On rappelle la phrase Ă©ternelle de Chateaubriand, extraite de la conclusion de ses MĂ©moires : « La folie du moment est d’arriver Ă  l’unitĂ© des peuples et de ne faire qu’un seul homme de l’espĂšce entiĂšre  »

On pourrait croire que RenĂ© GuĂ©non, dans Le thĂ©osophisme, histoire d’une pseudo-religion, s’adresse Ă  un arĂ©opage d’apprentis-initiĂ©s en rupture de ban avec le monde moderne et en recherche d’une sĂ»re spiritualitĂ©. Rien de plus erronĂ©. Il a publiĂ© nombre de livres et de textes pratiques, informĂ©s contre le monde moderne et ses conspirations, ou contre le monde moderne et son abrutissement (sa dĂ©nonciation du courtisan moliĂ©resque Ă  perruque, ignorant du Moyen Âge, montre que ce monde moderne est apparu d’un coup, vers et aprĂšs la Renaissance).

Les noms ont Ă  peine changĂ©, les mĂ©thodes et les objectifs restent les mĂȘmes : conspiration, universalisme, gouvernement global, exotisme androĂŻde, humanitarisme cool, rĂ©gime alimentaire !

Parmi ces livres, celui sur le thĂ©osophisme. Il annonce la belle conspiration mondiale, multiraciale et occultiste sous l’égide anglo-saxonne et en particulier britannique. Ce livre devait attaquer la secte sur le plan spirituel, mais GuĂ©non ne rĂ©siste pas dans les derniers chapitres de son livre Ă  dĂ©voiler ce qui se trame derriĂšre la coulisse, comme disait notre bon Disraeli.

Et cela donne par exemple ces lignes sur l’orientation humaniste ou mĂȘme vĂ©gĂ©tarienne de la secte : «  il est facile de se rendre compte que le but dĂ©clarĂ© de presque toutes ces associations, en mettant Ă  part celles qui ont un caractĂšre trĂšs spĂ©cial et ouvertement thĂ©osophiste, se rattache Ă  peu prĂšs exclusivement Ă  un certain nombre d’idĂ©es directrices Ă  base sentimentale : humanitarisme, pacifisme, antialcoolisme, vĂ©gĂ©tarisme, qui sont particuliĂšrement chĂšres Ă  la mentalitĂ© essentiellement moraliste du protestantisme anglo-saxon. Certains mouvements actuels, certaines campagnes antialcooliques par exemple, ont des dessous fort curieux Ă  Ă©tudier  »

Sur cette base humanitaire on déclare tout le temps la guerre, y compris à son systÚme digestif.

GuĂ©non remarque sur le vĂ©gĂ©tarisme (cf. les interdits hitlĂ©riens Ă  cet Ă©gard) : «  nous sommes les frĂšres des animaux, disent-ils, et on ne doit pas dĂ©vorer ses frĂšres, mĂȘme s’ils sont moins â€œĂ©voluĂ©s” que nous ; on pourrait leur rĂ©pondre que, de la façon dont ils comprennent l’évolution, nous sommes aussi les frĂšres des vĂ©gĂ©taux, voire des minĂ©raux, de sorte que leur raisonnement, rigoureusement poursuivi et appliquĂ©, nous condamnerait Ă  mourir de faim purement et simplement. »

Dans le chapitre clĂ©, le XXIX, GuĂ©non indique que la secte est Ă  dominante anglaise et surtout impĂ©rialiste : «  si la SociĂ©tĂ© prise dans son ensemble est en effet internationale, sa direction n’en est pas moins devenue purement anglaise ; aussi, quelles qu’aient pu ĂȘtre parfois les apparences, nous avons la conviction, nous pourrions mĂȘme dire la certitude, que le thĂ©osophisme, envisagĂ© sous ce rapport, est surtout un instrument au service de l’impĂ©rialisme britannique. »

La secte pensait garder le contrĂŽle de l’Inde, qui n’a jamais su se libĂ©rer de l’emprise occidentale. ConsidĂ©rez cette abolition du cash, qui sent le sectifĂ©rĂ©.

« Beaucoup de vieux Indiens et plusieurs livres sur la rĂ©volte de l’Inde parlent de la maniĂšre incomprĂ©hensible dont les nouvelles d’évĂ©nements ayant lieu Ă  distance pĂ©nĂ©traient quelquefois dans les bazars des natifs avant qu’elles arrivassent aux EuropĂ©ens, dans les mĂȘmes endroits, malgrĂ© l’emploi des moyens de communication les plus rapides dont ils pouvaient disposer. »

Un bon gouvernement mondial pour tout le monde – Ă  dominante humanitaire. Pour GK Chesterton comme pour Jack London, il en va de mĂȘme Ă  la mĂȘme Ă©poque.

