15 mai 2018

Plus c’est gros, plus c’est con, mieux ça passe !

Par Bernard Plouvier

La chienlit française de 1968 débute par une succession de hasards, par l’effet de quelques meneurs non prévus par les organisateurs de la Tricontinentale et surtout de l’incompétence et de la lâcheté des autorités de l’État.

Mai 68. Nuit d'émeutes

Mai 68. Nuit d’émeutes.

Depuis 1967, quelques poignées d’étudiants gauchistes, trotskistes et autres, organisent des chahuts monstres dans des amphithéâtres de sociologie, où se distingue un petit rouquin dodu, Daniel Cohn-Bendit, archétype de la grande gueule anarchiste, étonné puis ravi de devenir en quelques mois une vedette de la contestation. Il fonde à Nanterre un groupuscule de parole, nommé le Mouvement du 22 mars… là encore, en faire une officine du KGB ou du SR de la RDA est du pur délire.

À l’UNEF, le membre du PSU (un parti vaguement socialiste voué au culte du très riche Pierre Mendès-France) Jacques Sauvageot devient par hasard Président du syndicat. D’autres étudiants, tels Alain Geismar et Jean-Louis Péninou s’essaient aux coups de gueule, comprenant vite le principe de base de la propagande : plus c’est gros, plus c’est con, mieux ça passe.

Les « événements » parisiens – qui vont commander la fronde universitaire, puis ouvrière de l’ensemble du pays – débutent très stupidement le 3 mai 1968, quand le doyen de l’Université de Nanterre décide de fermer boutique, en raison de chahuts ininterrompus depuis six semaines. Les grandes gueules (en version noble : les contestataires) se réfugient à La Sorbonne.

Ce 3 mai, un article signé Georges Marchais (ce qui ne signifie pas qu’il en ait été le rédacteur, le texte est trop bien léché pour cela) dénonce « les faux révolutionnaires », qui « servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes » (paru dans ce phare de la pensée française : L’Humanité). L’ex-ouvrier spécialisé des usines Messerschmitt est devenu le protégé du Bourguignon Waldeck Rochet, alors secrétaire général du PCF.

Ce vendredi 3 mai 1968, à La Sorbonne, environ 400 étudiants hurlent en alternance leur joie et leur fureur, en fonction de ce qu’éructent Sauvageot (UNEF), Weber (Jeunes Communistes Révolutionnaires) et Cohn-Bendit qui ne représente que lui et son groupuscule, venu décharger sa bile sur le PCF. Dans l’après-midi, le recteur demande à la police d’évacuer les contestataires, qui se laissent emmener sans résistance dans une noria de « paniers à salade ». Boulevard Saint-Michel, un crétin (non-étudiant) lance un gros caillou qui blesse grièvement un policier. Dans la soirée, ont lieu de violentes bagarres entre policiers et promeneurs agités.

Le lundi 6 mai, gauchistes, trotskistes et maoïstes dressent quelques barricades au quartier Latin. Ont lieu de très violents affrontements avec la police. Un jeune homme meurt ce jour, près d’une barricade… Officiellement, on classe le décès comme n’ayant rien à voir avec les événements.

Le 13 mai, débute la grève générale des étudiants de France, imposée par la violence aux étudiants qui n’en veulent pas. À la faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille, le dernier cours a lieu le samedi 11 mai, puis la poignée d’étudiants studieux est chassée hors du bâtiment, sans que les appariteurs aient osé remuer le petit doigt.

La chienlit estudiantine débute : assemblées générales pluriquotidiennes, grève des examens (décidée par quelques cancres et acceptée par le troupeau des imbéciles), orgie alcoolique et sexuelle dans les salles de cours et de travaux pratiques, odeur de bière et de haschich. Elle durera jusqu’au début juin, puis les gosses de riches partiront en vacances.

Le 14 mai, débutent des grèves ouvrières « décidées par la base », c’est-à-dire par de jeunes contestataires, qui se moquent des avis des dignitaires de la CGT. Ceux-ci, ahuris d’une telle audace, demandent des ordres à la centrale, où l’on réclame un ordre de la direction du PCF. À la direction moscovite, c’est la stupeur : des gauchistes osent s’en prendre au meilleur allié « bourgeois » de l’URSS, de Gaulle, animé depuis 1942 par sa haine des USA ! Vigier est chassé du PCF durant la 2e quinzaine de mai. Ordre est donné de ne rien faire pour aggraver le désordre.

