3 juillet 2016

Brèves d’Europe – début juillet 2016

Par Patrick Parment

Union européenne. Les réactions sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe sont nombreuses et variées. Il est encore beaucoup trop tôt pour se faire une idée des réelles conséquences de cette sortie. Ce qui est sûr, c’est que Bruxelles va tenter de colmater les brèches dans un premier temps.

Quant au couple franco-allemand, il est tellement brinquebalant qu’il paraît inopérant. Angela Merkel est-elle en mesure d’imposer sa seule voix ? Les Européens ont toujours en travers de la gorge l’accord passé avec la Turquie sur les migrants. Alors, réagir ? Certes. Mais pour faire quoi ?

À l’heure du Brexit, la Commission européenne s’apprête à sanctionner l’Espagne et le Portugal pour non-respect de leurs objectifs de déficit budgétaire l’année dernière. Condamnés pour les forcer à plus d’austérité. Le rêve européen, version folle.

Les dirigeants européens – ou plutôt l’immense cohorte des apparatchiks – vont devoir détricoter 85 000 pages d’accords qui lient le Royaume désuni à l’Union européenne.

Si Cameron a engagé un référendum, c’était en partie pour faire barrage aux populistes de l’UKIP. À Bruxelles, c’est la panique : partout en Europe les populistes gagnent du terrain. Le FN en France avec ses scores ahurissants, Le M5S en Italie et la Ligue du Nord, les succès de Viktor Orban en Hongrie, la radicalisation du Danemark et de la Suède, de la Hollande et la Grèce en embuscade. Ca commence à faire beaucoup pour Bruxelles, Francçois Hollande et Angela Merkel.

Ça arrive un peu tard : le Parlement européen et les États membres viennent de créer un corps de gardes-frontières et de gardes-côtes chargés de rendre fiable la zone Schengen. Renforcement de Frontex et ajout de 1 500 personnes mises à disposition des États. Ce projet avait été instruit par François Mitterrand et Helmut Kohl !

Allemagne. Sous la coupe du ministre des finances, Wolfgang Schaüble, un petit groupe a rédigé un rapport interne titré « La stratégie allemande en cas de Brexit » qui plaide pour que la Grande-Bretagne devienne un « partenaire associé » de l’UE. Jeu dangereux s’il en est qui pourrait tenter certains pays. Car cela revient à jouir des avantages de l’Union, sans les inconvénients. Mais n’était-ce pas le cas de la Grande Bretagne ?

Espagne. Les résultats des élections législatives en Espagne sont presque identiques à ceux du 20 décembre dernier. Contrairement à ce qui était attendu, Podemos (gauche radicale) n’a pas réussi à devancer le Parti socialiste, qui conserve donc sa deuxième place, derrière le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy qui est en tête. Mais la droite n’atteint pas la majorité absolue pour gouverner. C’est retour à la case départ.

« Podemos fait peur, les socialistes ne semblent pas savoir où ils vont, mais les “populares” sont très identifiables, analyse la politologue libérale Edurne Uriarte. En ces temps agités, les électeurs ont besoin de valeurs sûres. »

Angleterre. La réaction ne se sera pas fait attendre. Avec la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, l’Écosse envisage un référendum pour clamer son indépendance et son rattachement à l’UE, l’Irlande du Nord envisage son rattachement à l’Eire, et les nationalistes du pays de Galles se mettent à parler d’indépendance. La perfide Albion serait-elle en train de voler en éclat ?

David Cameron a tiré sa révérence et laisse aussi un mauvais souvenir : à ses yeux, l’échec du référendum du 23 juin vient de l’incapacité de l’UE à contrôler l’immigration intra-européenne. Cette question, dit-il, était « un problème clé pour le Royaume-Uni, elle sera encore un problème clé pour l’UE. »

Depuis jeudi 23 juin et la décision des Britanniques de quitter l’Union européenne, le monde politique outre-Manche évolue au cœur d’un trou noir, dans un vide sidéral. Et nul ne sait quand et dans quel état il en sortira. Le leader travailliste, Jeremy Corbyn, est désavoué, mais se maintient contre vents et marées et les conservateurs cherchent leur homme providentiel. Jamais un tel séisme n’avait secoué l’Angleterre. La reine va-t-elle être contrainte d’appeler à l’unité nationale ?

Le conservateur Boris Johnson, issu du camp du non à l’Europe, est le favori des bookmakers. L’excentrique ancien maire de Londres est le grand rival de David Cameron depuis qu’ils ont essuyé ensemble les bancs de l’université d’Oxford.

Des tracts disant « Sortie de l’UE – plus de vermine polonaise » ont été distribués dans des boîtes aux lettres, à Huntingdon, dans le Cambridgeshire. À Birmingham, une femme musulmane se serait fait encercler par un groupe d’hommes qui lui ont dit : « Dehors, on a voté pour le Brexit. »

Panique dans l’immobilier londonien. Les grandes fortunes mondiales se sont offert un pied-à-terre dans la capitale britannique créant ainsi une envolée des prix tels que les Londoniens n’arrivent plus à se loger et que le nouveau maire travailliste, Sadiq Khan, a fait du logement sa priorité.

Inutile de s’inquiéter pour l’Angleterre des banquiers. Le pays a déjà entièrement dérégulé son économie (en particulier le marché du travail) et fortement réduit son taux d’impôt sur les sociétés (20 % – et 17 % à partir de 2020 – contre 33 % en France…). Et terminée la transparence exigée par Bruxelles. L’Angleterre va devenir le Panama de l’Europe. Ce n’est pas un hasard si Georges Dumézil considérait que ce pays était la 13e tribu d’Israël.

Islande. L’universitaire Gudni Johannesson a remporté l’élection présidentielle de l’Islande. Avec 39,1 % des voix, cet homme de consensus a devancé lors de l’unique tour de scrutin la femme d’affaires Halla Tomasdottir (27,9 %).

Vatican. Déclaration du pape le 16 juin à Saint-Jean-de-Latran : « Il vaut mieux ne pas se marier si on ne sait pas ce qu’est le sacrement de mariage… Et j’ai vu tellement de fidélité dans ces concubinages, tant de fidélité ! Je suis sûr que ce sont des mariages vrais, qu’ils ont la grâce du sacrement, parce qu’ils sont fidèles. »

Danemark. Le Parti du peuple danois (DF) a fait savoir, vendredi 24 juin, par la voix de son président, Kristian Thulesen Dahl, qu’il verrait volontiers un référendum sur l’Union européenne. Mais pour le Premier ministre libéral Lars Lokke Rasmussen, c’est Niet !

Autriche. La cour constitutionnelle autrichienne vient d’invalider le résultat de l’élection présidentielle du 22 mai en raison de nombreuses irrégularités dans le dépouillement de certains suffrages. Cette décision sans précédent, qui valide le recours déposé par le parti FPÖ de Norbert Hofer, ouvre la voie à un nouveau scrutin, sans doute à l’automne.

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