Tiens ! un peu de Jack London pour la piqûre de rappel. Il parle déjà de nos élites dans Le Talon de fer : « Ils se croyaient les sauveurs du genre humain, et se considéraient comme des travailleurs héroïques se sacrifiant pour son plus grand bien. »

Jack London rajoute : « Ils Ă©taient convaincus que leur classe Ă©tait l’unique soutien de la civilisation
 Sans eux, l’anarchie rĂ©gnerait et l’humanitĂ© retomberait dans la nuit primordiale d’oĂč elle eut tant de peine Ă  Ă©merger. »

Et l’élite finit alors par haĂŻr le peuple : « Telle Ă©tait la bĂȘte (le peuple) qu’il fallait fouler aux pieds, et son Ă©crasement constituait le suprĂȘme devoir de l’aristocrate. »

Retour Ă  RenĂ© GuĂ©non qui va prĂ©ciser une autre fois les objectifs mondiaux de la bonne vieille secte impĂ©riale (tout empire est par essence multiracial ; et plus une rĂ©publique est multiraciale plus elle devient impĂ©riale – ou l’inverse).

Voici le texte de ce serment, dont le dĂ©but ne laisse place Ă  aucune Ă©quivoque : « Estimant que l’intĂ©rĂȘt primordial de l’Inde est de se dĂ©velopper librement sous le pavillon britannique, de s’affranchir de toute coutume qui puisse nuire Ă  l’union de tous les habitants, et de rendre Ă  l’hindouisme un peu de flexibilitĂ© sociale et de fraternisme vĂ©cu, je promets [
] : 5° de ne tenir aucun compte, dans la vie sociale et politique, des diffĂ©rences de couleur et de race ; de faire ce que je pourrai pour favoriser l’entrĂ©e libre des races de couleur dans tous les pays, sur le mĂȘme pied que les Ă©migrants blancs ; 6° de combattre activement tout ostracisme social en ce qui concerne les veuves qui se remarient ; 7° d’encourager l’union des travailleurs dans tous les domaines de progrĂšs spirituel, Ă©ducatif, social et politique, sous la direction du CongrĂšs National Hindou. »

Annulation des nations et crĂ©ation d’un rĂ©seau de frĂšres ! GuĂ©non prĂ©cise : « Ce prĂ©tendu « CongrĂšs National Hindou », il est bon de le dire, fut crĂ©Ă© par l’administration Anglaise avec la coopĂ©ration des thĂ©osophistes  »

Et il rappelle que l’on a fait mine d’arrĂȘter alors l’agent (pardon, la grande initiĂ©e) Annie Besant : « On a bien essayĂ©, en 1916, pour la rĂ©habiliter aux yeux des Hindous et donner Ă  ceux-ci quelque confiance en elle, d’un simulacre d’internement dans sa propre villa de Gulistan, ce qui ne l’empĂȘcha d’ailleurs nullement d’y tenir des rĂ©unions ; mais cette ruse assez grossiĂšre ne put tromper personne, et il n’y a qu’en Europe que quelques-uns ont cru que cette mesure avait Ă©tĂ© motivĂ©e par un changement rĂ©el dans l’attitude politique de Besant. »

Et GuĂ©non termine par les buts messianiques de l’époque.

«  l’Angleterre est appelĂ©e Ă  dicter ses lois au monde entier (le rĂŽle essentiel du Manou est, en effet, le rĂŽle de lĂ©gislateur). Ce sera bien la rĂ©alisation des “États-Unis du Monde”, mais sous l’égide de la nation dirigeante et Ă  son profit exclusif ; ainsi, l’internationalisme des chefs du thĂ©osophisme, c’est bien, tout simplement, l’impĂ©rialisme britannique portĂ© Ă  son degrĂ© le plus extrĂȘme  »

Un autre qui avait bien dĂ©crit la mĂ©thode impĂ©riale est cet auteur : « Sous peine de mort, elle force toutes les nations Ă  adopter le mode bourgeois de production ; elle les force Ă  introduire chez elles ce qu’elle appelle civilisation, c’est-Ă -dire Ă  devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde Ă  son image. »

Sous peine de mort : Marx a tout dit. Quand vous calculerez le nombre de civilisations que les Anglo-saxons – ou les Occidentaux – ont dĂ©truites dans le monde entier


Bibliographie

Chateaubriand – MĂ©moires d’Outre-tombe (conclusion)

Chesterton – Un nommĂ© jeudi – HĂ©rĂ©tiques – le retour de Don Quichotte

Mgr Henri Delassus – La conjuration antichrĂ©tienne

RenĂ© GuĂ©non – Le thĂ©osophisme, histoire d’une pseudo-religion – Le rĂšgne de la quantitĂ© – L’erreur spirite – La Crise du monde moderne

Jack London – Le Talon de fer

Marx – Manifeste du parti communiste

Nicolas Bonnal – LittĂ©rature et conspiration : les grand auteurs Ă  l’ñge des complots (Dualpha) – Chroniques sur la Fin de l’Histoire (Amazon-Kindle)

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