Quand la Corrèze échappa au PCF grâce à Bernadette Chirac
Bernadette Chirac (1933-2026) vient de nous quitter.
Un fait politique peu connu est qu’elle permit d’éviter au département rural de la Corrèze d’être gérée par le PCF en 1979.
Revenons sur les faits politiques : début 1979, les forces progressistes (PS et PCF) semblent majoritaires en France et se préparent, malgré leur défaite lors des législatives de mars 1978, à des victoires électorales lors des élections cantonales (NDA ; devenues élections départementales) de mars 1979 et à diriger de nouveaux et nombreux départements. L’emblématique département de la Corrèze en fait partie. Jacques Chirac, depuis qu’il a quitté Matignon en 1976 et malgré son élection à la mairie de Paris en 1977, est le président du conseil général de Corrèze : le cumul des mandats n’avait, à l’époque, aucune limite… Jacques Chirac en est aussi, depuis 1967, l’un des trois députés.
Mais, en ce début 1979, Jacques Chirac est occupé à monter la liste « Défense des intérêts de la France en Europe » (DIFE) pour les premières élections européennes au suffrage universel qui se dérouleront en juin 1979 et la Corrèze semble être destinée au… Parti communiste français ! En effet, le PCF détient 9 cantons contre seulement 4 à ses alliés socialistes (sur 30 au total) et de nombreux territoires sont susceptibles de passer de droite à gauche. Aussi, de nombreux caciques de droite ne se représentent plus, préférant ne pas affronter une nouvelle fois les urnes.
Le passage de la Corrèze du RPR au PCF ne serait pas un bon signal politique pour le leader néo-gaulliste qui s’efforce de prendre ses marques face au président Giscard d’Estaing et à l’Union pour la démocratie française (UDF) qui talonne largement le RPR dans les sondages. La future campagne présidentielle prévue en 1981 s’annonce déjà et la question de la candidature Chirac est déjà posée face au président sortant. Les élections européennes seront un galop d’essai, mais les cantonales sont un obstacle électoral qu’il convient également de « négocier ». Henri Giscard d’Estaing (le fils de) n’est-il pas, lui-même, candidat à Marchenoir dans le Loir-et-Cher ?
Face à la poussée des gauches qui s’annonce, Chirac envoie deux femmes : l’une de ses plus proches collaboratrices à la mairie de Paris, Annie Lhéritier, née en 1952, qui fera toute sa carrière auprès du futur président et… Bernadette Chirac, sa propre épouse. Dans les deux cantons concernés, Eygurande et Corrèze (à ne pas confondre avec l’identité du département), les sortants (de droite) ne se représentent pas. Et pour cause pour le second. En effet, dans le canton de Corrèze, le sortant le docteur Henri Bénassy (1914-1978) est… décédé seulement quelques mois avant l’élection.
La gauche est aux abois. Jacques Chirac ne possède que deux voix de majorité à l’assemblée départementale. Il ne faut pas perdre plus de deux sièges, ce qui entraînerait l’élection du plus âgé… Mais jusqu’au second tour, les résultats sont incertains et, le plus souvent, les enquêtes d’opinion donnent l’avantage au PCF.
Quant aux deux femmes candidates pour le RPR, Annie Lhéritier est élue dès le 1er tour à Eygurande et Bernadette Chirac engrange… 49,88 % des suffrages exprimés, ratant l’élection à 4 voix près.
Les reports de voix des gauches s’avérant imparfaits, le canton de Corrèze fut emporté au second tour par l’épouse du maire de Paris d’alors, évitant le passage à gauche de la Corrèze.
En effet, la droite limita les pertes à deux cantons et c’est le gaulliste Georges Debat qui fut élu président du département au bénéfice de l’âge (15 versus 15).
Certes, en 1982, c’est un communiste qui dirigera la Corrèze pour 3 ans… lui aussi au bénéfice de l’âge, mais c’est déjà une autre histoire liée à un découpage de cantons urbains par Gaston Defferre…
Pour en revenir à 1979, Bernadette Chirac fut donc à la pointe du combat anti-communiste en Corrèze. Dont acte.