30 septembre 2026

Doit-on réhabiliter Pierre Laval ? (entretien avec Bernard Plouvier)

Par Bernard Plouvier

(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)

Bernard Plouvier vient de publier Pierre Laval l’inusable bouc émissaire (coéditions Déterna-Synthèse, collection « Bio », n°12-13, volume double)

« Faire de Pierre Laval un traître vendu à un pays étranger
est plus qu’une accusation absurde,
c’est une erreur grossière, une faute historiographique gigantesque,
née des calomnies des autres politiciens, de la propagande britannique,
née enfin du tombereau de calomnies de la propagande gaulliste… »

 

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

À quoi bon publier un livre sur le personnage le plus uniformément haï en France, depuis l’année 1940 ? 

Peut-être parce que cette haine, effectivement partagée par la quasi-totalité des auteurs consensuels et des blogueurs du Net – souvent débiles et « blagueurs », on le reconnaît volontiers –, est véritablement absurde par ses exagérations et ses mensonges, au point de n’être devenue qu’un tic rédactionnel dans la saga de moins en moins crédible de la Seconde Guerre mondiale, envisagée du petit côté français de la lorgnette où de Gaulle est le saint, les terroristes communistes des martyrs, Pétain le vieillard vaniteux et gâteux, Laval l’ignoble traître, le truand absolu !

Or, l’on sait que les grands maudits de l’histoire offrent souvent une réalité factuelle et une vérité psychologique complexes, qui n’ont pas grand-chose de commun avec la bouillie journalistique ni même les savantes dissertations des universitaires. Après tout, on sait depuis longtemps que l’Ancien Testament est un tissu de légendes controuvées et un plagiat de textes égyptiens ou mésopotamiens, qu’Hérodote et Jules César trichaient sur leurs chiffres, que Thucydide comme Jules Michelet se sont moqués du bon peuple en mettant dans la bouche de personnages historiques des phrases qu’ils n’avaient pas prononcées, mais qu’ils « auraient dû dire » !

Qu’apporte votre biographie de Pierre Laval ?

D’abord le rappel de son passé politique de militant socialiste qui défendait gratuitement les pauvres et était le conseil préféré des CGTistes de 1909 à 1920, avant de se lasser des querelles dogmatiques issues du Congrès de Tours. Comment, devenu parlementaire, cet homme ne pratique pas l’absentéisme. Comment, maire, il s’occupe activement des problèmes sociaux de sa ville : Aubervilliers, qui n’est nullement une cité de millionnaires ! Comment, très jeune et brillant ministre durant les années Vingt, il se prive volontairement de ses revenus d’avocat en cessant de plaider, une fois devenu Garde des Sceaux, par délicatesse envers les magistrats. Grand connaisseur des dossiers à traiter, comment il réussit généralement dans des fonctions où les rhéteurs dilettantes (un Tardieu, un Herriot ou un Blum) échouent lamentablement.

Pourtant, il était fort discuté !

Oui : il fut toujours, de son enfance à sa mort, coupable du « délit de sale gueule ». Cet homme très intelligent, actif, lucide, était issu du milieu Gitan (ou Rom, comme on voudra), par sa très pieuse mère. On l’a réputé enrichi malhonnêtement et c’était une calomnie répandue par ses ennemis, notamment Léon Blum. Un chapitre du livre détaille la façon méthodique avec laquelle il est parvenu, de façon parfaitement honnête, à l’aisance.

Durant la Seconde Guerre mondiale, fut-il un patriote utile ou un traître « vendu » au Reich ? 

Répondre à cette alternative est le sujet principal de ce livre.

D’abord, il fut toute sa vie un pacifiste et un antimilitariste. C’est d’ailleurs pourquoi, il fut constamment en butte au mépris, voire à la haine du maréchal Philippe Pétain et de son entourage militaire, à l’exception de deux hommes eux aussi maltraités par les historiens : l’administrateur hors pair François Darlan, l’Amiral de la Flotte, et l’anticommuniste viscéral Eugène Bridoux, un excellent cavalier qui connaissait trop bien Charles de Gaulle pour le rejoindre.

En faire un traître vendu à un pays étranger est plus qu’une accusation absurde, c’est une erreur grossière, une faute historiographique gigantesque, née des calomnies des autres politiciens qui enviaient ses succès (les Herriot, Blum, Daladier, Reynaud, Mandel-Rothschild ou Flandin), née aussi de la propagande britannique lors de la Guerre d’Éthiopie, puis entretenue jusqu’à son assassinat juridique, née enfin du tombereau de calomnies de la propagande gaulliste… alors que Laval tenta, de 1942 à 1944, d’épargner la déportation à un maximum de Juifs citoyens français – et, sur ce point, le maréchal Pétain avait fait le même choix : s’engager pour sauver des Juifs citoyens français, sans se soucier des apatrides et des étrangers.

Et la Collaboration !

Si les historiens n’en finissent pas d’agonir la mémoire du couple mal assorti Pétain – Laval à propos de cette Collaboration, que le maréchal préférait dénommer « Réconciliation franco-allemande » (ce qui était prématuré tant que la guerre se poursuivait), les nazis ont considéré qu’elle n’a été que faux-semblant du côté français, où l’on donnait peu pour arracher de grosses concessions au Reich – ou tenter de le faire, car les Germains ne se laissaient pas facilement duper… sauf dans les sagas résistancialistes.

On espère qu’en refermant ce petit livre, le lecteur de bonne foi aura assez d’éléments pour émettre un avis éclairé… car, en régime non-totalitaire, nul n’est obligé de croire le dogme ressassé par les media officiels ou dominants.

Bernard Plouvier publie Pierre Laval l’inusable bouc émissaire (coéditions Déterna-Synthèse, collection « Bio », n°12-13, volume double), 31€. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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