26 août 2017

Baldur von Schirach, le faux dur

Par Bernard Plouvier

Baldur naît en 1907 dans une famille de nobliaux aisés. Le père, Carl, démissionnaire de l’armée impériale où il était officier subalterne, est devenu directeur de théâtre. Sa mère est une citoyenne des USA, issue de deux célèbres lignées de Caroline du Sud (les Middleton et les Heyward), ruinées par la Civil War (la Guerre de Sécession).

Excellent élève, Baldur, le benjamin de cinq frères, est un poète précoce. Son nationalisme est heurté de plein fouet par la défaite de 1918 et par le régime de Weimar où dominent les affairistes, les incapables et les corrompus, parmi lesquels Carl von Schirach a peut-être le tort de ne voir que les Juifs et leurs associés.

Carl adhère très tôt au NSDAP (le Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands) et Baldur est mis en contact avec Adolf Hitler dès 1925. Le jeune homme adhère au parti la même année et entre en 1927 à la SA (Sturm Abteilung ou sections d’assaut), la milice du NSDAP, dépourvue d’arme blanche ou à feu par ordre d’Adolf Hitler – il est bon de le mentionner puisqu’une foule « d’historiens », curieusement informés, écrit le contraire.

Étudiant en philosophie et en littérature à Munich, il succède en 1928 à Oskar Stable comme Führer de la Ligue des Étudiants Nationaux-socialistes. Sous sa direction, la Ligue remporte la majorité des voix dans 15 des 23 universités du Reich, aux élections corporatistes de 1931.

Fortement impressionné, Adolf Hitler lui confie la direction de la Hitler Jugend le 30 octobre 1931, à la place du peu charismatique Konrad Grüber qui, depuis 1925, ne sait qu’organiser des camps de vacances et des excursions, comme dans n’importe quel patronage confessionnel. À cette occasion, la HJ est détachée de la SA et rattachée au bureau du Stellvertreter Rudolf Hess (l’adjoint du Führer pour l’administration du parti nazi).

L’année 1932 est faste pour Baldur. Le 31 mars, il épouse Henriette Hoffmann, née en 1913, qui est une intime du Führer puisqu’elle est la fille d’Heinrich, le photographe exclusif d’Adolf Hitler depuis 1922. En juillet, son père, Carl, est élu député nazi au Reichstag. En octobre, Baldur met en scène un rassemblement monstre des étudiants nationalistes allemands et autrichiens qui défilent 7 heures durant devant le Führer.

Excellent organisateur, orateur apprécié de son public de jeunes, Baldur veut transformer la jeunesse germanique, axant sa propagande sur le militantisme, le sport et l’affirmation des qualités de caractère. À la HJ, il est essentiel de faire preuve d’initiative dans l’obéissance aux ordres. Jamais, l’on n’y a combattu la fréquentation des offices religieux, même si des jeunes gens ont profité des activités de la Hitler Jugend pour couper aux patenôtres. La HJ est fermée aux débiles mentaux, aux enfants juifs et demi-juifs, mais ouverte aux sourds et aux muets par décision d’Adolf Hitler.

Les mots d’ordre y sont : austérité de vie et abnégation, dévouement absolu au Führer qui personnifie l’État. On y combat l’athéisme et l’on y prêche l’hygiène raciale, soit l’eugénisme et le refus des unions avec les non-germano-scandinaves.

Il n’est pas inutile, dans l’ambiance actuelle de désinformation systématique sur le nazisme et le IIIe Reich, d’insister sur deux phrases clés du discours du chef de la HJ. Devenu par son mariage un intime du Führer – celui-ci ignorant la bisexualité de Baldur : Adolf Hitler a les homosexuels en horreur –, Baldur a été initié aux aspects ésotériques de la pensée hitlérienne, façonnée par les enseignements d’Arthur Schopenhauer et de Friedrich Nietzsche. Adolf Hitler est un panthéiste, adepte de la toute-puissance de la volonté, qui rêve de créer les conditions géopolitiques favorables à l’éclosion de la surhumanité.