Du 3 au 11 mai, le Premier ministre, Georges Pompidou, est en balade au Proche-Orient, puis le chef de l’État, Charles de Gaulle, suit son exemple, fuyant Paris du 14 au 18 mai, pour visiter la Roumanie communiste, alors que le pays est en pleine anarchie et que des scènes de guerre civile se déroulent quotidiennement à Paris, où le préfet de police, Maurice Grimaud, un proche de la direction du Parti socialiste, laisse courir les événements, donnant le moins d’ordres possible aux chefs des services de police. L’État n’est plus dirigé ; les Français le comprennent instantanément.

Du 6 au 30 mai, ont lieu de façon quotidienne de très violents affrontements entre une police totalement désorientée par l’absence de direction et des manifestants qui suivent un unique mot d’ordre : Révolution.

Contrairement aux souvenirs mensongers des uns et des autres, l’étude de la presse permet de comptabiliser 6 morts, en plus d’environ 3 200 blessés, deux-tiers de manifestants et un tiers de policiers et gendarmes mobiles. Outre le mort parisien du 5 mai, déjà mentionné, on peut relever deux morts le 24 mai (un manifestant, près de la Bourse de Paris, et un policier à Lyon), le maoïste de 17 ans Gilles Tautin, noyé à Meulan le 10 juin après une charge de gendarmes mobiles, et deux manifestants à Montbéliard, près des usines Peugeot, le 11 juin.

De Gaulle larmoie à la télévision le 24, annonçant un référendum sur la participation, qu’il avait déjà promis lors de la campagne présidentielle de 1965. Le 27 mai, sont signés les accords de Grenelle, entre gouvernement, patronat et syndicaux… dont les grévistes ne veulent pas entendre parler. Il y a environ 3 millions de grévistes volontaires et trois fois autant de sujets privés de leur travail par les très violents piquets de grève. Le 28 mai, François Mitterrand constatant que l’État a démissionné réclame le Pouvoir !

Le 29 mai, de Gaulle fuit par hélicoptère à Baden-Baden, se réfugiant auprès du général Massu qui n’y comprend rien. Il revient dans l’après-midi du 30 mai… alors que la Nation française défile dans toutes les villes de France, pour exiger le retour à l’Ordre. Les bobos-gauchos-friqués ont parlé d’une réaction de peur. C’était peut-être vrai des riches, mais la quasi-totalité des patriotes qui ont manifesté ce jour-là voulaient la fin de la honte (dénommée « chienlit » par de Gaulle, rasséréné par le soutien de la Nation).

L’ordre bafoué par de pseudo-révolutionnaires, des amateurs de grabuge, sans direction ni talent, l’ordre bafoué par la démission de fait de la direction de l’État, fut rétabli par la Nation française et elle seule. Mitterrand et Mendès-France rentrent à la niche.

Pompidou le lamentable fut limogé après les élections qui suivirent la dissolution de la Chambre, décidée le 30 mai, et devint président de la République un an plus tard. La France perdit, durant les vingt années suivantes, les structures de l’État napoléonien, ce qui était indispensable au passage à la globalo-mondialisation, assuré par Mitterrand. Elle y gagna un surplus de grossièreté dans les relations individuelles et collectives, la « libération des mœurs » et le droit à l’avortement de complaisance (remboursé par la SS en 2016).

Dès juin 1968, Brejnev rétablit l’ordre dans les partis communistes occidentaux et les syndicats communistes (dont la CGT). Castro se fit injurier et sa DGI passa sous strict contrôle du KGB, étant désormais dirigée à La Havane par le général Victor Simevo, dépendant directement du patron Youri Andropov.

Durant l’été, le gouvernement tchécoslovaque fut châtié et la population sommée de rentrer dans la stricte obédience moscoutaire. Dès la fin du mois de mai, l’Armée Rouge avait accru ses effectifs en Tchécoslovaquie, tandis que s’agitaient en Autriche une foule d’agents du MI-6, de la CIA et même du SDECE. Du 20 au 22 août, le pays fut occupé par des troupes soviétiques, polonaises et allemandes de l’Est. La Tchécoslovaquie rentra dans le rang du totalitarisme et Brejnev relança la guerre froide, poursuivie jusqu’à la mort de Constantin Tchernenko, en 1985. Le KGB, dirigé par Andropov et successeurs, financera le terrorisme anti-occidental, grâce à un trafic d’opiacés caucasiens, jusqu’en 1985.

Il y a réellement de quoi pavoiser !

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