21 juin 2016

À la veille du Brexit

Par Richard Dessens

L’assassinat d’une députée travailliste favorable au « in », en Grande Bretagne, vient de provoquer la suspension sine die de la campagne électorale sur le référendum pour ou contre le maintien de la GB dans l’Union européenne.

À quelques jours du scrutin dont les sondages donnent les partisans du « leave » vainqueurs, le déchaînement des peurs catastrophiques se faisaient déjà largement entendre : effondrement de la Livre sterling, de l’économie britannique, la City décapitée et son rôle de première place financière irrémédiablement perdu, la pauvreté généralisée… et probablement une épidémie de peste et de choléra. Bref on nous promet un cataclysme bien pire que la fin de l’Empire britannique.

Et brutalement l’horreur suprême qui se veut préfigurant une sortie de l’UE de la Grande-Bretagne : le meurtre d’une députée exemplaire, féministe, travailliste et pro-européenne, autrement dit l’idéal de la respectabilité du politiquement correct.

Bien entendu, le meurtrier aurait milité dans un groupuscule d’extrême droite londonien et « serait » proche d’un autre groupuscule néonazi américain. L’enquête progresse vraiment très vite, tendant à prouver qu’il faut être néonazi pour être anti-européen, par un de ces raccourcis médiatiques dont notre communication moderne a le secret dévastateur dans l’opinion pour lui donner mauvaise conscience.

C’est exactement le même mécanisme qui a ravivé la mise en lumière des évènements de la IIe Guerre mondiale depuis une trentaine d’années. Jusqu’à la fin des années 60, on ne parlait pas tous les jours de nazisme. Mais curieusement, la fin des Trente Glorieuses et le premier choc pétrolier mettant en panne la croissance des démocraties, on voit réapparaître les rappels de plus en plus pressants aux années de guerre. Plus les démocraties libérales sont mises à mal, plus elles se raccrochent à l’alternative : « Nous ou le nazisme, n’oubliez jamais ! » Mécanisme qui montre le raisonnement des démocraties libérales d’Après-Guerre réduites à marteler l’idée que le choix des peuples se résout entre nazisme (ou assimilé) et démocratie libérale : « Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes donc nazi ». Fin du débat !

Pour bien se faire comprendre et développer la même thématique, on parle même de « fascisme islamique ». Équation terrible : islam radical = néonazisme. Le débat politique vole très bas. De plus en plus bas. Mais il montre aussi l’impasse dans laquelle se trouvent les démocraties libérales modernes, dont les mots mêmes n’ont plus guère de sens.

On ne peut s’empêcher de reconnaître la « chance » inouïe que ce supposé néonazi vient d’offrir aux partisans du « in ».

On ne peut s’empêcher d’évoquer un éventuel téléguidage opportun de services ou de puissances discrets.

Mais halte là ! On entend gronder la honte de la « théorie du complot » par laquelle chacun sait que les complots n’ont jamais existé dans l’histoire. Jamais les menées souterraines de la politique et des puissants de ce monde n’ont fomenté de manipulations. Combien de meurtres politiques complotés jalonnent l’Histoire, de Rome à la Russie, de l’ex-députée FN, puis UDF Yann Piat à la députée travailliste d’hier.

Laissons les journalistes à leur naïveté perverse dans ce domaine, eux qui hurlent au loup à l’énonciation même d’un complot. Les journalistes sont purs et rêveurs, probes, droits et francs : ils ne peuvent concevoir que le pouvoir porte en lui-même la manipulation et le complot. L’Histoire en est jonchée ! Quiconque connait un peu d’histoire, de science politique et a lu Hobbes, Machiavel et tant d’autres le sait. Mais pas nos journalistes.

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