« Nous sommes des chercheurs de Dieu. Nous ne pouvons nous représenter l’univers sans Dieu » (Baldur von Schirach, le 30 juin 1935). « Nous, Allemands, ne devons pas subir passivement les mutations biologiques comme de stupides bovins. Nous devons aider ces transformations. Nous devons arriver, avant les autres races, décadentes, à l’état parfait d’homme complet : au surhomme » (le même, à Wittenberg, le 13 mars 1938).

Le 17 juin 1933, Baldur est nommé Führer des formations de jeunesse du Reich, la HJ et son élément féminin : le Bund der Deutschen Mädel, qui, à la fin de 1936, accueille les jeunesses confessionnelles luthériennes et catholiques (cela était prévu par l’article 36 du Concordat signé au Vatican le 20 juillet 1933). Le 1er décembre 1936, Baldur devient Reichsleiter du NSDAP pour l’Éducation de la jeunesse et secrétaire d’État à la Chancellerie du Reich.

À compter de janvier 1937, l’organisation syndicale dirigée par Robert Ley, le Deutsche Arbeits Front, finance les Adolf-Hitler Schulen, établissements d’enseignement secondaire destinés aux futurs cadres de la HJ. En octobre 1938, est conclu un accord entre la direction de la SS et celle de la HJ : les meilleurs éléments de la HJ sont signalés aux recruteurs de l’Ordre Noir. La HJ assure la préparation militaire – l’Oberst Erwin Rommel y fut un temps affecté comme conseiller – bien avant que cela soit officialisé en août 1939.

Baldur, fort peu austère et peu sportif, se fait violence et participe comme Leutnant (sous-lieutenant) à la campagne de France, où il récolte la Croix de fer de seconde classe. En août 1940, le Führer le remplace à la tête de la HJ par un héros de guerre et grand mutilé des combats de l’Ouest : Arthur Axmann qui la transforme en une organisation de défense passive et d’auxiliaires de la Flak (la DCA). Axmann se battra avec 30 000 membres de la HJ à Berlin, défendant Spandau et les ponts sur la Havel, durant la dernière décade d’avril 1945.

D’août 1940 au mois de mai 1945, Baldur vit en satrape à Vienne, étant Gauleiter de Haute et Basse Autriche. La trop médiatisée fâcherie ayant opposé en juin 1943 le Führer à Henriette von Schirach, à propos du sort des Juifs, n’a duré que trois mois. En août 1944, Baldur propose au Führer de supprimer les titres de noblesse et l’usage des particules nobiliaires, étant donné le nombre ahurissant de nobles parmi les traîtres et comploteurs, révélés par l’attentat du 20 juillet. Adolf Hitler se contente de hausser les épaules et conseille au Gauleiter de Vienne d’engager ses administrés à s’investir davantage dans l’effort de guerre du Reich.

Au TMI de Nuremberg, paraphrasant un écrit de Nietzsche consacré à Napoléon Ier, Baldur a dit du Führer : « Avant 1934, il fut humain. De 1934 à 1938, il fut surhumain. Après 1938, il fut inhumain »… on peut contester les dates, mais la phrase est assez juste.

Condamné à 20 années de prison, il purge entièrement sa peine. Henriette en a profité pour divorcer. Il publie, en 1967, ses Mémoires (J’ai crû en Hitler, Déterna, 2011), où il renie son passé, et meurt en 1971. (Pour commander ce livre, cliquez ici)

Il laisse 4 enfants, dont Richard, sinologue réputé, qui eut lui-même deux enfants écrivains : une philosophe et un romancier (qui changea de nom, pour des raisons de convenances médiatiques).

Il reste de Baldur von Schirach le souvenir d’un grand organisateur, ayant occupé une place de choix dans l’épopée du NSDAP et du IIIe Reich durant les années de paix, sûrement pas celui d’un homme d’action ni même de conviction.

J’ai cru en Hitler (éditions Déterna)

J’ai cru en Hitler (éditions Déterna)

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertés n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontés aussi dévouées soient elles… Sa promotion, son développement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nécessitent une équipe de collaborateurs compétents et disponibles et donc des ressources financières, même si EuroLibertés n’a pas de vocation commerciale… C’est pourquoi, je lance un appel à nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prêts à nous aider ; il faut dire qu’ils sont très sollicités par les medias institutionnels… et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertés et eux, c’est assez incompatible !… En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.