Pour Bryan Catanzaro, dirigeant de NVIDIA, un fabricant Ă©tats-unien de puces pour ordinateurs : « L’art gĂ©nĂ©rĂ© par l’intelligence artificielle va connaĂźtre cette annĂ©e son premier succĂšs commercial. Un artiste utilisera un Ă©lĂ©ment crĂ©Ă© Ă  partir de l’intelligence artificielle, comme une mĂ©lodie de chanson, dans une Ɠuvre qui obtiendra la reconnaissance du grand public. »

De son cĂŽtĂ©, IBM veut lancer d’ici la fin de l’annĂ©e l’application Watson Beat qui crĂ©e une mĂ©lodie sur six ambiances programmĂ©es (survoltĂ©e, sombre, romantique, angoissante, sinistre ou mondaine). Elle va plus loin qu’Auto-Tune, le logiciel largement utilisĂ© pour corriger les voix et devenu indispensable pour amĂ©liorer la plupart des enregistrements commerciaux.

La technologie repousse toujours plus loin la crĂ©ation de sons artificiels privilĂ©giant ainsi les musiques mortes au dĂ©triment des musiques vivantes, ou naturelles. S’il est effectivement parfois plus agrĂ©able d’écouter des voix parfaites, il est toujours plus profitable de chanter soi-mĂȘme et surtout Ă  plusieurs, pour ceux qui en sont encore capables.

Une application qui devrait ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ©e est celle mise au point par les dĂ©veloppeurs berlinois de Mimi Hearing Technologies. Souvent utilisĂ©s pour s’isoler du monde extĂ©rieur, les Ă©couteurs diffusent la musique d’autant plus fort qu’il faut couvrir le bruit environnant. À partir de 80 dB, les dĂ©gĂąts sur les tympans sont irrĂ©versibles, autant dire que l’on concocte des gĂ©nĂ©rations de sourds. Ainsi, cette appli prend l’empreinte auditive de chaque oreille pour adapter le volume sonore des appareils et elle est connectĂ©e Ă  tous les grands fournisseurs de musique en ligne.

La culture pour changer le monde

Matthieu Pigasse, patron de la banque Lazard, propriĂ©taire de Radio Nova et des Inrocks, prĂ©sident des EurockĂ©ennes de Belfort, vient de racheter Rock en Seine, l’un des plus grands festivals musicaux français. Il ne s’agit pas de philanthropie : « C’est aussi un projet politique : nous utilisons l’éducation et la culture pour changer le monde. »

La musique et le sport sont les seuls Ă©vĂ©nements Ă  rassembler rĂ©guliĂšrement les foules, les seuls capables de concurrencer le Pape ou les grandes manifestations sociĂ©tales. Et ces festivitĂ©s sont rentables avec des tickets vendus entre 150 et 200 euros pour voir des dizaines d’artistes en quelques jours. C’est pourquoi Stuart Camp, manager du chanteur Ed Sheeran, a dĂ©noncĂ© Ă  la BBC les revendeurs de billets de concert.

Lors du concert caritatif, organisé le 28 mars dernier à Londres par le Teenage Cancer Trust, des tickets vendus 110 livres (127 euros) pouvaient atteindre 5 000 livres (5 770 euros) sur certains sites spécialisés.

« Des gens font de l’argent sur le dos des enfants mourants » s’est-il indignĂ©, lui qui profite de ce concert caritatif pour faire la promotion de ses musiciens. Depuis le Band Aid anglo-saxon en 1984 et Chanteurs sans frontiĂšres en 1985 pour les Français, la formule caritative est devenue le filon pour entretenir la popularitĂ© des artistes en faisant passer les bons messages.

On pourrait aussi Ă©voquer les concerts de SOS Racisme ou ceux des EnfoirĂ©s, s’il peut exister des artistes dĂ©sintĂ©ressĂ©s, ils sont un peu comme les poissons volants
 Car la musique et la chanson sont Ă©minemment politiques. La candidate russe au concours de l’Eurovision vient d’en faire l’expĂ©rience. Elle est interdite de sĂ©jour Ă  Kiev par les services de sĂ©curitĂ© de l’Ukraine, handicapĂ©e en fauteuil roulant, le risque est forcĂ©ment plus Ă©levĂ©. Les autoritĂ©s ukrainiennes n’ont pas dĂ» apprĂ©cier sa participation, en 2015, Ă  un concert dans la pĂ©ninsule de CrimĂ©e rattachĂ©e Ă  la Russie depuis le printemps 2014. Les organisateurs du concours se sont dits déçus de la dĂ©cision de l’Ukraine qui « va Ă  l’encontre de l’esprit du concours et de la notion d’accueil qui fait partie de ses valeurs ». Des valeurs qu’ils ne mettent pas beaucoup d’ardeur Ă  vouloir dĂ©fendre.

