  voir Monsieur Lemaire qui, aprĂšs avoir affirmĂ© que le projet de Macron Ă©tait « une coquille vide », s’y est subitement converti, il est permis de penser que l’agenouillement est une tendance importance dans ce parti.

Comme les rĂ©giments avaient leurs « Saute-au-rabbe », la politique a ses morfals qui sont prĂȘts Ă  tout pour briller. À ces ambitieux de vanitĂ©s, Cyrano faisait dire : « Ô pourvu que je sois dans les petits papiers du Mercure François ! », car Ă©videmment, l’entourloupe est d’abord portĂ©e par la presse rĂ©gimiste.

Il sera intĂ©ressant de voir l’évolution de la presse paloise, et tout particuliĂšrement celle du quotidien L’Éclair, devenu, semble-t-il, la caution dĂ©mocrate-chrĂ©tienne des loges.

Si les Ă©vĂ©nements deviennent ce que je pense, il sera plaisant de comparer ce que les chroniqueurs de L’Éclair Ă©crivirent ces derniers mois, et ce qu’ils Ă©criront pour prendre le vent. Faites-vous des archives : histoire de savoir comment tournent les girouettes.

Curieusement, dĂšs l’élection de François Hollande, soutenu, par François Bayrou, Monsieur Marziou, rĂ©dacteur en chef Ă  L’Éclair, qui plaçait mes articles en bonne place, et parfois mĂȘme avec encadrement, n’en accepta plus un seul. Ainsi, des 45 premiers articles consĂ©cutifs que j’ai livrĂ©s Ă  Internet depuis, pas un seul ne fut retenu ! Il est plaisant aprĂšs cela d’entendre Bayrou revendiquer le droit sacrĂ© Ă  la parole !

Je ne rĂ©siste pas au plaisir de citer les propos du rĂ©dacteur en chef du New York Times, lors de la petite fĂȘte organisĂ©e pour son dĂ©part Ă  la retraite. À l’invitĂ© qui dĂ©sirait faire porter un toast Ă  la libertĂ© de la presse, il dĂ©clara : « Quelle folie de porter un toast Ă  la presse indĂ©pendante ! Vous le savez. Je le sais. Personne parmi vous n’oserait publier ses vĂ©ritables opinions, et s’il Ă©tait tentĂ© de le faire, elles ne seraient jamais imprimĂ©es. On me paie 250 dollars par semaine pour tenir mes vraies opinions en dehors du journal. Certains parmi vous reçoivent la mĂȘme chose pour le mĂȘme travail. Si j’autorisais la publication sincĂšre sur n’importe quel numĂ©ro de mon journal, je perdrais ma place dans les 24 heures !

Un homme assez fou pour publier une opinion sincùre se trouverait vite à la rue à la recherche d’un autre emploi !

Le rĂŽle d’un journaliste de New York est de dĂ©truire la vĂ©ritĂ©, de mentir radicalement, de pervertir, d’avilir, de ramper aux pieds de Mammon, de se vendre, de vendre son pays et son peuple pour son pain quotidien ! Alors, quelle folie de porter un toast Ă  la presse indĂ©pendante !

Nous sommes des ustensiles et des vassaux d’hommes riches qui commandent dans la coulisse. Nous sommes leurs pantins. Ils tirent les fils et nous dansons. Notre temps, nos talents, nos vies sont la propriĂ©tĂ© de ces hommes. Nous sommes des prostituĂ©es intellectuelles ! »

Les pompes et les Ɠuvres des financiers des États-Unis mettent prĂšs de 20 ans pour franchir l’atlantique et faire la loi en Europe. Or, le texte citĂ© date de 1914. Nous saurons donc trĂšs vite si Monsieur Macron est un accĂ©lĂ©rateur de dĂ©cadence ou un restaurateur. Quand on a entendu le candidat Ă  la prĂ©sidence estimer que la France « colonialiste » Ă©tait criminelle, on peut tout craindre. Moi je me souviens qu’il y a 50 ans, Charlotte Senghor me disait : « Vous n’auriez pas dĂ» nous donner sitĂŽt l’indĂ©pendance ! Dans 50 ans peut-ĂȘtre ! »

Or, comme l’a dit Poutine, dans ces 50 derniĂšres annĂ©es, la France est devenue « la Colonie de ses colonies ». Les nouveaux Ă©lus s’en accommoderont-ils ?

Pour nous, comme le recommandait PĂ©guy, il ne nous reste que le pouvoir de « gueuler » la vĂ©ritĂ©. Mais bien sĂ»r, pour cela, on prend des risques


N’étant qu’un paysan, c’est-Ă -dire un ĂȘtre vouĂ© de toute façon par Charles De Gaulle Ă  l’extermination, je prends les miens.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Alexis Arette

PrĂ©sident FĂ©dĂ©ral de la Jeunesse Agricole catholique a 18 ans, titulaire de nombreux prix de poĂ©sie, Combattant vo­lon­taire en Indochine. EmprisonnĂ© pour cause d’« AlgĂ©rie Française », il le sera Ă  nouveau, en tant que PrĂ©sident National de la FĂ©dĂ©ration Française de l’Agriculture, pour s’opposer Ă  la mise en ser­vi­tude des paysans français. Auteur de nombreux livres d'histoire, de poĂ©sie et sur la religion.

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