Un parcours critique dans le mouvement LGBTQ au Canada
par Robert Marleau
Depuis les années 70, le mouvement voué à la défense des droits des personnes LGBTQ (lesbiennes, gay, bisexuelles et transsexuelles) est très actif, du moins dans les pays occidentaux. De nos jours les lettres s’ajoutent constamment à ce acronyme, devenant LGBTQIA+. Il a profité pleinement de la libération sexuelle qui s’est répandue comme une trainée de poudre en Europe et en Amérique du Nord à l’époque des hippies et de la contre-culture. La revendication première fut la décriminalisation des relations homosexuelles, longtemps prohibées et réprimées entre autres par l’influence de la morale chrétienne.
Les émeutes de Stonewall à New York en 1969 sont généralement considérées comme étant le moment déclencheur pour le militantisme LGBTQ. Pour résumer brièvement, ces émeutes se sont produites suite à une intervention policière au Stonewall Inn et les fameux défilés de la Fierté Gay, qui sont organisés depuis ce temps, sont une commémoration de ces émeutes.
Au fil du temps les revendications portées par le mouvement LGBTQ se sont développées pour aborder la reconnaissance des couples de même sexe, l’union civile, le mariage et l’adoption. Les associations LGBTQ sont fortement subventionnées par les gouvernements occidentaux et elles sont très dépendantes de cette source de financement. Quand le gouvernement conservateur de Stephen Harper a réduit le financement alloué aux évènements comme le défilé de la Fierté Gay, la grogne s’est vite fait ressentir et le mouvement LGBTQ a accusé le gouvernement Harper de parti pris homophobe. Le retour au pouvoir des libéraux dirigés par Justin Trudeau en 2015 a soulevé beaucoup d’espoirs, notamment pour l’augmentation du financement attribué aux évènements LGBT et pour la garantie de maintenir le droit au mariage pour les couples de même sexe. Et ces espoirs ne furent aucunement déçus bien au contraire.
Lorsque je suis devenu membre de la défunte Association des Lesbiennes et Gays de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) entre 1996 et 1998, le principal dossier que nous avons défendu est celui de l’accès des homosexuels au don de sang. À l’époque, c’était la Croix-Rouge canadienne qui s’occupait de collecter les dons de sang et, sur le questionnaire à remplir pour être admissible au don de sang, il y avait la question pour les hommes concernant les rapports homosexuels depuis 1977.
Le fait de répondre « oui » disqualifiait automatiquement le candidat. Santé Canada avait émis ce règlement car les homosexuels sont plus susceptibles d’adopter des comportements sexuels à risque pour les MTS. Le mouvement LGBT considérait ça comme une grande injustice devant être corrigée le plus rapidement possible. L’ALGUQAM (Association des Lesbiennes et Gays de l’UQAM), dont l’auteur de ces lignes était secrétaire, a décidé en 1997 de faire une action choc pour dénoncer ce qu’elle considérait comme étant profondément discriminatoire pour les gays. La Croix-Rouge devait venir à l’UQAM pour sa collecte de sang annuel. L’ALGUQAM a annoncé par voie de communiqué, que j’ai contribué à rédiger, qu’elle organiserait une manifestation silencieuse avec des cercueils et des pancartes pour dénoncer la Croix-Rouge. En réalité, la décision d’exclure les gays de la collecte de sang relevait de Santé Canada et la Croix Rouge ne faisait que mettre en application cette décision. Mais à l’époque nous ne faisions pas cette distinction, sans doute trop obnubilés que nous étions par la question de l’accès au don de sang.
Afin d’éviter un scandale, la Croix-Rouge a décidé d’annuler sa collecte de sang cette année-là à l’UQAM. Les réactions ont été vives et l’ALGUQAM s’est retrouvée sur la défensive. Beaucoup de critiques, mais aussi quelques félicitations dont celles du président du comité LGBTQ de la CSN.
Autant, à l’époque, j’étais très convaincu du bien-fondé de notre action, autant aujourd’hui je considère que c’était hystérique et égoïste de notre part. Nous avons privé des gens de donner du sang, un geste très important, au nom d’une défense mal comprise des droits des homosexuels. Nous ne pouvions pas reprocher à Santé Canada de prendre au sérieux la possibilité d’avoir du sang contaminé surtout après le scandale qui a frappé la Croix-Rouge canadienne dans les années 80, quand des échantillons de sang contaminé par le SIDA se retrouvèrent parmi les dons de sang.
Aujourd’hui, c’est Héma Québec qui s’occupe de la collecte de sang et en 2013 Santé Canada a changé le règlement pour les homosexuels. Depuis le 4 décembre 2022, il n’y a plus de restrictions pour les donneurs homosexuels. La période d’exclusion a été progressivement diminuée avant d’être complètement abolie. Le militantisme a visiblement porté fruit sur ce sujet. Le sentiment d’être discriminé pour les homosexuels était compréhensible, mais en cette ère où la santé publique est mise sur un piédestal et est considérée comme une vache sacrée, on peut se questionner sur le bien-fondé d’une telle décision.
