6 octobre 2019

René Guénon et les signes des temps

Par Fabrice Dutilleul

 Entretien avec Philippe Bergeron, auteur de René Guénon et les signes des temps, Éditions Dualpha, collection « Grande Hiérophanie », dirigée par Michel Gaudart de Soulages, préface de Nathalie Joron, 108 pages, 17 euros.

Philippe Bergeron a passé de nombreuses années en Inde et au Japon en poursuivant des recherches sur les religions (surtout asiatiques) ; il a con­sa­cré plus de 25 ans à l’étude de René Guénon.

Philippe Bergeron a passé de nombreuses années en Inde et au Japon en poursuivant des recherches sur les religions (surtout asiatiques) ; il a con­sa­cré plus de 25 ans à l’étude de René Guénon.

Aujourd’hui, le nom de Guénon est surtout associé à l’islam, qu’en pensez-vous ?

C’est à la fois une vision réductrice et un vrai débat. Une vision réductrice parce que l’islam joue un rôle somme toute discret dans l’œuvre de Guénon.

Quel rapport entre l’islam et l’homme et son devenir selon le védanta ou la Grande Triade ? Mais c’est un vrai débat, dans le sens où on peut discuter de l’influence de chaque tradition sur l’ensemble de l’œuvre. Est-ce que l’islam est juste une position personnelle de Guénon, ou bien existe-t-il une finalité islamique de toute l’œuvre de Guénon ? Il y a des arguments de part et d’autre. Ce qui me semble clair, c’est que Guénon est comme un sphinx : chaque partie du sphinx est essentielle, sans quoi le sphinx n’est plus le sphinx. Il y a une dimension hindoue bien plus évidente sur le plan doctrinal, et une dimension taoïste, et, bien sûr, une dimension maçonnique, et d’autres dimensions encore. Ce qui est certain aussi, c’est que l’islam actuel semble aussi éloigné que possible de l’accord sur les principes entre toutes les traditions que Guénon appelait de ses vœux. Donc on peut se demander ce que Guénon dirait de l’actuelle crise du monde musulman.

Mais même si l’islam de Guénon pose un problème en ce qui concerne l’accord sur les principes, cela ne doit pas nous interdire de nous intéresser au reste de l’œuvre, qui est tout l’essentiel. S’arrêter sur l’islam de Guénon, c’est passer à côté de toutes les questions qu’il nous pose à partir des sciences traditionnelles, lesquelles n’ont pour la plupart rien à voir avec l’islam, auquel elles sont antérieures, notamment les sciences de l’Inde et de la Chine.

Dans votre livre, vous parlez d’erreurs dans l’œuvre de Guénon, pensez-vous que l’on puisse faire un bilan de celle-ci, et de ce que cet auteur nous a apporté, ces erreurs ne discréditent-elles pas l’œuvre ?

C’est peut-être un peu tôt pour faire un bilan. Mais je pense que l’on peut clairement dire que Guénon nous a apporté une vision et une idée de la tradition, à une époque où l’idée même de tradition était oubliée en Occident. En même temps, il nous a ouvert des perspectives d’approche vraiment révolutionnaires sur les autres civilisations.

Pour beaucoup, Guénon a ouvert des horizons insoupçonnés, et cela peut être une véritable aventure.

Maintenant, on a dit à propos de l’œuvre de Guénon et de son influence : « La montagne a accouché d’une souris », et il y a aussi une part de vérité. Comme si Guénon avait stérilisé les recherches… Je pense que ce jugement concerne surtout le milieu guénonien français, qui effectivement ne produit plus rien, mais l’influence de Guénon va bien au-delà de ce petit milieu, fort heureusement.

Ce qui est certain c’est que les temps ont changé. Bien des choses qui étaient inconnues en Occident à l’époque de Guénon nous sont devenues plus familières, qu’il s’agisse de l’Inde, de la Chine ou de la Kabbala, pour ne donner que ces exemples. Et on ne peut nier que Guénon a contribué à ce changement, même si bien des choses qu’il a écrites sont dépassées. On peut d’ailleurs simultanément se demander s’il n’est pas resté, dans certains domaines, en avance sur notre temps. Quand on voit qu’il annonce la fin de la monnaie en 1945…

Donc, pour répondre à votre question, les erreurs de Guénon ne discréditent pas tous ses travaux, loin de là, et Guénon nous a apporté de l’idée de tradition une vision originale et passionnante, qui prétend intégrer toutes les grandes civilisations dans un accord sur les principes dont il faut seulement prendre conscience. Il y a un portrait de l’ensemble des civilisations orientales dans l’Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues qui mérite encore d’être médité, en 2019.

Et cela peut encore faire réfléchir même si l’œuvre a des défauts et comporte des erreurs. Peut-être parce que Guénon s’était insuffisamment affranchi de la mentalité cartésienne. Mais certainement aussi parce qu’il n’a pu avoir accès à des sources directes en ce qui concerne la Kabbala.

D’où le titre, Guénon et les signes des temps ?

Oui. D’après les critères mêmes que Guénon a donnés, nous ne sommes plus tout à fait dans « le monde moderne », Guénon annonçait dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel que la fin du bolchevisme marquerait pour l’Occident la fin de l’époque moderne.

Dans Le Règne de la quantité et les signes des temps, Guénon parle de changement dans les rapports à l’espace et au temps, mais c’est bien ce qui nous arrive avec Internet. Avec Internet, nous sommes entrés dans un nouvel espace-temps. Mais il semble que les milieux guénoniens n’aient rien à dire à ce sujet. Pas plus que de la crise de l’islamisme, et de la manière dont elle remet en cause certaines idées de Guénon. Ce sont des questions qu’il faut poser, et surtout d’un point de vue traditionnel, dans la mesure où c’est un point de vue pertinent.

Il faut critiquer, me semble-t-il, son œuvre, et même son chef-d’œuvre, mais c’est aussi pour mieux en extraire les pépites.

Y a-t-il des thèses majeures de Guénon qui vous semblent remises en cause, et d’autres qui sont confirmées ?

Je ne pense pas que l’identité des religions soit une théorie qui résiste à l’examen, surtout depuis que la Kabbala est mieux connue. Il n’y a pas identité, et ce qu’il y a dans l’un ne se trouve pas nécessairement dans l’autre. En revanche, je pense qu’il y a effectivement, dans chaque religion ou tradition, un noyau qui permet un accord sur les principes, parce qu’il y a une tradition primordiale. Si l’on reprend tous les critères que Guénon a donnés, il me semble clairement que c’est la Kabbala qui est la vraie tradition primordiale.

René Guénon et les signes des temps, Philippe Bergeron, Éditions Dualpha, collection « Grande Hiérophanie », dirigée par Michel Gaudart de Soulages, préface de Nathalie Joron, 108 pages, 17 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

René Guénon et les signes des temps, Philippe Bergeron (Dualpha).

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Philippe Bergeron (Dualpha).

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