Dans la traversĂ©e de sa VallĂ©e de larmes, l’humanitĂ© espĂšre depuis l’aube des temps prĂ©historiques – et espĂ©rera toujours, car la nature humaine est perpĂ©tuellement demanderesse de solutions exceptionnelles – qu’un gĂ©nie ou qu’un grand initiĂ© en communication avec l’au-delĂ  le guĂ©risse des maux
 mĂȘme lorsque l’imprĂ©voyance, l’irrĂ©flexion, l’aviditĂ© sont les principaux responsables du flĂ©au.

En nos jours de pandĂ©mie, on s’accroche Ă  des promesses fallacieuses, comme celle de « l’immunitĂ© Ă  vie » aprĂšs le contact avec un agent infectieux ou une vaccination. Alors mĂȘme que l’on sait depuis la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle qu’est labile l’immunitĂ© humorale – liĂ©e aux anticorps –, qui dure au mieux une vingtaine d’annĂ©es. L’immunitĂ© cellulaire –liĂ©e au couple macrophages et T-lymphocytes – dĂ©pend d’un tas de facteurs exogĂšnes (alcool, tabac, mĂ©dicaments immuno-dĂ©primants pour prendre des exemples trĂšs simples) ou endogĂšnes (diabĂšte, cancer, insuffisances rĂ©nale ou hĂ©patique).

Il vaut mieux compter sur de nouveaux contacts avec le mĂȘme agent ou un de ses « cousins » pour rĂ©activer l’immunitĂ©. C’est ainsi que les sujets ayant survĂ©cu Ă  la grippe asiatique de 1957-1958 (1,5 Ă  2 millions de morts avec 1000 fois plus de sujets atteints et guĂ©ris) sont passĂ©s sans trop de problĂšmes Ă  travers la pandĂ©mie de 1968-70 (pourtant issue d’un virus simplement « cousin » du prĂ©cĂ©dent et qui semble avoir tuĂ© 1 million de personnes) ou que des EuropĂ©ens du Moyen Âge n’ont pas Ă©tĂ© touchĂ©s par Yersinia pestis, ayant eu durant leur jeunesse une infection Ă  Yersinia pseudo-tuberculosis ou Ă  Y. enterocolitica).

La mĂ©decine est chose complexe. Sa science et son histoire s’apprennent et cela demande beaucoup de temps, de pratique, d’étude et de remises en cause de ce qu’on croyait assurĂ©. Il n’est pas trop certain que les « experts » qui « causent dans les postes » soient tous compĂ©tents
 par expĂ©rience, on sait qu’un vrai praticien hospitalier a tendance Ă  fuir la publicitĂ©, parce qu’elle est chronophage et que la premiĂšre leçon qu’un mĂ©decin apprend lors de son internat, c’est le caractĂšre trĂšs relatif des succĂšs, rarement complets et de toute façon jamais dĂ©finitifs.

Certes, le premier rĂŽle d’un mĂ©decin est d’empĂȘcher quiconque de mourir prĂ©maturĂ©ment. L’on comprend de ce fait que lorsque l’on est confrontĂ© Ă  une situation (presque) inĂ©dite, oĂč la mortalitĂ© est grande (ce n’est pas forcĂ©ment le cas du Coronavirus 2019 oĂč le nombre de malades est probablement cent fois infĂ©rieur Ă  celui des contaminĂ©s porteurs sains – et immunisĂ©s pour une vingtaine d’annĂ©es sauf baisse de leurs dĂ©fenses Ă  l’occasion d’une maladie ou de causes externes, cf. supra –, et oĂč la mort ne frappe qu’environ 5 % des malades (les sujets les plus vieux et les plus faibles), certains puissent se dire : « Tout est bon » ou « On peut tout essayer ». Et ceci introduit les « mĂ©dicaments miracles », car le Covid-19 n’est qu’une Ă©niĂšme resucĂ©e du « flĂ©au qui va faire disparaĂźtre l’humanité ».

À la fin du XIXe siĂšcle, la syphilis – ou grande vĂ©role
 on se demande bien pourquoi parce que la « petite », la variole, tuait davantage et bien plus rapidement que la soi-disant « grande » – semblait la peste des temps modernes qui allait « dĂ©cimer l’humanité ». Un mĂ©decin assoiffĂ© de publicitĂ© proclama que son arsĂ©no-benzĂšne allait guĂ©rir tous les malades atteints de cette maladie vĂ©nĂ©rienne qui tuait (trĂšs) lentement, mais de façon irrĂ©mĂ©diable, tout en Ă©tant fort contagieuse. Il publia des rĂ©sultats quasi-miraculeux et fut nobĂ©lisĂ© en 1908. Puis, l’on s’aperçut que son Salvarsan Ă©tait beaucoup moins efficace et nettement plus toxique que ne le prĂ©tendait le mĂ©decin miraculeux. En rĂ©alitĂ©, le mĂ©dicament tuait plus rapidement certains malades – par insuffisance rĂ©nale et troubles cardiaques liĂ©s Ă  une anĂ©mie sĂ©vĂšre – que ne le faisait la vĂ©role. Vers 1930, tous les mĂ©decins douĂ©s de bon sens s’étaient dĂ©tournĂ©s du Salvarsan de Paul Ehrlich, mais on en commercialisa divers dĂ©rivĂ©s toujours toxiques jusque dans les annĂ©es 1960 !

