Les lecteurs de Erich Maria-Remarque ne m’en voudront pas d’avoir pastichĂ© le titre de l’un de ses romans, du moins je l’espĂšre. De mĂȘme, les biblistes ne devront y voir de ma part aucune allusion dĂ©placĂ©e Ă  l’égard de l’EcclĂ©siaste.

 

En cette pĂ©riode de farniente, pourquoi ne pas solliciter quelque ancien pour nous aider Ă  relativiser, sinon gommer, les effets des difficultĂ©s qui alimentent notre quotidien de français malmenĂ©s ? Ses Ă©crits pourraient nous permettre de constater que la maxime cĂ©lĂšbre « Rien ne se perd, rien ne se crĂ©e, tout se transforme » s’applique tant aux sciences physiques qu’aux sciences humaines et qu’elle est aussi intemporelle qu’universelle (ce coquin de Lavoisier Ă©tait allĂ© se faire voir chez les Grecs pour l’emprunter Ă  Anaxagore). En recourant aux Ă©crits de Marcel AymĂ©, stigmatisant les travers de son Ă©poque, le Français du IIIe millĂ©naire pourrait ainsi dĂ©couvrir bon nombre d’analogies avec la sienne.

Monument du “Passe-Muraille” de Marcel AymĂ© par Jean Marais

Monument du “Passe-Muraille” de Marcel AymĂ© par Jean Marais.

Au fait, pourquoi Marcel AymĂ©, homme de lettres aussi prolifique qu’inclassable ? Allergique Ă  l’intelligentsia et aux honneurs, pourfendeur de la langue de bois et adversaire farouche de ce qui est devenu le politiquement correct, tel un fol ubiquiste, il se dĂ©chaĂźnerait aujourd’hui sur l’échiquier politicien qui nous est imposĂ©, pour en culbuter rois, reines et « cavalets » larvaires. C’est ce qui m’a poussĂ© Ă  dĂ©poser Ă  son insu auprĂšs du Bon Saint Pierre et avec l’appui de Saint Michel, patron des Troupes aĂ©roportĂ©es, une « perm’ de 24 heures », afin qu’il redescende exceptionnellement m’accompagner tout au long d’une journĂ©e, pour une revue de presse, Ă©crite ou parlĂ©e, que j’ai le plaisir de partager avec vous.

DĂšs le rĂ©veil notre mal AymĂ© dĂ©couvre, Ă  la seule lecture du « Petit Bleu de Bresse », qu’il serait aujourd’hui condamnĂ© Ă  la mort civique par les « importants » qui font l’opinion publique, pour avoir soulignĂ© leurs penchants de charognards : « Le matin, en ouvrant les journaux, le public avale son bol de sang frais avec gourmandise, mais sans y faire autrement attention. »

Feuilletant ensuite les pages culturelles de la presse nationale il a tĂŽt fait de retrouver la saveur de certains de ses propos d’hier : « Aucun interdit n’a Ă©tĂ© formulĂ© par l’État, aucune sanction lĂ©gale ne paraĂźt ĂȘtre Ă  redouter pour l’écrivain qui s’exprimerait librement. Cependant, il rĂšgne dans les Lettres un ton prudent, feutrĂ©, cafard et baise-cul, fleurant la ligue patriotique, le cabinet noir, l’antichambre ministĂ©rielle et la sacristie rĂ©volutionnaire. » À la lecture de recensions il se souvient avoir taquinĂ©, plus qu’à son tour, la profession par des commentaires vachards du genre : « C’était un roman dont les connaisseurs disaient merveille et qui avait un grand succĂšs. MĂȘme son Ă©diteur l’avait lu. »

Avec les vapeurs d’encens de certaines chroniques « crypto politiciennes », lui revient un jugement non moins caustique portĂ© sur ses pairs « C’est la faiblesse de presque tous les Ă©crivains. Ils donneraient le meilleur d’eux-mĂȘmes et ce qu’ils ont Ă©crit de plus propre, pour obtenir un emploi de cireurs de bottes dans la politique ».

La derniĂšre livraison de L’Obs Ă  MoĂ«lle offre une tribune Ă  l’auteur libertaire Valdemor O’Vash, pour commenter la rĂ©cente visite du prĂ©sident Trump. Notre donneur de leçons et son souverain mĂ©pris pour « ce peuple de grands dadais patriotes » permettent Ă  mon compagnon d’un jour de rappeler la difficultĂ© rencontrĂ©e par les AmĂ©ricains pour nous prendre au sĂ©rieux : « Pour ce qui est de la France, les AmĂ©ricains l’imaginent assez gĂ©nĂ©ralement comme un pays de mƓurs dĂ©pravĂ©es, Paris Ă©tant la capitale mondiale de la luxure. »

Relevant ce patriotisme prĂ©tendument ridicule il ajoute : « Un homme civilisĂ© doit ĂȘtre capable de lutter et de mourir pour des choses qu’il n’aime pas. »

Esprit des plus ouverts, Marcel AymĂ© tient Ă  consulter une revue catholique conforme aux exigences pastorales de la ConfĂ©rence des ÉvĂȘques de France. L’Écho des clochers fera l’affaire (d’autant qu’il n’y a pas de clochers sans cloches). Mon grand aĂźnĂ© est pontificalement servi. Il relĂšve que dĂ©jĂ , de son temps « le clergĂ© catholique lui-mĂȘme se flattait d’ĂȘtre Ă  la page et les plus naĂŻfs de ses membres s’entraĂźnaient Ă  parler argot. »