Quelques années plus tard, je me suis rapproché d’un groupe nommé les Panthères roses. C’était un groupe versé dans l’action directe et qui remettait en question le militantisme LGBTQ dominant, axé sur la revendication du mariage homo. Il a même eu l’audace de tenir un kiosque du divorce lors d’un salon du mariage homo à Montréal avant de se faire expulser par les organisateurs !
Il y avait aussi une volonté de la part des Panthères Roses de ne pas être seulement un groupe LGBTQ, mais plutôt comme étant solidaire des luttes anticapitalistes et altermondialistes. Les Panthères roses prônaient un changement social en profondeur qui incluait la reconnaissance complète et absolue des droits des personnes LGBTQ. Elles voyaient par contre la revendication du mariage homo comme étant quelque chose de rétrograde et comme une conciliation avec la défense des valeurs traditionnelles. Leur critique du militantisme LGBTQ « mainstream » me paraissait très attirante et était conforme à ma vision des choses à cette époque. Ces activistes combattaient aussi ce qu’ils et elles désignaient comme étant « l’hétéronorme ou hétéronormativité », c’était-à-dire la prédominance normale de la norme hétérosexuelle dans la société. L’inversion des valeurs était visiblement à l’honneur dans ce groupe. On voulait clairement que les minorités prennent le dessus sur la majorité.
Les Panthères roses étaient aussi favorables à la théorie du genre, qui était connue sous le vocable de théorie queer il y a une quinzaine d’années. Tout ce qui avait défini les genres masculin et féminin depuis des centaines, voire des milliers d’années, était considéré comme rétrograde, sexiste, oppresseur, homophobe, transphobe et j’en passe. Il fallait rejeter tout ça comme de vulgaires stéréotypes et éliminer progressivement les différences entre les sexes masculin et féminin au nom d’un progrès social plus que douteux !
Pour continuer sur cette lancée, c’est surtout la question des personnes transsexuelles, transgenres et non-binaires qui retient l’attention de nos jours. On a même conçu un style d’écriture inclusif qui sert essentiellement à alourdir les textes et à semer encore plus la confusion.(1)
Au fond, c’est la masculinité qui est la cible de cette volonté de subversion, car elle est considérée comme oppressive et toxique. L’homme, s’il est en plus blanc et hétérosexuel, est considéré comme le grand responsable de bien des maux de notre monde. Il faut le casser à tout prix, voire le castrer. Les spectacles de drag queen et de personnificateurs féminins, dans lesquels des hommes se déguisent en femmes pour imiter des chanteuses populaires ou pour faire des numéros humoristiques, ne sont plus cantonnés aux bars et salles de spectacles, comme c’était le cas depuis des décennies. Il y en avait parfois aussi à la télévision, mais ce n’était pas une norme. De nos jours, on expose de plus en plus les enfants à ce genre de spectacles qui tombent parfois carrément dans l’indécence et la vulgarité. À Montréal en 2022, c’est la drag queen Barbara, alias Sébastien Potvin, qui a été choisie pour faire la fée des étoiles lors du traditionnel défilé du Père Noël. On dirait que le peu de choses qui subsistait de la morale traditionnelle fond comme la neige au soleil. Tout ça au nom d’une « tolérance » très douteuse. Rien à voir avec une quelconque lutte contre la discrimination et l’oppression.
Remettre en question la norme hétérosexuelle qui a toujours été à la base des diverses sociétés humaines pour des raisons évidentes, en premier lieu pour la reproduction, est une tâche colossale qui soulève bien des interrogations. On peut se demander pour quelle raison faudrait-il remettre en question cette norme. Est-ce que cela servirait réellement les intérêts des personnes LGBTQ ?
L’agenda de nombreuses organisations LGBTQ, si ce n’est toutes, va bien au-delà d’une lutte contre la discrimination, la stigmatisation et l’obtention de droits légitimes. Il y a une volonté évidente de subvertir et de déstabiliser l’ordre naturel et les valeurs traditionnelles comme le mariage, la famille et la reproduction au profit de l’idéologie mondialiste qui est un véritable rouleau compresseur. Les homosexuels et les lesbiennes n’ont pas besoin du mariage et encore moins de l’adoption pour mener une vie normale, l’union civile étant pleinement suffisante. Sans compter l’instabilité et la frivolité qui caractérisent le style de vie de bon nombre d’homosexuels et de lesbiennes. Le mariage doit rester fidèle au but pour lequel il a été créé, soit l’union d’un homme et d’une femme qui veulent élever une famille. De nos jours, son sens a été gravement perverti au profit d’une quête de jouissance débridée. Ce processus destructeur doit être arrêté au plus vite. À force de revendiquer des droits spéciaux et des privilèges et de jouer la carte de la victimisation, le lobby LGBTQ risque fort d’encourager le ressentiment contre les membres des minorités sexuelles dont il se prétend le défenseur.
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