De mĂȘme en 1900, il avait bien fallu condamner en justice – oh, Ă  une toute petite peine ! – le Pr Albert Neisser qui testait un vaccin contre la syphilis (qui n’a jamais marchĂ©) et qui, pour aller plus vite dans ses recherches folles, inoculait la vĂ©role Ă  de jeunes prostituĂ©es non encore atteintes et qu’il avait « vaccinĂ©es » au prĂ©alable
 on reprocha Ă  ce « bienfaiteur de l’humanité » d’avoir fait tout cela sans demander le consentement de ses pratiques (cf. Vollman, 1996).

De nos jours encore, combien de mĂ©dicaments dits « rĂ©volutionnaires » ont dĂ» ĂȘtre retirĂ©s du marchĂ© dans les 4 ou 5 ans qui ont suivi leur commercialisation, en raison d’effets secondaires dangereux, officiellement non dĂ©pistĂ©s lors des Ă©tudes toxicologiques chez l’animal et lors des Ă©tudes de phase clinique surveillĂ©e (par de grands professeurs, parfois assez avides d’argent) ?

D’agents destinĂ©s Ă  dilater les coronaires (Ă©pouvantablement photo-sensibilisants) Ă  la merveille qui devait rĂ©gĂ©nĂ©rer les nerfs paralysĂ©s (gĂ©nĂ©ratrice d’une chute dramatique des globules blancs et d’infections graves), en passant par divers antihypertenseurs et divers antibiotiques, un mĂ©decin ayant exercĂ© durant les annĂ©es 1970-2010 a pu en connaĂźtre une vingtaine (pas tous commercialisĂ©s en France oĂč la vigilance reste forte).

Lorsque l’on a la chance d’utiliser des mĂ©dicaments connus de longue date et que l’on veut utiliser pour d’autres pathologies que celles Ă©tudiĂ©es auparavant, il faut au moins respecter les contre-indications formelles (pour la chloroquine : les maladies graves du myocarde, les myopathies, les Ă©pilepsies mal contrĂŽlĂ©es et les pathologies graves de la rĂ©tine) et surveiller de façon stricte la survenue d’effets secondaires cliniques ou biologiques et pas seulement se contenter d’électrocardiogrammes.

chloroquine.

chloroquine.

Enfin et surtout, aucun mĂ©decin, mĂȘme trĂšs talentueux, ne devrait se poser en gourou, en « dĂ©tenteur de La VĂ©rité »  parce qu’il n’y a pas de vĂ©ritĂ© sauf celle de l’essence mĂȘme de l’ĂȘtre humain et cette « vĂ©rité » est rarement belle et pure. Il n’y a que des rĂ©alitĂ©s, apportĂ©es par l’étude des faits.

Et il est un fait rĂ©el qui amĂšne Ă  se poser une vraie question : une pandĂ©mie qui en un peu plus de 4 mois de diffusion Ă  l’hĂ©misphĂšre Nord n’a pas tuĂ© 100 000 personnes mĂ©rite-t-elle que l’on inflige Ă  l’humanitĂ© actuelle une crise Ă©conomique mondiale, qui gĂ©nĂ©rera une crise sociale aux consĂ©quences dramatiques ?

Jusqu’à sa disparition par extinction massive, par mutation en surespĂšce ou par gĂ©nocide radical (comme celui commis par nos ancĂȘtres Homo sapiens sapiens sur la concurrence moins intelligente, moins habile ou moins vicieuse des H. s. neandertalensis, floresiensis, denisoviensis, etc.), l’humanitĂ© restera une « mendiante de miracles ».

Mais l’on pourrait espĂ©rer de l’EuropĂ©en civilisĂ© qu’il se rende enfin compte que toutes les nations ne sont pas synchrones dans leur dĂ©veloppement et que, tant qu’il persistera des continents oĂč une majoritĂ© d’humains ont un mode de vie fort Ă©loignĂ© de nos conditions d’hygiĂšne, il faut maintenir des barriĂšres de protection
 quoi qu’en disent les profiteurs de l’économie globale et du brassage des races et des ethnies.

Enfin, il serait bon qu’une majoritĂ© d’électeurs se dĂ©tourne des clowns incompĂ©tents, ni sages, ni savants et bien davantage prĂ©occupĂ©s d’eux-mĂȘmes que de la gestion du Bien public. On ne veut retenir de l’indĂ©niablement grand spĂ©cialiste Didier Raoult que son rĂŽle de lanceur d’alerte et d’auteur d’un plan de protection des populations aprĂšs les deux Ă©pidĂ©mies de coronavirus de 2002 et 2009
 et comme tous les vrais savants, il n’a pas Ă©tĂ© Ă©coutĂ© des politiciens !

Si la France ou l’Italie sont mal dirigĂ©es, la faute en incombe en dernier ressort Ă  la stupiditĂ© des Ă©lectorats.

Référence bibliographique : John Vollman : Informated consent in human experimentation before the Nuremberg Code, British Medical Journal, 1996, volume 313, p. 1445-1447.

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