À l’écoute de « Rance Culture » et des propos abscons de Melba Fouille et SigisbĂ©e Gay, il lui semble opportun de se rĂ©fĂ©rer Ă  l’une de ses vieilles chroniques allant comme un tablier Ă  nos grands maĂźtres cooptĂ©s : « À force de considĂ©rer leur univers sous des espĂšces poĂ©tico-esthĂ©tiques et de s’appliquer Ă  ĂȘtre toujours dans un Ă©tat de rĂ©ceptivitĂ© poĂ©tique, les plus distinguĂ©s de nos bourgeois français sont parvenus Ă  un Ă©tat d’angĂ©lique innocence, de crĂ©tinisme paradisiaque, qui va jusqu’à les priver des rĂ©actions de dĂ©fense les plus Ă©lĂ©mentaires. »

Soulignant que c’est dans ce vivier grouillant que sont pĂȘchĂ©s les gouvernants, il prĂ©cise que c’est ce qui l’avait conduit Ă  Ă©crire : « Notre gouvernement ayant adroitement manƓuvrĂ© pour que la France soit le thĂ©Ăątre des opĂ©rations de la prochaine guerre, les Français, assurĂ©s d’ĂȘtre atomisĂ©s dans le courant de l’annĂ©e prochaine, sont curieux de savoir ce qu’il adviendra une fois massacrĂ©s et inclinent Ă  se demander si Dieu existe pour chacun d’eux. »

Que dire devant l’étrange lucarne ? Sur la chaĂźne parlementaire, SĂ©vĂšre Sathil, dont l’aptitude Ă  caresser dans le sens du poil fait merveille (il enseigne Ă  « Sciences-Peaux ») s’efforce d’effectuer la synthĂšse des propos de ses invitĂ©s confrontĂ©s Ă  l’obligation de reconstruire leur parti en ruines, Ă  la veille de leurs universitĂ©s d’étĂ© devenues autant d’hĂŽpitaux de campagne. Heureux comme un gamin auquel on aurait offert une carabine Ă  plombs, le grand Marcel ne tarde pas Ă  tirer sur ces Ă©tourneaux : « Chaque fois que la droite rĂ©ussit Ă  monter l’opinion contre les gauches en faisant la preuve de quelque vilain trafic, elle n’en a finalement d’autre bĂ©nĂ©fice que de rĂ©veiller sa rancƓur. Ses accĂšs d’indignation, pour justifiĂ©s qu’ils paraissent, ne sont jamais agrĂ©ables au public, d’autant moins que celui-ci s’est accoutumĂ© Ă  regarder la vertu comme l’apanage des imbĂ©ciles et des hypocrites. De plus, c’est un cas singuliĂšrement irritant que celui du mĂ©decin toujours harcelant le malade et jamais fichu de trouver un remĂšde. »

La dĂ©couverte sur une chaĂźne d’information de l’interview de l’un de ces apĂŽtres d’organisations supposĂ©es faire le bonheur des hommes, lui arrache un aveu des plus amers : « Nos bonnes actions sont souvent plus troubles que nos pĂ©chĂ©s. »

Des profondeurs de sa boĂźte Ă  malices il extirpe une rĂ©flexion faite naguĂšre Ă  l’un de ces jeunes volontaires pour une mission Outre-mer : « Quand votre stage sera terminĂ©, vous irez aux colonies et vous trouverez lĂ -bas exactement la vie qui vous convient. Vous jugerez les indigĂšnes trĂšs supĂ©rieurs aux EuropĂ©ens et vous pourrez, tout votre content, avoir honte de vous et de la civilisation que vous reprĂ©senterez. »

Un judicieux « zapping » nous parachute sur la chaĂźne BMC en plein milieu d’une messe cĂ©lĂ©brĂ©e par Phocas Burn et ThadĂ©e Magot, les grands prĂȘtres de la Repentance. Il n’est pas question pour mon invitĂ© de laisser passer pareille occasion : « S’il me fallait mettre en lumiĂšre l’abondante supĂ©rioritĂ© de notre peuple en opposant l’Allemand et le Français, je dirais du premier qu’il est vouĂ© Ă  l’envie qui le pousse en avant, et du second qu’il est vouĂ© au remords, qui le tire en arriĂšre »

Eh oui ! Rien de nouveau sous le soleil, comme l’aurait soulignĂ© le roi Salomon il y a quelques annĂ©es dĂ©jĂ . Mais sous peine de lui faire encourir les foudres du chef de poste, il est temps de renvoyer le bienheureux Marcel Ă  la caserne cĂ©leste. Pour autant ne perdons rien de notre humeur gaillarde malgrĂ© cet ultime avertissement qu’il nous lance : « La vie, ça finit toujours mal. »

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Jean-Pierre Brun

NĂ© Ă  Souk Ahras, Jean-Pierre Brun a sillonnĂ© l’AlgĂ©rie. Il a rejoint l’ArmĂ©e SecrĂšte et s’est retrouvĂ© Ă  Paris au sein de l’OAS MĂ©tro Jeunes
 Il est l'auteur de plusieurs livres aux Ă©ditions Dualpha.

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