24 juillet 2017

Pépin en bref

Par Pierre de Laubier

Charles Martel avait partagé son pouvoir entre ses fils, et ceux-ci (sans toutefois abandonner une parcelle de pouvoir) avaient restauré un roi mérovingien, Childéric III. Et quand, en 747, Carloman se retira en l’abbaye du mont Cassin, Pépin se retrouva seul maître. Mais toujours pas roi.

Il écrivit alors au pape Zacharie : « Lequel mérite d’être roi, de celui qui demeure sans inquiétude et sans péril en son logis, ou de celui qui supporte le poids de tout le royaume ? » La réponse était contenue dans la question.

En 751, Pépin déposa Childéric (qui fut tondu et enfermé dans un couvent) et se fit élire roi des Francs par une assemblée des grands et des évêques réunie à Soissons. Et, grande nouveauté, il reçut une onction d’huile, selon un rite inspiré de l’Ancien Testament que le pape Étienne II renouvela trois ans plus tard en la basilique Saint-Denis.

De la part de Pépin, c’était un coup de force qui lui permettait d’évincer les Mérovingiens, dynastie catholique la plus ancienne d’Europe, reconnue depuis 508 par l’empereur. Mais de la part du pape, c’était une manœuvre de haute politique. En effet, seul l’empereur, qui régnait toujours à Constantinople, avait le droit de faire les rois. En reconnaissant Pépin comme roi et plus encore en le sacrant, le pape se posait en égal politique de l’empereur, dont il usurpait une attribution essentielle.

Pour manifester sa gratitude, le nouveau roi s’attaqua aux Lombards, que justement l’empereur mettait trop peu de zèle à combattre aux yeux du pape, qui lui reprochait la même faiblesse à l’égard des Arabes vaincus par Charles Martel. Cette gratitude n’était pas une simple politesse de la part de Pépin : c’était le prix à payer. Ainsi, après avoir enlevé aux Lombards la province de Ravenne, il la remit au pape. Posséder ses propres États assura au pape une indépendance vis-à-vis de l’empereur, mais aussi des autres souverains, à commencer par le roi des Francs lui-même ! Ce n’est pas par hasard que les territoires cédés au pape comprenaient Ravenne, ancienne capitale de l’empire d’Occident. Car, jusqu’au VIIIe siècle, l’élection du pape était précisément soumise à l’approbation de l’exarque de Ravenne.

Rappelons que Constantin, qui a fait de l’Empire romain un empire chrétien, était aussi le fondateur de Constantinople. Ce n’était pas par Rome que l’empire était devenu chrétien, mais par Constantinople. Or, au VIIIe siècle, les différends dogmatiques, et notamment la querelle des images et le Filioque, avaient opposé le pape et l’empereur. En Pépin, le pape trouvait donc un protecteur plus à son gré. Et il s’attribuait de son propre chef une prépondérance qu’il n’avait pas dans l’ancien empire. On fabriqua même pour l’occasion un faux (maladroit dans la forme, mais habile sur le fond) par lequel Constantin aurait autrefois reconnu au pape Sylvestre Ier une primauté sur l’empereur, et qui présentait son départ pour Constantinople comme une sorte d’exil.

Dès lors, le pape cessa de dater ses actes d’après les années de règne de l’empereur, et le fit d’après le règne des rois francs. Cette rupture, qui marque la séparation politique et religieuse entre l’Orient et l’Occident, trouvera son achèvement dans le sacre d’un nouvel empereur : Charlemagne.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusées chaque semaine dans l’émission « Synthèse » sur Radio Libertés.

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