Apparemment, la chanson russe n’est pas la bienvenue alors que c’est la langue de la majoritĂ© de la population. Un sort similaire est rĂ©servĂ© Ă  la chanson dissidente en France. Raison de plus pour aller Ă©couter le groupe de RIF In Memoriam qui donne un concert le 10 juin prochain Ă  Bordeaux, rĂ©servations : lemenhirbordeaux.com.

Demain le rap !

En mĂȘme temps, le rap est le style le plus vendu en France et l’on sait reconnaĂźtre les talents, un exemple : le rappeur Weld El 15. Il commence sa prometteuse carriĂšre en Tunisie sous Ben Ali, Ă©mission de radios, enregistrements avec des artistes Ă©trangers et une constante dans les paroles, s’en prendre Ă  la police comme dans son titre Boulicia Kleb (Les policiers sont des chiens). En septembre 2014, il est sĂ©lectionnĂ© par le Parlement europĂ©en pour le prix Sakharov dĂ©cernĂ© chaque annĂ©e aux personnalitĂ©s « qui s’efforcent de dĂ©fendre les droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales », une consĂ©cration pour ce genre d’individu.

AprĂšs Printemps arabe et dĂ©mĂȘlĂ©s avec la justice de son pays, il arrive en France avec un visa « compĂ©tence et talent » rarement dĂ©livrĂ©. À peine installĂ© Ă  Saint-Malo, il est condamnĂ© pour violences conjugales et consommation de cannabis, ce qui ne l’empĂȘche pas d’ĂȘtre le pĂšre d’une fille depuis le dĂ©but 2017. Autre procĂšs en cours, la prĂ©fecture lui refuse la dĂ©livrance d’un titre de sĂ©jour en raison de ses liens avec le rappeur Emino mort Ă  Mossoul pour l’État islamique, alors que pour lui : « Se battre pour la culture, ça, c’est la vraie guerre ». Mais il est cornaquĂ© par Carole Bouhanne, reprĂ©sentante du MRAP Ă  Rennes et Pouria Amirshahi, dĂ©putĂ© ex-PS, des gens qui semblent trĂšs concernĂ©s par l’avenir de la culture française.

Une amputation de la longue mémoire musicale européenne

C’est un vĂ©ritable changement de civilisation, une Ă©limination des anciens repĂšres musicaux. Le 4 mars 2017 Ă  Rome, lors du congrĂšs international pour les 50 ans de l’instruction Musicam Sacram, le pape François s’est adressĂ© aux participants : « La rencontre avec la modernitĂ© et l’introduction des langues parlĂ©es dans la Liturgie a crĂ©Ă© pas mal de problĂšmes de langage, de forme et de genres musicaux. Parfois, une certaine mĂ©diocritĂ©, superficialitĂ© et banalitĂ© ont prĂ©valu, au dĂ©triment de la beautĂ© et de l’intensitĂ© des cĂ©lĂ©brations liturgiques. »

Alors qu’au milieu du XIXe siĂšcle, la restauration du grĂ©gorien Ă©tait l’Ɠuvre de Dom Pothier et des moines de Solesmes, aboutissant Ă  l’édition vaticane de 1908 et 1912, la rĂ©forme de Vatican II allait relĂ©guer ces rĂ©pertoires, amputant la plus ancienne mĂ©moire musicale europĂ©enne.

Musicam Sacram n’ayant jamais produit les fruits espĂ©rĂ©s et devant la dĂ©gradation de la pratique musicale liturgique, le maestro Aurelio Porfiri et le professeur Peter Kwasniewski, soutenus par plus de 200 personnalitĂ©s, ont lancĂ© un appel formulant huit propositions concrĂštes susceptibles de « restaurer la dignitĂ© de la liturgie et de la musique dans l’Église. »

Elle est publiĂ©e par Paix liturgique dans sa lettre du 7 mars. Parmi les signataires français, l’abbĂ© Barthe, Henri Adam de Villiers, maĂźtre de chapelle Ă  Saint-EugĂšne, le professeur Jacques Viret, Damien Poisbaud, directeur des Chantres du Thoronet, ou encore Denis Crouan, prĂ©sident de Pro Liturgia. L’appel en neuf langues, Ă  lire pour ceux qui ont conscience de l’importance des vĂ©ritables traditions musicales, est disponible sur le site Altare Dei.

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